Archives de catégorie : Chronique

[CHRONIQUE] Aephanemer – Utopie (Coup de coeur)

Il aura fallu quatre années de travail à Aephanemer pour sortir leur nouvelle offrande, « Utopie ». Un album réfléchi, côtoyant de nombreuses références et influences classicos-littéraires qui lui donne un aspect unique !

« Utopie » est un condensé d’une heure et quarante-et-une minutes très exactement de death melo classique comme sait désormais le faire le groupe français : tout au long des morceaux, on recherche à la fois l’émotion classique, la beauté des mots et la violence de ces guitares saturés et de ces mêmes paroles mais gruntées par la géniale Marion Bescoul.

Car, malgré parfois la redondance rythmiques de certains morceaux qui demandent une grande concentration pour en saisir tous les rouages, l’album ne cesse de rechercher le beau : l’album comporte une dimension littéraire – notamment avec la citation d’un poème de Paul Valery dans « le Cimetière Marin » – mais une autre, cette fois d’un écrivain bien connu de chez nous, Victor Hugo, vient automatiquement en tête en pensant à cette galette : « Les écrivains ont mis la langue en liberté » (Les Contemplations). La qualité d’écriture (et en français, s’il faut le souligner) y est en effet complètement folle, chacune des syllabes venant s’inscrire dans nos têtes au fur et à mesure que le chant défile (nous donnant même envie de chanter dans le RER, mais ce serait mal venu…)

Aephanemer nous livre donc avec « Utopie » un album violent et magnifique alliant la beauté de notre langue française à une musique saturée d’inspiration classique (d’ailleurs les guitares, ça ne vous fait pas penser à des violons ?). Une œuvre somptueuse, intelligente et nuancée de death mélo.

9,5/10

[CHRONIQUE] Sabaton – Legends

Petite surprise avec ce nouvel album des Sabaton, « Legends » : on s’écarte un temps de la machinerie des grandes guerres pour se concentrer sur d’illustres personnages de l’Histoire, de Genghis Khan à Napoléon en passant par César. Une tentative de renouveau bienvenu, mais encore bien timide !

Il faut dire que beaucoup ont eu la critique facile avec Sabaton dernièrement : les deux critiques les plus acerbes sont leur supposée glorification de la guerre, mais aussi une non-évolution latente du groupe, depuis notamment qu’ils ont sorti… et bien leur premier album, « Primo Victoria », en 2005 !

Loin de prendre le taureau par les cornes, les Sabaton ont cependant voulu évoluer sur cette nouvelle galette : Exit les marches militaires et les canons sciés, place aux grandes légendes de l’Histoire, mais avec, plus ou moins, un lien avec le sujet de fascination des suédois.

Si on retrouve toujours les mêmes orchestrations, le tout est bien plus mélodique. La rythmique va également changer sur la majorité de l’album, laissant toute la place aux envolées orchestrales, et étant moins dans le saccadé, pourtant marque de fabrique du groupe !

Et si ça marche sur quelques morceaux, comme les excellents « Impaler » et « Hordes Of Khan », certaines chansons retombent assez vite comme des ballons crevés : « A Tiger Among The Dragon » mais aussi « Maid Of Steel » qui, malgré le sujet passionnant et sa brièveté, nous a paru longue et brouillonne.

Mais ce sera cependant les deux seuls points noirs de l’album : « Templars » et « I, Emperor » sont fabuleuses et on a envie de chanter avec Joakim Broden (chant) même si, paradoxalement, ce sont les deux seuls morceaux les plus « standards » des suédois ! A contrario, « The Cycle Of Songs » est un, voir le morceau le plus intéressant de cet album, dense, alambiquée, à la structure plus complexe. Une chanson très difficilement accessible, un comble pour Sabaton, mais une très agréable surprise.

Avec « Legends », Sabaton livre un album passionné mais inégal, avec de belles choses comme des mauvaises. On sent que le groupe est prêt à évoluer, mais si les essais se révèlent encore trop timide. Mais c’est pour toutes ces choses que cet album reste un très bel objet, la meilleure galette sorti par les suédois depuis bien longtemps, qui nous divertit autant qu’elle nous ravit (en nous cultivant un peu au passage d’ailleurs). Nous avons qu’une hâte, voir « Legends » joué en live !

(Et mention spéciale à l’artwork ci-dessous qu’on trouve juste somptueux)

8,5/10

[CHRONIQUE]Grandma’s Ashes – Bruxism (Coup de coeur)

Après un premier album couronné de succès qui a pu leur ouvrir les portes de (parfois grandes) scènes françaises), le trio Grandma’s Ashes revient avec un deuxième album, « Bruxism » qui enfonce le clou et continue de définir leur univers bien particulier.

De base, le bruxisme est une contraction involontaire de la mâchoire qui vous fera grincer des dents (d’où cet artwork). On est pourtant bien loin de le faire à l’écoute de cet excellent deuxième jet, signé par le trio de françaises Grandma’s Ashes.

Mettre la musique au service de la construction d’un univers : si c’était déjà le cas sur le premier album du groupe, le deuxième va encore plus loin, abaissant toutes les barrières des genres. Il reste cependant extrêmement difficile à appréhender, tant les nuances sont plus que nombreuses. .

On entend à la fois de l’industriel (avec un son de batterie incisif comme sur « This Too Shall Pass »), de la pop (le mielleux « Empty House » rempli de riffs plus qu’accrocheurs) du grunge, voire parfois du stoner (l’excellent et bourrin « Flesh Of Cage ») … On sent que les musiciennes ont travaillé et surtout se font plaisir. Mention spéciale à Eva dont les différentes tessitures de voix sont assez folles par rapport à ce qu’elle proposait sur l’album précédent. Une future grande chanteuse.

Les thématiques sont personnelles et touchantes, sur l’acceptation de soi, la confiance, la gestion de ses émotions. Des sujets forts qui parleront à beaucoup d’entre nous, même passé les 35 ans !

« Bruxism » représente à mon sens, la prochaine évolution du rock français qu’on entend à la radio depuis les années 2000 : un son brut, des thèmes forts, des éléments grunges et stoners savamment mélangés à du rock radiophonique. Un bel album, complexe, à réécouter pour en saisir toutes les nuances. Une galette que j’aurai aimé avoir entre mes mains étant plus jeune.

9/10


[CHRONIQUE] Orbit Culture – Death Above Life (Coup de Cœur)

Groupe en constante évolution depuis maintenant une dizaine d’années, les suédois d’Orbit Culture semblent avoir touché la grâce avec un nouvel album, « Death Above Life », qui va enfin leur apporter le succès qu’ils méritent.

Il est compliqué de définir très exactement le son d’Orbit Culture : Death ? Groovy ? Hardcore ? Faisant fi des barrières et des étiquettes, le groupe tend à s’imposer depuis maintenant quelques années (et l’excellent EP « Redfog » paru en 2018) comme un incontournable de la scène, dont la popularité grandit au fur et à mesure de ses sorties.

« Death Above Life » s’impose donc comme un chef d’œuvre, un futur classique salué par ses pairs, qui devrait propulser le groupe encore plus loin !

Il faut dire que le frontman, Niklas Karlsson, a – enfin – lâché la production pour la confier à un vrai professionnel du milieu, Buster Hodelhom, maître du son Thall, qui viendra servir le principal atout des suédois – le groove. Des passages soulignés, et complètement déments sur les excellents « Nerve », « Inside The Waves » mais aussi, de manière plus sporadique, sur l’immense « Bloodhound », qui allie ce groovy avec une force noire et primaire dévastatrice. Un grand morceau, peut-être le meilleur de la carrière des Orbit Culture.

D’autres morceaux témoignent la volonté de construire un univers plus atmosphérique, et même on dirait plus immersif, tout en ne reniant pas les origines thrash du groupe, qui feraient pâlir n’importe quel grand groupe international du genre. Le morceau « Hydra » en est la preuve – on dirait du Metallica en plus énervé avec une pointe d’orientalisme surprenante et bienvenue. « The Tales Of War » nous plonge dans une torpeur plus black, bien plus nerveuse, qui vous fera tourner littéralement le cerveau (et les cheveux). Seule petite ombre au tableau, le morceau titre de l’album « Death Above Life », trop calibré pour passer à la radio, monotone et répétitif, et qui n’a rien à faire sur un disque de ce calibre.

Enfin, un tel album se doit avoir une belle ouverture : « Inferna » remplira parfaitement ce rôle en présentant sur un peu plus de six minutes les très nombreuses facettes de la galette. De quoi nous mettre l’eau à la bouche et de nous donner envie de continuer un peu plus loin.

Exit le son brouillon et les gimmick inutiles – on n’a entendu aucun « Blegh » – « Death Above Life » ravira tous les fans et tous les newbies avec un son épuré, une ambiance sombre et intense et un son à la fois puissant et groovy. Le meilleur cru à ce jour d’Orbit Culture, dont le travail constant et l’évolution, nous fait pogoter de joie.

9,5/10

[CHRONIQUE] Monolyth – Seeds Of Perseverance

Les français de Monolyth – à ne pas confondre avec leurs compatriotes Monolithe – sortent une toute nouvelle galette, la bien nommée « Seeds Of Perseverance ». Un bel album porteur d’espoir pour le groupe, malgré de grosses inégalités.

Né en 2006 en Picardie, les Monolyth ont su rapidement se faire une petite place sur la scène française ces dernières années, multipliant les coups d’éclats ! Troisième album du quintet, « Seeds Of Perseverance » au delà de semer le fruit d’un travail acharné du groupe ces toutes dernières années, montre des musiciens en pleine forme et en pleine capacité de leurs moyens.

L’album séduit tout d’abord par un graphisme génial (créé encore une fois par le batteur de Monolyth Batt) qui a donné lieu à un lore séduisant, et un merch absolument magnifique (oui, absolument, on est dégouté de n’avoir pas eu ce hoodie) (il fallait participer à la campagne Ulule, bouclée avec succès par le groupe, pour en voir un bout !)

Et niveau musique, ça donne quoi tout ça ?

Après une très belle intro, on attaque direct dans le dur avec un morceau Death Melo, bien dans la même veine que Soilwork, In Flames et consorts, « Like Razors Blade » ! De quoi se mettre bien, très bien dans le bain. « The Tearing », probablement l’un des meilleurs morceaux de l’album, enfonce le clou avec ces couplets d’une violence noire, mais toujours avec un petit côté mélodique présent aux refrains.

D’ailleurs – et malheureusement pour eux – la formation se traîne la réputation complètement biaisée d’être des pâles copies de célèbres groupes suédois ci-dessus cité. Monolyth prouvera à ses rares détracteurs mais surtout aux non connaisseurs qu’ils ont plus qu’un pot pourri d’influences pour faire de « Seeds Of Perseverance » un album inoubliable, mais surtout, une galette réfléchie, dans laquelle toute la personnalité et la patte des franciliens peuvent s’exprimer.

D’ailleurs « This Void Deep Inside » n’a absolument rien de Death Mélo : si nous n’avons pas aimé le morceau (mais pour des questions de goûts personnels, on le reconnaît bien ici), le côté alambiqué, presque « Mathcore » de la composition, associé à un chant saturé plus rauque, éraillé, presque à bout de souffle parfois, en font The morceau de Monolyth, celui qui surprend, et qu’on n’oubliera pas de sitôt !

Ceci pourrait d’ailleurs expliquer notre ressenti sur les deux titres suivants, « Better Off Somewhere Else » et « Perseverance », qui sont, pour nous, les deux gros points faibles de cette tracklist.

C’est le chant qui nous pose problème sur « Better Off Somewhere Else » car il est moins percutant, plus approximatif, et manque cruellement de passion. Sur « Perseverance », c’est un très gros manque de puissance, de ce petit truc qui va faire d’une chanson quelque chose d’inoubliable, que nous déplorons. Mais le tir est très vitre corrigé par « A Wolf Among Us » avec une montée crescendo de la puissance, « Regenesis », hyper fédérateur avec ses solos de guitare groovy, et la balade « Searching For », avec un côté Nu Metal américain à la Slipknot, qui nous aura particulièrement émue.

« Seeds Of Perserverance » serait-il l’album de la maturité ? Malgré l’inégalité des compositions, le résultat de cet album reste à la hauteur avec une majorité de morceaux plus géniaux les uns que les autres, une puissance de fou, et un côté mélodique moins présent certes, mais qui fait toujours autant de ravage. Cet opus vous donnera le sourire, et l’envie de vous pencher sur la discographie de Monolyth, à découvrir, à écouter, et surtout, à partager.

8,75/10

[DECOUVERTE] Kittie – Spit XXV (coup de coeur)

Créé en 1996 à l’âge d’or des groupes de nu metal américain, la formation canadienne Kittie aura connu le succès d’emblée, il y a 25 ans, avec leur premier album studio « Spit » (Composé alors que les musiciennes n’étaient âgées que de 14 ans !). Une belle carrière a suivi, ponctuée de hauts (création d’un label, tournées à guichet fermées) et de bas (les procès, les mouvements de line-up et plus récemment le décès de la bassiste Trish Doan).

Histoire de fêter cette première galette et le groupe, Kittie sort un EP anniversaire avec les quatre morceaux phares de l’album (« Spit », « Do You Think I’m A Whore? », « Brackish » et « Charlotte ») retravaillés pour l’occasion, et produit de nouveau par Garth Richardson, le même qui était aux manettes de l’album « Spit » en 2000 !

Si l’album est loin d’être un objet collector à la AC/DC ou Metallica, les Kittie ne nous prennent pas pour des pigeons pour autant ! Outre la pochette, typique des années 1990, qui va titiller notre nostalgie (oui, c’était le bon temps), les morceaux sont épurés, avec un son extrêmement clair, qui laisse place aux différents membres du groupe et plus particulièrement à Morgan Lander dont le chant saturé a gagné en maturité, en agressivité, en charisme aussi. On se surprend à secouer la tête en rythme, à hurler (pour de faux ou très très faux) et finalement à nous plonger (pour ceux qui, comme nous découvrent le groupe) ou à replonger dans la discographie dense du groupe.

« Spit XXV », n’a pas besoin de plus de choses pour fêter dignement le quart de siècle du premier album des Kittie : il suffit de quatre morceaux, retravaillés et modernisés, avec un soupçon d’agressivité supplémentaire, pour aller droit au but et tout emporter sur son passage. Outre cela, cet EP est le parfait moyen de se faire connaître auprès d’une nouvelle tranche d’âge avide d’excellentes musiques extrêmes. De retour en Europe cet été après quinze années d’absence (avec un passage remarqué au Graspop), on espère que les canadiennes se feront plus présentes sur nos terres.

9,5/10

[CHRONIQUE] Ashen – Chimera (Coup de coeur)


Ashen. Voilà un nom dont on entend de plus en plus parler, et surtout en 2025, avec un passage de folie sur l’une des Mainstage du Hellfest. Pourtant, et on ne s’en doutait pas, le groupe n’aura jamais sorti d’album, uniquement des EP et des singles, depuis 2021, dont le désormais très célèbre Angel. C’est désormais chose faite avec « Chimera » première galette studio des français. Alors, la hype est-elle méritée ?

On ne le dira jamais assez : Ashen fait partie de cette nouvelle génération de groupes émergeants français, qui sont plus de la frange metalcore, et font un immense carton. Néanmoins, ils ont quelque chose en plus, qui les distingue : un groove à vous faire trémousser le popotin, une voix juste exceptionnelle (celle de Clem, chanteur du groupe), un univers bien défini, qu’ils ont mis du temps à bâtir, une patte musicale, qui ressemble au premier abord à tant d’autres, mais pourtant….

Ashen ne se formalise pas dans un seul registre, sortant même parfois des sentiers sinueux du Metal. « Chimera » représente, en cela, parfaitement toutes les facettes d’un groupe qui ne veut pas rentrer dans des cases, juste faire exploser son art à tous ceux qui souhaitent s’y attarder un moment.

Alors bien évidemment, ce « Chimera », s’il est très abouti, reste très inégal : les morceaux excellents que sont « Meet Again » (ce break bordel !) « Sacrifice » avec ten56. qui est un condensé de violence, ou encore « Desire » avec cette basse complètement folle et ce cri bestial à vous donner des frissons partout, côtoient certains, plus mauvais (que sont « Altering » ou encore la un peu trop larmoyante « Living In Reverse »). Pourtant, et malgré l’apparente brièveté des morceaux, ces derniers sont tellement denses et complexes qu’une seule écoute ne vous suffira pas à tout saisir. Ashen fait une musique intelligente, teintée à la fois d’émotions douces et de rage délicate. On ne peut s’empêcher de sourire, de secouer la tête et de réécouter, encore et encore, cet opus, malgré ses rares faiblesses.

« Chimera » est donc un opus complexe, dense, que nous prenons plaisir à réécouter sans limite. Avec toute cette hype existante autour du groupe, Ashen aurait pu sortir un album plus bas de gamme, mais cela n’a pas été le cas. Une musique intelligente, vivante (et qui ne vous prend pas pour des abrutis) pour un opus qui nous embarque dans un voyage émotionnel, dont on ne ressortira pas forcément indemne. C’est l’album de la rentrée pour un groupe dont le succès et la hype est entièrement méritée. A écouter très vite !

9,5/10

[CHRONIQUE] Fury – Interceptor

On vous a déjà parlé de Fury ? C’est ce groupe britannique, emmené par Julian Jenkins au chant, qui avait fait très forte impression l’année dernière, en première partie de Phil Campbell & The Bastard Sons. Forts de ce succès et de la signature récente avec une grosse maison de disque, Mighty Music, les Fury espèrent revenir plus grands que jamais avec un nouvel album très attendu, « Interceptor », sorti ce vendredi 5 septembre.

La première chose qui frappe d’emblée est une production de bien meilleure qualité qu’auparavant – le groupe a auto-produit la plupart de ses précédents albums. Le son est clair, on entend chaque instrument de façon limpide… certains groupes internationaux ne peuvent pas en dire autant ! Mais pourtant, cela n’empêche pas les britanniques d’aller droit au but avec une musique en apparence simple, mais efficace, avec notamment, une alliance entre la guitare de Tom Atkinson et la basse de Becky Baldwin extrêmement puissante et bourrine (surtout sur le morceau « Don’t Lie To Me »).

Les solos de guitare sont ravageurs, les refrains restent en tête (surtout « What’s It Gonna Be » et les voix de Jenkins et de la chanteuse Nyah Ifill (de plus en plus présente d’ailleurs au fur et à mesure des albums, et ça, ça nous fait bien plaisir) sont en parfaite symbiose et servent à maintenir une superbe harmonie dans chacun des morceaux. Mais attention, cela ne veut pas dire qu’on va se mettre à niaiser, Ifill nous prouve une fois de plus qu’elle est brut de décoffrage, et, avec encore un peu de maturité et de travail, elle aura bientôt sa place dans le panthéon des grandes chanteuses de rock/metal. Seul la batterie de Tom Fenn reste un poil trop en retrait – et on aurait aimé l’entendre davantage.

Niveau musique, on est sur un bon vieux hard rock des familles, accessibles, qui fera autant plaisir au vieux briscard qui en a entendu d’autres que des jeunes premiers qui découvrent le genre. On a été cependant assez surpris que Fury sortent quelques peu des sentiers battus par moments : avec « On The Town » déjà, extrêmement festif, qui fera fureur en concert, « Pursuit Of Destiny » avec son côté très progressif qu’on n’attendait absolument pas de la part d’un tel groupe. Enfin, la magnifique « Undistilled », qui clôture en beauté et tout en émotion cet album.

« Interceptor » est un véritable voyage présentant Fury avec ses meilleurs atouts face au monde. Cet album n’est pas seulement un album de hard rock mais aussi le manifeste puissant d’un grand groupe en devenir dans le genre, travailleur, qui ne lâchera pas si facilement. Pour tous les afficionados des riffs saturés, des voix rocailleuses et harmonieuses, et toutes les oreilles curieuses.

9/10

[Chronique] Io – ten56

Le groupe franco-britannique, formé par un Aaron Matts plus sombre que jamais, sort son deuxième album « Io », point d’orgue d’une démence organisée dans un chaos sombre complaisant.

Il y a de ces groupes qu’on aime entendre en concert, mais qu’on déteste sur album… et inversement ! ten56 fait partie de cette deuxième catégorie tant nous n’avons pas eu la chance de voir un concert avec un son potable. Donc ,non, on ne s’attendait pas à un tel uppercut de « Io », le nouvel album du combo.

A travers un univers dystopique fascinant, nous invitant à réfléchir sur nos modes de vie, sur notre société (jusqu’à mettre une vraie fausse publicité au début de « LIFEISACHORE.MOV » qui va nous décontenancer après des premiers morceaux aussi noir que le cuir de ton blouson), le groupe va vous matraquer à coup de riffs et de hurlements de désespoir tout au long de cet opus. Certains titre se détachent : « Pig » d’abord, une vraie boucherie qui va vous secouer les méninges, mais surtout, surtout « Earwig » qui est, à notre sens, le morceau le plus génial jusqu’à ce jour de ten56, avec son petit côté mathcore dans les riffs qui va vous faire tressaillir de plaisir.

Car oui, tous les morceaux sont teintés de désespoir. Mais cela n’empêche en rien de nous défoncer les cervicales, et (parfois) la voix sur chacun des morceaux. Les parties rapées, présentes à de nombreuses reprises, ne font que renforcer l’aspect de plus en plus groovy d’un groupe qui n’a désormais plus rien à prouver. Seule, à vrai dire, « Banshee », était peut-être un peu trop expérimentale pour nous et nous aura laissé de marbre;

ten56 expérimente et tente avec ce très beau « Io » qui mérite qu’on y prête une oreille toute attentive. Un album qui montre que ce n’est pas parce qu’on se cantonne à un genre que notre musique doit sonner comme celles des autres groupes. Un vent de modernité bienvenu dans un univers core plus rouillé qu’il n’y paraît. « Io » agit sur nous comme une véritable thérapie dans un monde qui est semblable, parfois, pour nous, à une dystopie désespérante. A se procurer au plus vite.

9,5/10

[CHRONIQUE] We Came As Romans – All Is Beautiful … Because We’re Doomed (Coup de cœur)


Il y a des albums qui arrivent, et qu’on n’attendait absolument pas. En ce qui concerne We Came As Romans, la disparition, brutale, de leur chanteur en voix clair Kyle Pavone, aurait pu signer l’arrêt du groupe. Mais les américains n’ont pas voulu lâcher le morceau : après le deuil et la période de guérison (concentré dans le sombre « Darkbloom » sorti il y a trois ans), l’heure est à la résilience avec ce superbe « All Is Beautiful… Because We’re Doomed », sorti en cette fin d’été.

La mélodie est incroyablement très présente sur ce nouvel album des américains, bien plus que l’on pourrait imaginer venant d’un groupe de deathcore. Cependant, ce n’est pas parce que c’est plus mélodique, que We Came As Romans ne va pas droit au but, comme toujours : les morceaux de cette galette sont tous assez court, un tout petit peu plus de trois minutes chacun. Certains morceaux peuvent d’ailleurs ressembler, à s’y méprendre, à ceux de leurs collègues britanniques Architects (sur « Knowing Pain » particulièrement) par ses orchestrations et le type de chant guttural de David Stephens, très proche de celui de Sam Carter.

Mais cette sensation passe rapidement : la violence méticuleuse a remplacé le côté très (trop parfois) bourrin (« So Lost » qui n’aurait rien à envier à un The Dillinger Escape Plan des grands jours par un côté mathcore absolument trippant), les arrangements sont parfois géniaux (légèrement électros même pour « Where Did You Go ? »). « Bad Luck » est le morceau qui se détache le plus de l’album, par ses arrangements choraux qui seront parfaitement bien repris en live. Un morceau entêtant, entraînant, et parfaitement taillé pour une fosse en feu.

Avec cet album, We Came As Romans prouve que le core peut être sublimé et mélodieux, sans que cela ne desserve la violence qu’affectionnent tout particulièrement les fans du genre. A cela, on ajoute des paroles toujours aussi recherchées, et cela donne le disque le plus abouti de la formation américaine. « All Is Beautiful… Because We Are Doomed » porte très bien son nom, car il est incroyablement beau. Et fera même réfléchir, voir drifter, toutes les âmes de ce monde qui se sentent maudites. Un bel objet qu’il faut vous procurer de toute urgence.

9,75/10