Archives de catégorie : Chronique

[CHRONIQUE] En Minor – When The Cold Truth Has Worn Its Miserable Welcome Out

En Minor est un des milliers de projets musicaux de Phil H. Anselmo (qui est décidemment partout). Si on pouvait s’attendre à un son proche de Pantera ou de Down, le groupe surprend avec un premier jet tout en finesse, « When The Cold Truth Has Worn Its Miserable Welcome Out ».

Les fans d’Anselmo seront certainement désarçonnés par ce projet bien plus calme que ses autres groupes. Il démontre ici tous ses talents de chanteur, dont la voix peut être versatile, voire carrément surprenante : elle se fait douce, rauque évitant tous les écueils de la puissance et de la violence.

Dès les premières notes de cet album, on se retrouve projeté en plein coeur de la Nouvelle-Orléans, entouré de groupes jazzy, blues, dont la musique, si elle paraît d’abord joyeuse et vive, est teintée d’une profonde mélancolie. Les morceaux de En Minor n’échappent pas à la règle de ces deux genres : les titres transpirent le macabre. Certains morceaux sont construits telles des petites ritournelles, renforçant ce côté littéraire, illustrant des petits contes gothiques.

L’album navigue donc entre une ambiance glauque et délicate mais aussi un son plus groovy apportées par les guitares. S’il ne regorge pas de moments forts et notables, on passe tout de même un excellent moment à l’écouter.

Rien de bien neuf donc pour ce énième groupe de Phil H. Anselmo, dont ce premier album, «When The Cold Truth Has Worn Its Miserable Welcome Out» ne va pas révolutionner le genre. Mais à l’instar de Nergal (Behemoth) et son propre projet Me And That Man, on sent tout le plaisir pris à produire cette galette par le groupe. Et il nous embarque très facilement dans leur propre monde.

9,5/10

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[CHRONIQUE] Pain Of Salvation – Panther

Trois ans après l’excellent et très personnel «In The Passing Light Of Day», les Pain Of Salvation, toujours mené par Daniel Gildenlöw, reviennent cet été avec «Panther», onzième album du groupe, et peut-être le plus versatile de tous.

«Panther» fait, en effet, place à une certaine modernité avec un son plus épuré, voire même par moment plus froid. Le premier titre de l’album, «Accelerator» prend limite des airs de techno-pop, et est souligné par des guitares surpuissantes, démontrant que Pain Of Salvation, contrairement à ce qu’on pourrait penser, ne fait pas du tout dans la dentelle. Le rythme saccadé, soutenu, fait penser à du Devin Townsend période «Deconstruction» (2011)

Le reste de l’album est à mi-chemin entre le progressif teinté d’émotion, caractéristique phare de Pain Of Salvation, et un trip-hop à la sauce Massive Attack («Restless Boy») voire parfois un neo-metal bien senti (le morceau-titre «Panther» qu’on jurerait tout droit sorti de «Hybrid Theory» des Linkin Park).

«Panther» démontre tout le savoir-faire des musiciens de Pain Of Salvation, qui s’amusent à faire tomber les barrières des genres : cet album va encore plus loin que le virage déjà amorcé dans «In The Passing Light Of Day», tout en gardant leur patte atmosphérique .

9/10

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[CHRONIQUE] Hank Von Hell – Dead (coup de coeur)

Hank Von Hell, plus célèbre pour avoir été pendant des années le leader des Turbonegro, a sorti cet été son deuxième album solo, sobrement intitulé «Dead». Un opus tout en paradoxe tout en restant accessible et fédérateur. Notre coup de coeur de l’été.

Si le paint corpse arboré par Hank Von Hell peut en rebuter certains, ils passeront à côté d’une pépite ! «Dead» suit «Egomania», premier opus solo du chanteur, unanimement salué par la critique. Ce deuxième jet semble prendre le même chemin et plus encore !

Cet opus regorge de morceaux rock/hard fm particulièrement addictifs et entraînants ! Dès les premières minutes de l’album, on replonge avec délice dans l’âge d’or des années 1980, entre le côté glam rock des riffs et les refrains plus qu’entêtants !

«Dead» est donc, malgré des paroles un peu plus sombre, un opus feel good qui vous donnera la banane. Ce n’est pas le meilleur album de l’année, loin de là ! Mais il s’avère être nécessaire par les temps qui courent !

9,5/10

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[CHRONIQUE]Avatar – Hunter Gatherer

Après la grosse parenthèse «Avatar Country», les Avatar repartent vers un son plus originel et terre à terre avec «Hunter Gatherer», leur nouvel album sorti cet été. Une façon de marquer la fin d’une ère pour le groupe suédois et mettre un terme à un concept qui aura assez duré.

Les musiciens ont choisi de revenir à un son plus lourd, plus sombre, et plus incisif, telle la lame d’un chirurgien cardiaque. Une violence et une rage qui sont perceptibles sur des morceaux tels que «Silence In The Age Of Apes» ou encore «God Of Sick Dreams».

Le chant de Johannes Eckerström se fait plus âpre, plus puissant, comme pour exprimer une colère profonde trop longtemps étouffée. Jonas « Kungen » Jarlsby et Tim Öhrström se font plaisir à la guitare, et leurs solos n’ont rien à envier aux plus grands groupes du monde comme par exemple Kreator.

Cependant, «Hunter Gatherer» se veut plus fédérateur qu’il n’y paraît, avec des véritables hymnes comme «Colossus» (qui revêt un petit aspect doomesque dans son rythme tout à fait comestible) ou «Scream Until You Wake». «A Secret Door» et «Gun» se veulent plus accessibles, mais si la première est aussi linéaire que notre ennui, la seconde est plus sympathique, malgré une certaine naïveté qui transpire des paroles.

«Child» est une petite fantaisie, construite comme une petite comptine macabre, qui apporte un vent de fraîcheur à un album un peu fourre-tout, mais produit avec passion.

Si «Avatar Country» avait une ligne musicale directrice, «Hunter Gatherer» revient à une musique plus sombre, s’amusant à briser les codes et à faire tomber les barrières entre plusieurs genres. S’il a quelques faiblesses, l’album est puissant, divertissant et – plus important – sincère.

9/10

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[CHRONIQUE] Unleash The Archers – Abyss

C’est le groupe de power du moment ! Les Unleash The Archers ont sorti cet été leur cinquième album, intitulé «Abyss», qui bénéficient d’une plus importante couverture médiatique suite au succès de l’opus «Apex».

Si «Abyss» n’est pas aussi impressionnant que son prédécesseur, il démontre tout le côté versatile du groupe, en particulier de sa chanteuse, Brittney Slayes : ni trop polissé comme la plupart des frontwoman du genre (oui Sharon Den Adel, c’est à toi que je pense), ni trop brute, la canadienne impose son style et sa patte, qui peut tout aussi bien démonter que de nous arracher quelques larmes.

A côté de cela, l’album présente la partie plus technique du groupe, notamment toute la rythmique à la batterie, poste occupé par Scott Buchanan. Même si on garde des titres plus fédérateurs (comme «Abyss» ou encore «Soulbound»), qui sont de vrais hymnes à la Megadeth, on sent que le groupe a fait un effort pour sortir des mélodies plus tarabiscotés : cela donne une impression de variété et de prise de risque, malgré une musique parfois trop linéaire.

«Abyss» est donc un opus complexe et puissant qui ne saura que vous remonter le moral en ces temps particulièrement tourmentés. Un album divertissant, très bien produit, parfois un peu linéaire certes, mais qui démontre le savoir-faire des Unleash The Archers. Une musique qui se bonifie avec le temps, pour notre plus grand plaisir.

9/10

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[CHRONIQUE] Lord Of The Lost – Swan Songs III

Groupe allemand fondé en 2007, les Lord Of The Lost délaissent l’indus qui a fait leur succès pour se concentrer sur un album de musique de chambre, «Swan Songs III», troisième volet d’un triptyque du même nom, débuté en 2015. Pour l’occasion, le groupe s’est entouré d’un quartet classique.

C’est un choix plutôt osé et peu commun pour un groupe de metal indus de faire des opus classique ! Les instruments classiques viennent donner un aspect mélancolique (parfois un peu trop !) mais aussi épique à la musique, dont certains morceaux ont été spécialement composés pour l’occasion. On pourrait, par exemple, danser la valse sur «Zunya» à Vienne, en costume d’époque !

L’aspect industriel de Lord Of The Lost n’est pas oublié notamment grâce à un formidable jeu sur le rythme : parfois ressemblant que claquement doux d’une machine, parfois au cliquetis d’une horloge. La voix de Chris Harms se fait plus douce, tonnant moins dans les sons graves, se fait tendre et posée, mais part parfois dans le pathos en cherchant à trop émouvoir l’auditeur.

Au niveau des petites curiosités, on a la reprise d’un standard de John Cage, où, durant 4 minutes et 33 secondes, le silence est roi. Sur «We Were Young», histoire d’ajouter un brin de paradoxe, voit la collaboration d’une chorale de jeunes retraités, Heaven Can Wait. L’ensemble donne une toute autre dimension à la musique du groupe, et en fait un morceau inoubliable.

Malgré une tendance à aller trop vers la mélancolie, Lord Of The Lost signe un album mature, doux et épique. Une petite beauté qu’on n’oubliera pas de sitôt.

8,5/10

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[CHRONIQUE] Lamb Of God – Lamb Of God

Devenus l’une des plus grosse pointures de groovy metal en l’espace de quelques années, les Lamb Of God s’affiche désormais partout y compris dans les grands festivals européens (RIP) et rassemble de plus en plus les foules. Avec la sortie de son nouvel opus éponyme cet été, les américains veulent plus que jamais unir les fans sous une seule et même bannière.

Le groupe assume de prendre ce virage plus thrash avec «Lamb Of God». On ressent même une grande inspiration puisée du côté de Kreator et de Slayer. Le titre «Routes» avec, en featuring, un Chuck Billy (Testament) au top de sa forme, en est d’ailleurs l’apogée.

«Memento Mori» reste le meilleur morceau de l’album, avec cette introduction des plus calmes avant qu’un déferlement de violence ne s’abatte sur l’auditeur. «Poison Dream» revêt un habit hardcore, certainement grâce à la collaboration de Jamey Jasta (Hatebreed).

Pour le reste, Lamb Of God reste dans les clous : les riffs de guitare du grand Mark Morton, caractéristique du son du groupe, font toujours autant mouche, la voix éraillée de Randy Blythe est toujours aussi perçante, et la batterie se fait très chirurgicale. Le tout reste très groovy malgré très peu de variation entre les morceaux.

Malgré un aspect linéaire qu’on peut regretter, cet album des Lamb Of God est d’une excellente qualité, d’une puissance inégalée et ravira tous les fans du groupe et les fans de thrash de la première heure.

9/10

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[CHRONIQUE] Haken – Virus

Devenus au fil des années les véritables figures de proue du metal progressif (virant à légers coups de pieds un certain Dream Theater), les Haken ont créé la surprise en annonçant, le 1er avril dernier, un nouvel album qui colle parfaitement à notre actualité, «Virus». Soyez rassuré, il ne s’agit point d’une création à la va-vite suite à l’arrivée de la pandémie de Covid-19, ou d’un poisson d’avril d’un goût douteux. Non, «Virus» est la deuxième partie du diptyque «Cockroach King », débuté avec «Vector» et prévu de longue date.

Passé ce malheureux hasard, ce nouvel opus regorge de surprises : plus rentre-dedans que ces prédécesseurs, on note un net retrait de l’aspect atmosphérique de la musique de Haken. Les morceaux sont nettement plus tarabiscotés, se rapprochant même de groupe tels que Unexpect.

Les guitares de Richard Henshall et de Charlie Griffiths nous bombardent de solos, mais aussi de riffs secs et chirurgicaux. La batterie de Raymond Hearne donne un rythme tribal assez proche de ce que peut produire Sepultura. La voix de Ross Jennings part moins dans les aigus et est plus posée, plus calme (peut-être même un peu trop calme à notre goût).

Niveau synthé, on retrouve ce délicieux son provenant tout droit des années 1980, prenant parfois une allure new wave, notamment sur les morceaux «Messiah Complex».

«Virus» est donc un opus complexe, plus terre à terre, regorgant de structures alambiquées qui feront le bonheur de tous les fans de progressif. Avec sa longue carrière, Haken arrive encore à nous surprendre avec des albums inventifs, instaurant une ambiance à chaque fois différente. Pour notre plus grand plaisir.

9,5/10

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[CHRONIQUE] Paradise Lost – Obsidian (coup de coeur)

Les piliers du gothic doom metal anglais, Paradise Lost, reviennent ce printemps avec une toute nouvelle galette, trois ans seulement après le ténébreux «Medusa». «Obsidian» tranche avec ses deux prédécesseurs à la fois par son retour aux racines, mais aussi son retour à la lumière.

«Obsidian» se rapproche plus donc d’opus sortis dans les années 1990, «Draconian Time» et «One Second» en tête. On lui trouve également beaucoup de liens avec un autre album sorti cette fois en 2012, «Tragic Idol».

La lourdeur du doom fait place à la mélodie à la guitare, qui se fera omniprésente tout au long de l’album (Greg Mackintosh nous gratifiant de quelques solos ma foi extrêmement bien sentis). C’est entêtant, solaire, plus particulièrement dans le morceau «Fall From Grace» que ce bon Nick Holmes vient contrebalancer par un chant d’une lourdeur extrême.

«Obsidian» est extrêmement inventif, surprenant. On s’attendait à totalement autre chose, les musiciens font tomber les barrières et donnent limite l’impression de s’amuser ! Holmes s’essaye à toutes sortes de chant, jusqu’au larmoyant dans «Ending Days», en passant par un growl massif dans «Darker Thoughts». L’ensemble reste très délicat, alambiqué et bien ficelé.

Si «Obsidian» ne révolutionne pas la musique de Paradise Lost, cet album est un véritable retour aux racines, avec des morceaux sonnant plus accessibles mais à la structure divinement complexe. Un opus tout en élégance et en retenue qui plaira à tout le monde.

9,5/10

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[CHRONIQUE] Conception – State Of Deception

C’est une renaissance à laquelle on ne s’attendait pas ! Après une mise en bouche avec l’EP «My Dark Symphony» (paru en 2018), les norvégiens de Conception sont revenus ce printemps avec cette fois un album studio – le premier depuis 1997 – intitulé «State Of Deception».

Dès les premières notes de «Of Raven & Pigs», le morceau suivant l’introduction assez Kamelot-ienne (13 ans en tant que chanteur du groupe laisse forcément des traces, n’est-ce pas Roy ?), les fans du groupe reconnaîtront tout de suite leur son, qui ne semble avoir que peu évolué depuis les années 1990. Un son rétro, à mi-chemin entre du vieux Soundgarden et Pink Floyd, qui donne une saveur particulière et addictive à cet opus.

Si on trouvait «My Dark Symphony» plus noir, plus sombre et plus complexe que ce à quoi nous avait habitué le groupe, cet album reste très facile d’accès, avec des riffs entêtants, des refrains entraînants et un côté plus solaire qui vous donnera la pêche pour le restant de la journée.

L’ensemble n’en demeure pas moins bien produit, bien pensé. Mention spéciale au batteur du groupe Arve Heimdal dont la frappe est à la fois puissante, précise et aérienne et surtout à Roy Khan (chant) qui laisse libre court à toute sa puissance vocale, et change du registre linéaire auquel il nous avait habitué avec son ancien groupe, Kamelot.

Energique et joyeux, «State Of Deception» est le contraire de «My Dark Symphony» tout en faisant partie de l’identité musicale de Conception : ce sont les deux faces d’une même médaille, l’une représentant le passé, l’autre l’avenir. Une manière de dire aux fans et au monde que le groupe est de retour, prêt à en découdre. Cet album est une petite pépite d’acier, qui satisfera tous les nostalgiques des années 1990.

9/10

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