Archives de catégorie : Interview

[INTERVIEW] Pierre (Survival Zero) : « on ne prend pas forcément des directions qui nous amènent là où l’on voudrait »

Si Survival Zero est un jeune groupe issu de la scène française, leur musique, entre le death mélodique et le mathcore, est un mélange à la fois mature et étonnant, qui vous fera secouer très fort les tifs. Rencontre avec Pierre, le chanteur du groupe le plus fascinant de ces derniers mois.

Metal-Actus : Vous venez tous d’horizons différents, notamment d’Embryonic Cells, groupe de Black metal. Comment vous vous êtes retrouvés sous cette seule et même bannière qu’est Survival Zero ?

Pierre Lebaillif (chant) : On se connaît tous d’avant, et on est, pour la plupart, des potes de très très longue date. On a même eu des groupes ensemble. J’ai lancé un peu l’initiative du projet en faisant écouter des idées de chansons à Thibault, notre batteur : on a jammé dessus quelques mois, et après on s’est tourné vers d’autres copains, Ben, Régis et Pierre qui ont pu apporter leur patte, leur touche, leur sensibilité à notre son. Même si on a créé les fondations de Survival Zero avec Thibault, rien n’a été imposé, bien au contraire. L’arrivée de chacun des membres du groupe a fait évoluer le groupe et sa musique vers le haut.

Quel est la signification de votre artwork ?

C’est lié à la signification des paroles de l’album : j’ai puisé dans un moment de ma vie où j’avais été malade – j’ai fait une dépression – et je m’en suis guéri avec l’aide des soignants. J’ai essayé de poser des mots là-dessus et sur le cheminement vers le haut par lequel je suis passé. C’est ce à quoi fait référence le titre de l’opus et ses paroles. Mais parfois, on ne prend pas forcément des directions qui nous amènent là où l’on voudrait, et on tombe sur un cul-de-sac ! L’artwork représente ça : tu as cette crise à vide dans le bas de la cover, on sent ce personnage central assez sombre, en méditation avec un visage assez neutre, et les quatre squelettes sont la représentation de ces voies sans issues qu’il a pris et qui font tout de même partie de son histoire. Tout le monde, dans sa vie, connaît des échecs, dont on peut forcément en tirer des leçons qui sont importantes.

Peux-tu m’en dire plus sur le clip du morceau-titre ?

C’est un morceau qui intervient au début de l’album : il est un peu conceptuel, il a son histoire propre mais il y a quand même un point de départ, avec l’introduction et le morceau qui suit «The Old Man’s Path», à savoir l’état d’esprit avant de commencer l’ascension. Et dans «The Ascension», cette dernière démarre. Dans le clip, il y a l’idée d’un enfermement, et d’une volonté de s’en extirper. Mais avant d’en sortir, on fait face à soi même : alors il y a d’autres personnages qui interviennent, mais peut-être qu’ils n’existent pas, que c’est la propre folie liée à l’enfermement du protagoniste principal qui les a créé. Il faut alors s’en débarrasser pour aller de l’avant et commencer cette élévation.

A propos de «Degnration», votre morceau le plus groovy, que peux-tu m’en dire sur sa conception ?

Le premier riff de la chanson est le premier qui nous ait venu en tête quand on s’est mis à composer. Et c’était plus de l’ordre de la blague à vrai dire car il ressemble vachement à du vieux Metallica ce riff, de la période «Ride The Lightning» (rires) ! Et en fait, l’idée me plaisait ! Sauf que derrière, c’est un morceau un peu à tiroirs, on a dans la première partie ce côté thrash brutal, et dans la deuxième partie, il y a ces arpèges au milieu, donnant un côté un peu tribal, et ça se finit sur un breakdown ! Et dans sa conception, le morceau dégénère à un moment. Et c’est comme ça que le titre est venu en fait. Dans les paroles, j’évoque des moments où ça déraille dans l’esprit de quelqu’un, comment il fait face, toujours avec ce rapport à l’isolement et la folie que ça génère, qui est quasi présent sur toutes les chansons.

Que peux-tu me dire sur «Fondations» ?

Il a ce titre-là pour deux raisons : déjà parce que c’est le morceau qui est à la base de tous les autres. J’ai mis beaucoup de temps à définir la structure du morceau parce que j’avais un riff, puis un deuxième, puis un troisième … et ces riffs, qui étaient de base pour ce morceau-là, ont atterrit sur tous les autres titres de l’album. Il a donné naissance au reste, en tout cas pour moi dans les propositions initiales que j’ai pu faire. C’est vraiment la fondation du groupe, sa base. Après, dans les textes, j’évoque beaucoup l’espace : je suis très inspiré par la littérature, notamment celle de science-fiction. Je suis très inspiré par Isaac Asimov et sa série d’histoires, «Fondations» : il fait voyager ses personnages, il les fait faire se confronter à des bouleversements à l’échelle de toute l’humanité, des choses plutôt négatives mais pour reconstruire derrière quelque chose d’autre, de plus positif. Dans les deux derniers romans de ce cycle, et surtout dans le dernier – pour rappel l’humanité a colonisé la voie lactée, et il recherche la planète des origines – j’y vois la métaphore de l’humanité qui recherche son berceau, qui recherche ses origines. Et à l’heure actuelle, on ne vit que sur une seule planète, mais il y a déjà une quête que l’humanité entreprend sur ses origines par la science, par la philosophie, même par les religions … Le morceau parle de ces chemins qu’on parcourt pour retrouver ses bases, des bases solides, et se construire peut-être autrement. Après, musicalement, c’est un morceau qui a quand même, maintenant – et il y a des gens qui nous l’ont fait remarquer, ce serait mentir que de le nier – une grosse influence Gojira : on a ce côté massif avec les dissonances créés par les accords de guitare, ce qui n’est pas forcément très commun, qui se conjugue avec un côté assez épique.

«Cold Spot» est votre intermède instrumental de plus de deux minutes. Pourquoi l’avoir choisi de mettre dans cette position précise dans la tracklist de l’album ?

On a essayé, sur tout l’album, d’avoir un enchaînement des titres qui soit le plus logique possible, en tout cas pour nous. Je te disais que sur «Fondations» il y avait des riffs qui étaient nés de sa composition qui ont donné naissance aux autres morceaux de l’album, donc il y a ce genre de liens entre les chansons. Mais à un moment donné, il faut arranger tout ça dans la tracklist d’un album. On a, de façon inconsciente essayé de réfléchir comme dans un film, avec son introduction qui pose l’environnement et les personnages, son développement d’une ou de plusieurs histoires, avec un rythme propre à chaque histoire. «Cold Spot» permet de chapitrer un peu l’album avant son final. Et puis c’est bien des respirations instrumentales aussi. Je suis le chanteur du groupe, mais je n’aime pas les groupes où il y a trop de paroles, où on entend trop la voix tout le temps ! (rires).

Comment s’est passé la release party virtuelle de samedi ?

Ce n’était pas en direct ! On l’avait enregistré au préalable parce que les disponibilités de chacun n’étaient pas toutes simultanées, entre le télétravail et les reprises d’activité. On voulait aussi garantir un contenu assez qualicatif parce que je ne te le cache pas, quand on a enregistré ça, il y a certains moments où les private jokes ont un peu trop pris le pas sur le reste (rires). On n’a pas voulu faire un truc trop sérieux non plus mais on aurait fait une émission de 5h30 si on avait tout laissé (rires). Je pense que la playlist a plu aux personnes, c’était assez varié car on a diffusé que trois extraits du nouvel album ! Pour le reste, il y avait une dizaine de morceaux qui passaient de Tool à Dissection, de The Black Dahlia Murder à Slipknot.

Vous avez des pistes pour des concerts après cette épidémie ?

On ne sait pas dans quelle mesure on va pouvoir assurer nos concerts – qui ont été reporté -mais dès que possible, la priorité, ce sera de bouffer des kilomètres pour faire nos shows. Des associations commencent à nous contacter pour des concerts, on fait aussi quelques démarches de notre côté. Mais c’est difficile, car tout le monde navigue à vue. On a bon espoir de reprendre les concerts à l’automne. On verra bien.

Un dernier mot ?

On parlait des concerts à l’instant, alors au nom du groupe, je transmets nos salutations et notre soutien à tous les acteurs de la culture, quels qu’ils soient et pas uniquement dans la musique. Je pense que c’est l’un des milieux qui morfle le plus, qu’on sous-estime même économiquement alors que ça a un poids assez monstrueux !!! On remercie les lecteurs de Metal-Actus et les gens qui nous suivent malgré le confinement, qui nous envoie des remerciements et des salutations : on est très touchés ! Et on espère très vite pouvoir reprendre le chemin des concerts, faire de la musique et vous rencontrer en vrai !

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[INTERVIEW] Clément (Guitare/One Life All-In) : « On arrive donc aujourd’hui avec un son un peu plus personnel »

Après avoir emballé la critique européenne avec leur premier EP « The A7 Session » les One Life All-In sont de retour ce printemps avec de la nouveauté savoureuse, « Letter Of Forgiveness ». Metal-Actus a pu s’entretenir avec Clément, guitariste du groupe, sur la conception de ce nouveau bébé.

Interview réalisée le 24 avril 2020 par téléphone par Roxane BAYLE
Photo à la une par Sylvain Mestre

Metal-Actus : Beaucoup de médias vous qualifient de «supergroupe». Est-ce le cas selon toi ?

Clément (guitares) : Alors on est effectivement des musiciens qui ont pu faire leurs preuves, mais après, nous qualifier de «supergroupe»…. En fait, le terme peut s’appliquer à Don (Foose) et à Kévin (Foley) qui ont fait beaucoup de choses. Mais en ce qui concerne Franco et moi, on va rester modeste, car on a fait beaucoup moins de choses : on a joué dans Seekers Of The Truth, on a fait quelques dates, mais ce n’est pas de la même envergure.


Comment vous vous êtes rencontrés ? Et à quel moment vous vous êtes dit « Putain, il faut qu’on fasse de la musique ensemble » ?

Quand on jouait avec Seekers, on a fait une date à Lyon avec The Spudmonsters, l’autre groupe de Don. Le courant était bien passé entre nous, et on avait bien pu discuter avec lui. Quelques jours plus tard, Franco était au Hellfest – je crois que c’était en 2014 – et les Spudmonsters jouaient. Et Franco a recroisé Don et ils ont pu repasser un peu de temps ensemble. L’année suivante, alors qu’on enregistrait un album avec Seekers, on lui a demandé de venir chanter sur un de nos morceaux.
Quand on a commencé à composer les premiers morceaux de One Life All-In, on s’est demandé qui allait les chanter. Et une fois qu’on a eu les six morceaux, on s’est dit «Tiens, pourquoi on n’enverrait pas les morceaux à Don ? » sans aucune prétention ou quoi que ce soit d’autre. On lui a donc fait parvenir des démos. Et ce qu’il a fait dessus nous a bien plût. Cela nous a donné envie d’aller un peu plus loin, donc de les enregistrer sur CD et d’essayer de faire un peu plus de choses !
Kevin est arrivé dans l’intervalle : on n’avait toujours pas de batteur et on se posait la question de faire appel à un vrai batteur, ou de faire le truc via un ordinateur. Kevin venait tout juste de mettre une annonce sur sa page Facebook à l’époque, il annonçait chercher des groupes avec qui jouer en spécifiant qu’il voulait faire autre chose que du Death ou du Grind. On est tombé donc au bon moment ! Tout s’est passé extrêmement rapidement !

«Letter Of Forgiveness» est votre second EP. A-t-il été plus évident à composer que votre premier EP, «The A7 Session»?

Alors il n’a pas été très compliqué à composer, juste plus long : pour le premier, Franco avait déjà tout composé dans sa tête – il avait écrit des morceaux qu’il n’avait pas encore mis en forme mais il avait déjà des idées bien précises de comment ça allait sonner. Pour le deuxième, il n’y avait pas vraiment de nouveaux morceaux : on a dû tout composer ensemble et trouver une dynamique de travail ensemble. Si Franco ou moi on avait un riff, on se voyait – on s’est toujours vu très régulièrement – il me montrait son riff, je le rejouais, et on enregistrait tout ça sur ordinateur. On voyait alors ce que ça donnait, et on rajoutait, déplaçait, enlevait certaines choses. On envoyait ensuite les morceaux à Don qui pouvait, lui aussi, demander à les modifier. On arrive donc aujourd’hui avec un son un peu plus personnel selon moi, avec notre propre identité car tout le monde a pu donner son avis et toutes les influences ont été prises en compte.

Pourquoi ce titre «Letter Of Forgiveness» ?

C’est un titre qui a été proposé par Don. C’est aussi le premier morceau de l’EP. Don a écrit les paroles, et elles sont assez personnelles : Don est très croyant – c’est le seul dans le groupe – et il a décidé de s’imaginer dans une conversation avec Dieu pour s’excuser de tout ce qu’il a pu faire de mal dans sa vie – des choses qu’il regrette, dont il n’est pas très fier. C’est une manière d’avancer, de passer à autre chose. Je pense qu’il est important pour Don ce morceau car il arrive à un moment de la vie où il a besoin de le faire, mais où aussi il a besoin d’exprimer des choses plus personnelles de ce qu’il faisait par le passé avec ses précédents groupes.

Quelle est la signification de votre artwork, vrai tatouage que j’aurai plus vu sur le bras d’un marin, par exemple !

Oui c’est vrai ! (rires) On a fini de composer les six morceaux, et on se posait la question de la pochette. On n’avait pas du tout d’idées. Don avait ce visuel là, qu’il avait obtenu de son ami Dave Quiggle et il nous l’a proposé, et on a accepté. Et Dave nous a donné son accord plus l’utiliser, à condition de pouvoir le retoucher, essayer de faire quelque chose de cohérent avec l’image. On est très content d’avoir pu collaborer avec lui : à la base, c’est un tatoueur, mais il a aussi fait les pochettes de plusieurs groupes, notamment des Foo Fighters et de Comeback Kid.

Le clip de «Hey Man!» est sorti aujourd’hui. Pourquoi avoir choisi de le mettre en avant ?

Alors ce titre on a choisi de le mettre en clip pour plusieurs raisons : la première est que c’est un morceau court, et on voulait faire un clip court avec des images du studio. Elles montrent qu’on a passé un bon moment, on voulait que ce soit une vidéo souvenir, un peu comme à l’époque où on faisait des albums photos, qu’on aurait plaisir à regarder encore et toujours. Donc oui, égoïstement, on a fait ça pour nous (rires). La deuxième est qu’on a un peu toutes les facettes de l’ambiance des morceaux de One Life All-In dans ce même morceau : il est rapide, avec une influence punk et des mélodies au niveau des guitares avec un chant qui arrive à se placer au milieu de tout ça. Ce morceau est donc assez représentatif du style.

Vous avez choisi de reprendre un standard de The Cult «83rd Dream». C’est un univers, à première vue, assez éloigné du vôtre. Pourquoi ce choix ?

Au début, on ne pensait pas le faire figurer sur l’EP ! Comme je travaille beaucoup sur ordinateur, Don m’avait demandé de réarranger certains morceaux de son choix pour qu’il puisse les chanter à sa sauce. Et «83rd Dream» faisait partie du lot. Et il s’est avéré être, au final, correspondre à notre style et du coup on l’a inséré dans notre tracklist. Notre reprise change un petit peu de la version originale tout en gardant la même structure, les mêmes notes – on a juste accordé un ton plus bas et fait quelques arrangements, particulièrement à la guitare rythmique.

Que peux-tu me dire sur «Cold End Struggles» ?

C’est mon morceau préféré ! Enfin celui que je préfère jouer, mais pas forcément celui que je préfère écouter (rires). Il a une grosse énergie hardcore, ça va vite, il y a tout ce que j’aime dedans ! C’est l’un des premiers morceaux qu’on a composé avec Franco : il avait un riff en tête et moi j’ai mis en place la structure du morceau : c’est, en quelque sorte, un morceau «type» de notre nouvelle méthode de composition.

Que peux-tu me dire sur «Discharge» ?

C’est aussi l’un des premiers morceaux qu’on a enregistré. On l’a composé ensemble avec Franco, durant nos sessions du dimanche. Par contre, ce qui est marrant, c’est qu’on l’avait écarté au début ! On le trouvait un peu plus faible que les autres. Et c’est Kevin qui nous a dit que ce morceau était bien et qu’il fallait le garder. C’est d’ailleurs pareil pour «Cold End Struggles». On les a donc repris. Pour en revenir à «Discharge», on l’a envoyé après l’avoir réarrangé à Don. C’est d’ailleurs, pour moi, ce qu’il a fait de mieux que ce soit au niveau des paroles qu’au niveau du chant

Pour l’avenir, je suppose que vous allez bosser sur vos futures dates de concert, malgré ce confinement ?

Oui. Et ça manque énormément. Même si on est déçu et un peu frustré, il ne faut pas oublier que c’est pour d’excellentes raisons, car si on n’est pas malade, on peut être porteur, il faut donc éviter la transmission. De notre côté, on essaie de reporter nos dates des mois d’avril et de mai, de les replanifier. Mais ce sera certainement pour l’année prochaine et pas avant. On a très hâte de pouvoir rejouer.

Un dernier mot ?

Un grand merci à tous les fanzines, webzines, radios, magazines …. pour le travail que vous faîtes à supporter des groupes comme nous durant cette période. Sans vous, on ne pourrait pas faire tout ce qu’on fait. Et n’hésitez pas à jeter une oreille à mon autre projet musical, Last Note, que j’ai lancé durant le confinement !

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« Hey Man! »:

« Letter Of Forgiveness » :

[INTERVIEW] Fabien (Scarlean) : « C’était un accouchement sans douleur ! »

Arrivé tout juste en fin d’année dernière, «Soulmates» est le deuxième album des Scarlean, après un «Ghost» plutôt bien apprécié par la critique. Fabien, batteur du groupe et l’homme derrière les manettes sur l’enregistrement, revient pour nous sur cette savoureuse galette.

Metal-Actus : Votre album «Soulmates» est sorti à la fin de l’année 2019. Malgré cette période compliquée que nous traversons tous, est-ce que vous avez eu des premiers retours, et pensez-vous avoir pu toucher un nouveau public ?

Fabien (Batterie) : Pour l’instant, tout ce qu’on a eu depuis la sortie de l’album sont très très positifs. On a eu de très bonnes notes sur des webzines, des fanzines et des magazines. Pour ce qui est du confinement en lui-même, niveau promotion, comme on a pu assurer le truc aujourd’hui par téléphone, tout reste dans la lignée de ce qui était prévu, malgré les quelques annulations de concert, mais bon… Je pense que nous ne sommes pas les premiers touchés. Ce sont surtout toutes les organisations de concerts qui en pâtissent le plus. On a une pensée pour eux, car je sais qu’il y a beaucoup de bénévoles dedans qui se donnent et cela met en l’air un travail de plusieurs semaines, de plusieurs mois, voir parfois même d’une année complète. J’espère qu’ils pourront continuer, se relever malgré tout ce travail gâché à cause de l’épidémie actuelle.

Votre personnage mascotte, le Ghost, fait dos à une petite fille. Est-ce elle sa «soulmate» ?

Ce qui est assez intéressant dans l’élaboration de la pochette, c’est qu’il y a une interprétation que tout le monde peut avoir. On peut penser ça, que c’est son âme soeur. Ou alors ça exprime une certaine dualité. Il y a tout ce genre de message qui peut être interprété avec la pochette. Chacun vit les choses différemment, et la pochette retranscrit un peu ça : est-ce que le Ghost est l’âme soeur de la petite fille ? Est-ce que la petite fille est l’âme soeur du Ghost ? Va savoir ! (rires)

Comment s’est passé l’accouchement de «Soulmates» ? Scarlean ayant un tout nouveau line-up (dont tu fais partie d’ailleurs!)

C’était un accouchement sans douleur ! On s’est retrouvé quelques mois avant de rentrer en studio chez moi, «en confinement» pour travailler les arrangements et les nouvelles compositions de Scarlean. Et pour «Soulmates», il y a eu un changement de line-up suite aux changements de besoin de certains, et il n’y a aucune animosité avec les ex-membres du groupe : on est tous copain, et quand ils viennent nous voir, on boit des coups ensembles.
On a pris le parti de faire plusieurs mois d’arrangements, de compositions et de corrections de notre musique : on a donc attaqué le 4 juillet dernier pour terminer à la mi-octobre. On a réussi à tenir le planning pour que les choses soient faites correctement.

J’aimerai revenir sur la figure du «Ghost» qui a été introduite via votre premier opus du même nom. Il est également présent sur ce deuxième album, mais aussi sur vos tournées. Est-ce que cette «mascotte» va vous suivre sur une partie, voire la totalité de votre carrière ?

Je pense, même si je ne sais pas si c’est une réelle certitude. Il sera certainement là pour le troisième album. Le concept du «Ghost» est pour moi une très bonne idée : Alex et Geoffrey, qui sont le moteur de Scarlean, ont eu cette idée de schématiser ce que l’être humain peut vivre au quotidien dans les sensations, les émotions … ce qui a donné ce personnage. Aujourd’hui, ça nous correspond bien et ça nous ouvre beaucoup de possibilités dans nos manières de s’exprimer et d’avancer dans le projet. Donc il y a encore des chances pour qu’il nous suive pendant pas mal de temps.

Pourquoi avoir choisi de reprendre «Wonderful Life» des Black ? Et comment avez-vous réussi à attirer Anneke Van Giersbergen dessus ?

A la base, pendant cette période «confinement» qu’on a eu avant l’enregistrement de l’album, on avait prévu de faire une autre reprise. C’était un titre des Beattles, sur lequel on voulait faire un featuring avec une chanteuse. Mais, après débats, on est partis sur une autre idée, «Wonderful Life» de Black donc, car le texte correspondait plus à l’univers de «Soulmates» : ce texte a un petit côté sarcastique et ironique qui ressort bien, et collait parfaitement au reste de l’album. Les reprises, ce sont des petits défis qu’on aime bien se lancer, transformer un standard de la chanson et en faire totalement autre chose !
Pour notre collaboration avec Anneke Van Giersbergen, c’était au départ un fantasme de pouvoir la faire chanter sur l’un de nos morceaux ! On est tous plus ou moins fan, certains plus que d’autres d’ailleurs (rires). On a décidé d’essayer de la contacter, après avoir réussi à obtenir le mail de son manager. On y est allé au culot en lui proposant la chanson, directement avec la maquette. Et on a eu une réponse très rapide, je crois même dans l’heure en disant que c’était une très bonne idée et que Anneke serait flattée de participer au projet. Et c’est parti de là : on lui a demandé des parties de chants et quelques improvisations, … Et tout s’est fait dans une facilité plutôt surprenante avec beaucoup d’accessibilité, d’intelligence et de professionnalisme. C’était une super expérience !

Tu peux aussi me parler d’une autre collaboration prestigieuse, à savoir Eric Lebailly. Tu t’es occupé de l’enregistrement de l’album, mais tu es le batteur officiel de Scarlean. Pourquoi avoir fait le choix de laisser ta place derrière les fûts ?

Je suis rentré dans Scarlean en tant que batteur l’hiver dernier.mais je suis également le producteur de «Soulmates» : j’ai enregistré, mixé et masterisé l’album au complet, j’ai participé aux arrangements et apporté quelques corrections aux morceaux. Il me semblait donc compliqué, pour ma part en tout cas, de me retrouver derrière la console et derrière les futs en même temps. On a alors fait appel à Eric, qui est un très bon ami à moi, avec qui j’ai déjà collaboré sur plusieurs projets. Et c’était une expérience très enrichissante : on s’est permis d’utiliser son vocabulaire, son expérience, il nous a amené des petites réflexions qui étaient assez intéressantes sur le groove. J’avais totalement confiance en lui, et je savais qu’il allait retranscrire toute l’énergie que je voulais donner à Scarlean. Et ce n’était pas pour ramener un batteur meilleur que moi : c’était pour assurer la production de l’album. C’était beaucoup de travail à produire sur un temps limité, avec beaucoup de prises de son et de mixage …. et je ne me sentais pas d’assumer les deux !

Que peux-tu me dire sur «Waste My Time» ?

Même si on ne connait pas les paroles par coeur, le titre reste assez parlant. C’est un morceau ternaire, avec une belle énergie. Il y a un texte qui dit des choses intéressantes, qui concerne énormément de monde. C’est un morceau qu’on a aimé composer et qui étonnamment, par rapport à d’autres, est encore plus agréable à jouer sur scène.

Que peux-tu me dire sur «Our World Will Surely Stop» ?

J’invite tout le monde à lire le texte et à écouter l’émotion qu’Alex essaie de transcrire sur ce morceau et d’écouter les harmonies qu’on a monté dessus. C’est aussi, personnellement, un morceau sur lequel j’ai pris du plaisir à travailler et à mixer. Il y a aussi un côté très new wave dans les arrangements. Ce n’est pas le morceau qui ressort le plus de l’album, mais, pour moi, c’est une pièce assez importante parce que elle retranscrit bien ce qu’est Scarlean, que ce soit au niveau de l’ambiance, de l’écriture, des implications de chacun sur le texte eou de l’interprétation vocale d’Alex.

Ces travaux de peinture que vous montrez sur Facebook, c’est pour un prochain clip ?

Oui, exactement ! Donc en ce moment, on est en train de faire le clip de «Next To The Maker», qui est le premier titre de l’album. Malheureusement, à cause du confinement, on a pris du retard pour continuer à filmer la partie scénarisée du clip. Olivier, le bassiste, qui est aussi le vidéaste du clip, qui travaille déjà sur l’intégration des effets. Il y aura une partie scénarisée, donc avec un décor qui est en train de se construire en ce moment chez Michel, notre guitariste : on est en train de construire une chambre de petite fille. On a envie de mettre en image le thème de cette chanson mais aussi le thème de l’album car cela le représente bien. Dès que le confinement sera terminé, on pourra enfin tourner avec la petite fille et le Ghost, et ainsi sortir cette vidéo.

Un dernier mot ?

J’espère que tout le monde va bien se porter avec cette histoire de confinement, surtout que ce n’est vraiment pas drôle. Restez bien chez vous, faîtes attention à vos proches. On vit un peu une période difficile, et surtout unique. Pendant ce temps, Scarlean continue : on travaille et on réfléchit énormément au troisième album et aux futures vidéos, mais aussi à nos prochaines scènes. On espère que notre musique plaira à tous ceux qui pourront écouter. Vive la musique ! J’encourage tout le monde à faire de la musique, c’est un exutoire qui est génial, qui permet de rencontrer beaucoup de gens et de partager beaucoup de choses.

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[INTERVIEW] Mikko Siren (Apocalyptica) : « Chaque morceau a sa propre identité, mais fait partie de quelque chose de plus grand »

A l’occasion de la sortie de « Cell-0 », qui marque le retour (bref) du groupe à du 100% instrumental, Metal-Actus a pu s’entretenir avec le batteur d’Apocalyptica Mikko Siren et évoquer le concept particulier de cette cellule imaginaire.

Avant de rentrer dans le vif du sujet, j’aimerai que tu reviennes sur l’immense tournée que vous venez d’achever à l’occasion de l’anniversaire de la sortie de «Plays Metallica By Four Cellos». Quel regard portes-tu sur ces années très intenses ?

Mikko Siren (Batterie) : C’était génial ! Nous avions initialement prévu de faire une trentaine de dates sur cette tournée – essentiellement en Europe – pour célébrer la sortie de cet album il y a 20 ans. On comptait revenir après en studio pour enregistrer notre nouvel album. Et tout ça remonte à 2015 (rires). Après nos premiers concerts, les promoteurs et nos fans à travers le monde ont été emballé par l’idée, et on a reçu une immense demande de faire plus de shows ! Donc effectivement, il se trouve que c’est notre plus grande tournée, avec un passage dans au moins 45 pays à travers le monde.
Et nous étions de retour à nos débuts, quand nous n’avions que les violoncelles, et ensuite la batterie. Nous avons ainsi pris conscience à quel point nos fans adorent nos morceaux instrumentaux, voire plus que ceux avec des chanteurs. Ainsi, on a pris la décision de faire «Cell-0» en pleine tournée !

Cette réaction de votre public est celle qui vous a poussé à revenir au tout instrumental sur cet opus donc ?

Exactement !

Que veux dire ce titre «Cell-0» ?

On parlait, durant notre tournée, de musique, et de la vie en général – ce qu’il se passait dans nos société, dans notre monde, sur Terre. Nous avons imaginé cette particule imaginaire, « Cell-Zéro», qui est le départ de toute chose sur cette planète : ça peut être un simple atome tout comme quelque chose de plus puissant, qui a créé la vie. C’est aussi quelque chose dont manque actuellement l’humanité, car cet élément améliore les sentiments des êtres humains, et les rend plus doux, plus compatissants. Beaucoup de personnes manquent de respect envers les autres, envers notre terre et la nature.

Je trouve que votre musique est bien plus agressive et plus rentre-dedans que sur vos deux précédents albums. D’autres groupes vous ont-ils influencé ?

Beaucoup de choses se sont passé en cinq ans, entre la sortie de notre précédent album «Shadowmaker» et aujourd’hui, et cela a eu une influence sur notre musique, peut-être pas forcément voulue. Eicca (Toppinen) et Perttu (Kivilaakso) sont les deux compositeurs principaux du groupe : musicalement, ils sont tous les deux assez ouverts à différents types de musique, du classique au plus thrash à la Slayer.
Sut «Cell-0», on se rapproche des émotions que peuvent ressentir chaque individu, on les «kidnappe» en quelque sorte pour les porter aussi loin que possible, de les approfondir, de les développer, et d’en faire ressortir leur beauté, malgré cette sur-agressivité apparente.

Ces émotions sont au coeur de votre album donc ?

Oui. Nous voyons chacun des morceaux comme une peinture : chaque morceau a sa propre identité, mais fait partie de quelque chose de plus grand. Tu peux le constater sur notre artwork d’ailleurs. On essaie alors de faire quelque chose de cohérent, d’avoir une histoire continue du début à la fin de notre album.

Le clip de «Rise» est-il la projection de cette peinture que tu décris ?

Non, car il s’agit de l’interprétation de notre réalisatrice, Lisa Mann. C’est drôle car quand j’ai pour la première fois entendu «Rise», la seule chose qui m’est venu à l’esprit est le terme de «lumière», dans le sens que c’est quelque chose de positif, qui améliore les choses. Lisa travaille depuis un moment avec nous – elle a réalisé certains de nos clips dont «Not Strong Enough» ou encore «Cold Blood» – et elle nous connaît bien maintenant. On lui a donc fait écouter la chanson tout en lui demandant de nous réaliser le clip. Et on lui a laissé carte blanche. C’est donc sa propre interprétation de notre musique même si elle se rapproche beaucoup de la nôtre !

Donc vous ne lui avez donné aucune directive ?

Juste quelques indices ! Mais c’est elle qui a choisi l’histoire, la photographie, qui a utilisé les danseurs…. Cette vidéo est sa vision, en tant qu’artiste, du morceau. On voulait lui donner la possibilité de s’exprimer. Et c’est aussi notre façon de la remercier d’être avec nous depuis toutes ces années.

Que peux-tu nous dire sur «Call My Name»?

Il s’agit d’une composition de Perttu, et elle devait être à l’origine chantée par un guest. On a du la retravailler pour qu’elle passe mieux en instrumentale. C’est un titre épique, qui se rapproche beaucoup des bandes-sons des jeux vidéos – ce qui n’est pas étonnant, Perttu étant un fan de jeux vidéos, il a pu piocher quelques éléments dans ce genre de musique. C’est un mélange entre du dark metal et quelques accords mineurs, qui sonne à des moments plus pop, mais dont la puissance ne fait que monter pour à la fin exploser. Un bon morceau de metal en gros (rires). Au niveau de la thématique, le morceau retranscrit les cris que la Terre adresse à l’Humanité : «Que m’avez-vous fait ? Vous m’avez ruiné, vous avez détruit la nature et ses habitants».

Que peux-tu me dire sur «Beyond The Stars» ?

Elle a été écrite par Perttu, et il était déjà prévu qu’elle occuperait la dernière place de notre tracklist. Il retrace l’histoire d’un satellite, dans lequel l’humanité a mis ce qu’elle savait faire de mieux : la musique, les arts … et elle l’a envoyé dans l’espace dans le but que quelqu’un en retrouve son contenu. Il s’agit de sa vision que, inévitablement, l’humanité devra quitter un jour notre planète, qu’on devra la laisser derrière nous après des années à la maltraiter. C’est aussi le morceau qui réunit tous les autres de l’album – toutes ces particules se mettent enfin en place ensemble.

Je voulais revenir sur votre début de collaboration avec Sabaton : après votre cover de «Fields Of Verdun», vous avez sorti une autre cover, «Angels Watching» et vous êtes montés sur scène avec eux le temps de cinq titres. Qu’est-ce que vous attendez pour l’album de duos ? (Rires)

Je ne peux pas vraiment te répondre (rires). On aime beaucoup collaborer avec Sabaton, et leur façon d’être avec les autres, les fans … Et ils ont toujours tout pleins d’idées ! On espère juste pouvoir faire plus de choses avec eux. On a, pour commencer, cette formidable tournée qui nous attend avec Amaranthe ! On se rejoindra les uns et les autres sur scène, pour passer une bonne soirée, avec tous nos fans réunis. Et puis peut-être qu’il y aura autre chose, un jour, à un moment donné. (rires)

Es-tu heureux de revenir sur les routes aussi tôt ? J’ai l’impression que votre dernière tournée s’est achevée hier !

Oui ! Effectivement, on ne fait que courir depuis la fin de la dernière tournée, entre les nouveaux concerts à préparer, la composition de l’album, les enregistrements à Stockholm, à Los Angeles, la promotion partout en Europe….On n’a plus le temps d’être à la maison, et c’est dommage car j’aime bien être chez moi (rires). Mais je suis content de repartir jouer !

Comme sur les deux précédentes tournées, est-ce que vous aurez un chanteur avec vous sur scène ?

Sur la prochaine tournée, on profitera de la présence d’Elize Ryd (Amaranthe) qui viendra avec nous sur quelques morceaux. Concernant les concerts qu’on va donner aux Etats-Unis, Frankie Perez sera de la partie.

Et pour ce qui est des festivals cet été ?

On en fera quelques uns, mais on se consacrera surtout à nos propres tournées en salle. On fera beaucoup plus de festivals à l’été 2021.

Un dernier mot ?

Merci pour votre incroyable soutien et votre patience pour la sortie de ce nouvel album studio. On en est super fiers et c’est en partie grâce à vous qu’on l’a réalisé.

Notre chronique ici.

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[INTERVIEW] Mick (StuBorA) : « «Horizon Noir» résumait bien les thèmes généraux abordés »

Dans le sillage de la sortie de leur opus « Horizon Noir » à la fin du mois de novembre 2019, on a pu s’entretenir avec Mick, l’une des deux têtes pensantes des sympathiques StuBorA !

Metal-Actus : Comment s’est passé le travail autour de cet album « Horizon Noir » ?

Mick (chant et basse) : On est deux compositeurs, Cyril et moi-même, et, même si on se retrouve sur une base et des influences communes, on peut avoir aussi des goûts qui sont complètement différents. On ne voulait pas se fixer de limites : on voulait jouer ce qu’on avait envie de jouer en essayant tout de même de trouver une homogénéité dans tout ça – il ne faut pas non plus que ça soit des styles qui n’aient rien à voir les uns avec les autres. Nos morceaux, sur cet album, ont une vraie couleur, avec de vraies palettes. Après, forcément, on a toujours des concessions à faire : Cyril va, parfois, ne pas proposer certaines choses et à l’inverse, certaines de mes compositions ne vont pas convenir au groupe.

Et ce n’est pas trop compliqué de tout mettre en commun si vous avez des influences si différentes ? Il n’y a pas eu de clashs ?

Il y en a eu (rires), c’était déjà le cas sur le précédent album. Mais ça se passe bien : on a la chance, avec Cyril, d’être d’abord des amis puisqu’on se connaît depuis qu’on est gamin, et d’avoir conscience du talent de chacun – on sait que nous avons cette même motivation. Après, on est tellement passionné par ce qu’on fait que, parfois, on peut se montrer un petit peu moins ouvert sur les propositions de l’autre. Cela a pu générer quelques petites tensions qu’on a été capables de surmonter. L’enjeu est que, malgré cette différence, c’est de réussir à aller dans la même direction et que chacun s’y retrouve.

Est-ce que Niala à la batterie, il essaie de proposer des choses ?

Niala n’est pas dans la composition. Par contre, il intervient beaucoup sur l’aspect rythmique des chansons, sur les arrangements. A la base, on travaille beaucoup avec Cyril – on s’envoie des fichiers, on se propose nos morceaux sur lesquels on intéragit, on fait des suggestions, … et tout ça est fait en amont. Une fois qu’on est d’accord sur le principal – l’ossature, les mélodies – on amène ça à Niala en répétition. Il pensera à des rythmes, à des choses qui nous feront rebondir et parfois même réorienter le morceau dans une autre direction. Son jeu de batterie et sa maîtrise de l’instrument nous permet de glisser et de faire le lien, justement, entre nos influences diverses.

Le titre de l’album, «Horizon Noir» est très évocateur : «horizon» donc futur et «noir» sombre, pessimiste. Pourtant, je perçois dans les morceaux que vous vous raccrochez à quelques notes d’espoir, de vie. Je voulais savoir avoir choisi un titre aussi sombre pour représenter votre album alors que justement, ce que vous dépeignez n’est pas si noir ?

Tout le monde ne perçoit pas forcément ces touches d’espoir, certains journalistes ne les ont pas décelé et ont trouvé que c’était assez sombre en général. On écrit également les paroles chacun de notre côté avec Cyril et on s’est rendu compte au résultat qu’on abordait des thèmes qui n’étaient pas finalement très joyeux. C’est juste un constat qu’on fait. Mais le résultat est que cette couleur noire ressortait un petit peu, et donc «Horizon Noir» reprend bien cet aspect un peu sombre qu’il peut y avoir dans pas mal de paroles de cet opus. Et puis c’est aussi une manière d’attirer l’attention : «Horizon Noir», ça interpelle, ça paraît pessimiste comme ça et finalement ça peut permettre de mettre l’accent sur certaines choses qui ne vont pas et qu’on veut améliorer. Mais on a toujours une part d’ouverture et heureusement d’espoir, sinon, ce serait bien triste de ne plus avoir foi en l’humanité !

Tu me confirmes que, sur la plupart des chansons présentes sur cet album, vous vous basez sur du vécu ?

Oui tout à fait ! Il y a des choses qui vont être des constats de société, sur le monde qui nous entoure, et il y a vraiment des textes qui sont liés à des expériences intimes personnelles : des décès, des choses sentimentales, … avec toujours une certaine pudeur et en essayant de faire des paroles qui ne soient pas trop précises, ce qui pourra permettre à chacun de s’y retrouver et d’y faire son interprétation.

A propos de deux des premiers morceaux que vous avez balancé, à savoir «Ténèbres Eternelles» et «Identité», je m’interroge car ce dernier est particulièrement accrocheur et aurait fait un très bon premier single ! «Ténèbres Eternelles» est bien plus bourrine et moins facile d’accès ! Pourquoi ce choix ?

«Ténèbres Eternelles» est l’un des morceaux que nous avons finalisé en premier. Mais c’est aussi un titre qui fait le lien avec ce que nous avions proposé sur l’album précédent. Comme sur «Horizon Noir», on s’est autorisé à aller dans des directions un peu plus poussées, dans des styles que nous n’avions pas abordé jusqu’à maintenant, on voulait, entre guillemets, rester sur du classique avec ce morceau et ainsi ne pas perdre ceux qui nous suivent. Et puis pour les deux suivants, dont «Identité», en terme de mélodie, ils proposent quelque chose de fort, et de différent, qui représentait bien la diversité de l’album. En attendant, pour nous, ces trois morceaux restent assez forts et on a voulu les mettre en avant par les clips.

Que peux-tu me dire sur «Cerveau Limité» ?

C’est moi qui l’ai écrite. Les paroles portent sur un sujet dont on parle un peu plus en ce moment, mais c’est quelque chose qui m’a toujours interpellé : la perception machiste de certains hommes par rapport aux femmes et à leur droit à la féminité. J’ai une fille qui a 15 ans qui s’était interdit de porter des jupes durant toutes ses années de collège sous peine de se faire traiter de pute. J’ai une épouse qui se fait siffler dans la rue. Alors oui, je pense que certains hommes ont un gros problème d’éducation, de gestion de leur frustration et autres. C’est un truc qui me répugne, et donc j’avais envie d’aborder ce sujet. On nous a fait souvent la remarque, que ce n’était pas forcément un thème souvent abordé dans le Metal, qui peut lui-même avoir une connotation machiste. Mais je pense que le Metal-rock a aussi évolué : on n’est plus dans ces stéréotypes qu’on pouvait avoir dans les années 1980/1990.

Que peux-tu me dire sur «Hors De Lui» ?

On a utilisé plusieurs accordages différents sur cet album, cela nous permet, une nouvelle fois, de nous renouveler en terme de propositions et de sonorités et, du coup, nous permettre de trouver une inspiration nouvelle. C’est le cas de «Hors De Lui» qui a un style qu’on n’avait pas fait jusque là, avec une ambiance un peu lourde. On garde toujours le souci de la mélodie dans le refrain, un point commun sur lequel on s’est attaché à travailler sur toutes nos compos.Cela donne quelque chose d’accrocheur. Il a une petite inspiration doom – et d’ailleurs son titre de travail était «Doom» (rires). C’est un morceau composé par Cyril qui a des influences un peu plus extrêmes et metal que moi .

Vous étiez en compétition pour faire la première partie du concert parisien de Sidilarsen. Pas trop déçu d’avoir perdu ?

Alors on n’est pas foncièrement déçus même si, oui, on aurait bien aimé le faire. Dans une salle parisienne aussi connue avec un groupe comme ça, ça aurait été sympa. Mais bon, on ne perd pas espoir et on travaille vraiment là-dessus pour 2020, à essayer de se trouver des dates dans ce genre-là, décrocher des petits festivals ou des premières parties. Le but de notre album, c’est aussi nous ouvrir ce genre de portes.

Un dernier mot ?

Essayez de porter une oreille sur l’album ! Il n’est peut-être pas facile d’accès pour certains, le chant en français peut en rebuter certains. On est satisfait du résultat, on pense qu’on propose quelque chose de qualité, avec des bons riffs et de chouettes mélodies. Donc on espère que les auditeurs et les chroniqueurs y trouveront leur compte !

Notre chronique de « Horizon Noir » à retrouver ici.

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[INTERVIEW] Robin (Dog’n’Style) : « L’album a une maturité complètement différente par rapport à nos précédentes galettes »

Né en 2013 dans nos belles contrées vosgiennes, les Dog’n’Style ont largement su s’imposer grâce à un son à la fois puissant et hybride qui sait fédérer tout le monde. A l’occasion de la sortie de leur nouvel album, « Only Stronger », nous avons pu nous entretenir avec un groupe haut et fort.

Metal-Actus : Vous avez sorti il y a très peu de temps, «Only Stronger», votre nouvel album. Satisfait du résultat ?

Robin Robs (Basse/Choeur) :(Rires) C’est une très bonne question. On n’est jamais pleinement satisfait du résultat, mais pour l’instant, à titre personnel, je manque un peu de recul sur ce qu’on a fait.

«Only Stronger», c’est parce que vous avancez de plus en plus forts ?

Oui, c’est un peu près ça. Cet album est la continuité de celui d’avant, c’est-à-dire toujours plus haut, toujours plus fort même s’il t’arrive des merdes, même si tu as des hauts et des bas. Il faut toujours garder ce côté un peu fort et bomber un peu le torse (rires).

Comment vous avez travaillé autour de cet album ?

On a beaucoup travaillé avec Rudy Lenners, l’un des premiers batteurs de Scorpions, qui s’est occupé de tout ce qui est direction artisitique. Quand on s’est retrouvé tous ensembles après «Pub’s Calling», on a composé trente morceaux. On a rencontré Rudy en cours de route, pas tout à fait au hasard parce qu’on l’a un peu provoqué (rires). Et il nous a fait changer notre méthode de travail : on a du refaire énormément de choses, des arrangements ont été créés … Du coup l’album a mis un peu de temps à sortir mais il a une maturité complètement différente par rapport à nos précédentes galettes.

Tu dis «changement de méthode». Tu peux nous en dire un peu plus?

Il était très sur les arrangements. Pour les albums précédents, on composait tous les quatre, en répète, de manière assez spontanée. Lui nous a permis de faire plus attention à ce que j’appelerai le fil directeur, donc de garder toujours l’idée de base de l’album complet, sans pour autant se répéter. Il avait le recul nécessaire, par rapport à nous qui avions la tête dans le guidon, pour pouvoir émettre un jugement critique objectif, pour nous permettre de retirer le meilleur des compos. Sur trentes compos, on en a gardé que dix.

Les vingts autres, on pourra les entendre un jour ?

Très bonne question ! On verra ça au prochain album, si on ressort des trucs des tiroirs ou si on repars sur du neuf.

Pourquoi avoir choisi «Feed Your Devil» comme premier clip ?

On l’a prise car, vu notre évolution, on ne voulait pas prendre un titre trop rock, ni trop metal pour ceux qui nous découvrent. On a tapé donc dans le style «Metal mais pas trop»pour toucher un maximum de monde et garder la fan-base qu’on avait.

Et qu’est-ce qui a motivé cette légère évolution dans votre style ?

C’est plus la façon de composer, par rapport à l’album d’avant : on avait alors plus de riffs heavy. Sur celui-là, on a plus laissé de place au chant. On l’a sublimé, on lui a laissé une place un peu plus importante, surtout au niveau des refrains, avec des mélodies beaucoup plus accrocheuses, plus percutantes sans en mettre dix mille fois trop. La mélodie principale y perdrait en efficacité. On a donc allégé les autres parties, particulièrement celles à la guitare et à la batterie.

Vous avez eu l’air de bien vous marrer sur votre clip et sur vos photos promos. J’ai pu percevoir un petit côté « Machete ». Pourquoi ?

Disons que le côté Tarantino/Rodriguez, qu’on retrouve aussi dans le clip, sont nos influences principales culturelles, qui valent ce qu’elles valent. C’est le côté un peu fun qu’on voulait mettre en avant. Et puis on ne s’est pas trop posé la question : nous, cela nous paraissait naturel (rires). On a bien aimé l’idée donc on y est allé à fond dedans.

Que peux-tu me dire sur «Rivals» ?

Je ne sais pas si tu a vu le petit livret de l’album, qui est constitué comme un roman graphique : les paroles sont illustrées avec des images, des photos, … Cela a un petit côté décalé assez théâtral. La chanson dit que notre pire ennemi, c’est nous-même. C’est la bagarre schizophrénique qu’on peut avoir avec notre égo. Sur la plupart des morceaux de cet opus, on parle de choses qui nous sont arrivés, des situations plus ou moins bien, auquels les gens peuvent aussi s’identifier.

Que peux-tu me dire sur « Do We Have A Deal ?» ?

(Rires) Celui-là aussi est en rapport avec des choses qui nous sont arrivées. Le titre fait allusion aux expériences que nous avons pu avoir avec le groupe : par exemple ne pas faire confiance à n’importe qui quand tu signes un truc (rires). C’est quelque chose qui peut arriver à tout le monde en signant un contrat : il faut toujours faire gaffe aux vampires. Il faut bien lire les paroles, car on crache un petit peu très légèrement la haine de façon un peu humoristique sur les têtes de mort qui nous casse les couilles en gros.

Donc tu me confirmes que tout ce qui se dit dans la chanson vous est réellement arrivé ?

Ouais. Je pense que ça valait le sujet d’une chanson de l’album (rires).

Vous avez récemment fait la première partie de Phil Campbell And The Bastards Son au Café de la Danse de Paris. Comment ça s’est passé ? Ce genre de concert n’est-il pas à double tranchant, vous frottant à la fois à une meilleure exposition, mais aussi aux fans de la mort de Phil Campbell et de Motörhead ? (rires)

Tu as absolument raison là-dessus. C’est vrai qu’avant le concert, on voyait tous les fans arborant leurs tee-shirts de Motörhead, et on s’est dit «Ok, ça passe ou ça casse» (rires). Mais qui ne tente rien n’a rien ! Notre set était un peu court, de 20-25 minutes. Les gens étaient un peu durs au début : tu arrives comme ça, et tu te rend compte qu’il faut envoyer le sec rapidement. Et ça été très très bien accueilli, J’ai été même surpris que ça prenne autant. Je m’attendais à ce qu’il y est plus de réticence au niveau du chocs des styles puisqu’on a un style assez rétro hard-rock, avec de l’énergie tout en ayant des mélodies accrocheuses : ça m’inquiétait un peu mais je ne me faisais pas trop de mouron là-dessus.

Vous allez également vous rendre pour la troisième fois en Espagne…

Ah l’Espagne ! C’est toute une histoire d’amour (rires). C’est vraiment un chouette pays : il y a de la bonne bouffe, de la bonne bière, des bons concerts… Nous, il ne nous en faut pas plus (rires). Plus sérieusement, ils sont très accueillants, ils adorent le metal, le rock et tout ça, donc du coup il y a quelques endroits où on a déjà joué donc ils nous attendent avec impatience !

Combien de tenues hawaïennes vous disposez pour les tournées ?

(Rires) Alors ça dépend du degrés de connerie de chacun (rires) : quand on est prévoyant comme moi, on en a quatre, et quand on est un connard comme mon chanteur on en a zéro (rires). Du coup, je lui en passe deux et j’en ai plus que deux (rires). Chacun prévoit sa logistique à sa juste valeur. Sinon les autres ils ont ce qu’il faut, même s’ils en ont qu’une quand même. Je trouve que ce n’est pas très très logistique tout ça (rires). Ce serait bien qu’on soit plus carré dans nos nombres de tenues, comme ça on pourrait changer tous les soirs ! (rires). Mais je ne vais pas en racheter pour tout le groupe, il ne faut pas déconner non plus ! (rires).

Un dernier mot ?

Je meurs de soif ! (rires)

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[INTERVIEW] Sofie Von Kelen (Welcome To Hell(fest)) : « En 2013, on s’est dit qu’on allait faire un album BD »

C’est en 2013 que la journaliste Sofie Von Kelen et le dessinateur Johann Guyot ont décidé de faire un album BD sur – ni plus, ni moins – que le Hellfest. L’ouvrage, édité dans toutes les bonnes librairies du coin aura fait forte impression sur la population metal, mais aussi sur quelques lecteurs curieux. Six ans et trois albums plus tard, les instigateurs de ce chouette projet ont besoin de soutien sur Ulule pour publier une Intégrale. Nous avons rencontré Sofie, qui va vous la présenter dans l’entretien qui suit :

Metal-Actus : Comment avez-vous eu cette idée de BD ?

Sofie Von Kelen : De 2009 à 2012, j’écrivais pour «Abus Dangereux», qui est un gros fanzine papier plutôt branché rock indé. Ils m’avaient embauché pour mettre une petite touche de Metal dans leur ligne éditoriale. Tous les ans, j’allais au Hellfest leur faire un live-report . Et au bout de trois ans de ce régime-là, à faire quatre pages de textes avec des photos, je me suis dit que ce serait plus drôle en BD. J’ai travaillé dans le milieu, en tant que critique, pendant 14 ans : je voyais donc ce qu’on pouvait faire en tant que «carnet de voyage». J’ai donc appelé mon ami Johann Guyot, dessinateur de BD et fan de metal, et je lui ai demandé si ça le branchait de faire ça avec moi. «Ouais mais par contre je ne suis jamais allé en festival» il m’a répondu (rires). Il a une énorme culture mais il préfère écouter ses disques chez lui. La foule, ce n’est pas son truc (rires). Je lui ai donc proposé «Ecoute, tu viens la première année, on ne planifie rien, on ramasse de la matière et tu vois ce que ça donne. Et si ça te plaît, on continue, si ça ne te plaît pas on arrête». Et on a continué. Au début, on pensait proposer une rubrique à des magazines, mais au bout de la deuxième édition, en 2013, on s’est dit qu’on allait faire un album BD. Le premier tome contient trois années, car on a mis un an ou deux à trouver notre rythme et notre format.


Donc ce côté de Johann, plutôt pantouflard et très râleur envers les festivaliers, c’est totalement vrai ?

Totalement. En fait, ça a été un atout inattendu, la bonne surprise, que son côté non
festivalier complètement halluciné de ce qu’il se passait au Hellfest faisait un excellent contre-point au mien – non pas blasé – mais habitué : je vais dans des festivals depuis que j’ai 16 ans, je suis allée sur la dernière année du Furyfest, j’ai fait quasiment toutes les éditions du Hellfest, sauf deux ou trois,.. Du coup ça a été la petite surprise que nos points de vue se répondent comme ça.

Comme on peut le voir dans la BD, vous avez pu rencontrer de nombreux musiciens. Leur avez-vous expliqué le projet ?

Oui, même s’il a fallu bien choisir les gens à qui on s’adressait : il fallait qu’ils soient sympas humainement, dont on aimait la musique, et que ce ne soit pas de trop gros groupes – on voulait des gens avec qui on aurait pu avoir des contacts privilégiés. Et ils ont tous été super curieux, ils ont adoré et ont trouvé que ça changeait. On a eu un excellent accueil de la part des groupes. Vraiment.

Comment s’en est sorti Johann pour ses dessins ? Je sais qu’il a fait quelques croquis sur place …

Effectivement, mais il n’en a pas fait énormément. Lui il récupère sa matière en faisant des croquis, en prenant des notes, avec des vagues zigouigouis (rires) qu’il retravaille après chez lui. Il y a quelques croquis qui sont d’origine. Les conditions étaient difficiles, surtout de nuit. Il faisait donc une prise de notes graphique (rires).

C’est quelque chose qu’il faisait aussi sur le premier tome ? Je trouve que son style de dessin est passé du spontané à l’affirmé.

Oui mais pas que pour «Welcome To Hell(Fest)», mais dans tout son boulot de dessinateur : il a eu une évolution dans son style de dessin à ce moment là. Sur le tome 1, il y avait beaucoup plus de croquis et des crayonnés. Sur le tome 2, il était dans une période encre, pour permettre de faire un noir et blanc assez contrasté, et sur le tome 3 il a commencé à faire des lavis, donc des encres diluées, donnant un aspect gris. C’est quelque chose qui se voit très mal sur le tome 3 car nous avons eu de gros problèmes avec l’impression, Tout ça va être retravaillé pour l’Intégrale afin que les images en lavis rendent justice à toutes les illustrations plus subtiles qu’il a fait.

Le tome 1 va garder cet aspect croquis ? Qu’est-ce que tu peux me dire sur les autres changements, les ajouts ?

Non, la seule chose qu’on va retoucher, ce sont les niveaux de gris. En ce qui concerne les autre changements, la mise en page va évoluer – on va associer des formats carrés à des formats rectangulaires, et donc on va un peu bouger les illustrations. Sinon, rien ne bougera, on va les renettoyer un peu, les traces de gomme, les notes oubliés, les trucs comme ça… Au niveau des ajouts, il y aura pratiquement 40 pages de bonus avec un retour sur les années 2018-2019, une petite incursion sur les autres festivals – le Motocultor, le Fall Of Summer – et un cahier graphique : on a pas mal de belles illustrations qui n’ont pas pu être mises sur les éditions précédentes.

Pourquoi avoir choisi Ulule pour financer votre intégrale ?

J’ai pu rencontrer Dominique Clair (à revérifier), l’un des dirigeants d’Ulule, au festival «Quai des Bulles» à Saint-Malo. Il m’a suggéré de passer par sa plateforme si jamais on avait besoin de lancer un financement participatif. Du coup on l’a pris au mot (rires). Nous sommes passé par ce biais car, tout bonnement, nous n’avons pas l’argent pour l’imprimer : on compte faire un bouquin de 300 pages, avec une couverture cartonnée et du beau papier, des choses qui ont un certain coût. C’est pour cela que ce Ulule est fondamental pour nous, car si on n’a pas ce montant là, l’Intégrale n’existera pas.

Aviez-vous décidé d’une trilogie de BD ?

Cela ne s’est pas décidé mais imposé, car on avait de plus en plus de matière au fur et à mesure des éditions. Et on a décidé d’arrêter car on avait l’impression d’avoir tout dit et on n’avait pas envie de se répéter. On s’est donc attaqué à l’Intégrale, elle va sortir pour les quinze ans du Hellfest histoire de marquer le coup. Et après, on passe à autre chose.

Avez-vous l’impression que votre BD sert, en quelque sorte, à vulgariser et expliquer le Hellfest au citoyen plus lambda disons ?

Ce n’était à la base pas notre intention de base, même si nous voulions quelque chose de très accessible et non élitiste. Nous avons d’ailleurs remarqué que beaucoup de non-metalleux achetaient notre BD, surtout sur nos stands dans des festivals comme Angoulême ou Saint-Malo ! Et quand on leur demande s’ils connaissent le Hellfest ou s’ils écoutent du metal, ils répondent par la négative ! On est content que ça plaise à tout le monde.

A propos de l’homme à poil en début de tome 1…

(Rires) Oui, ça a beaucoup étonné Johann, qui n’avait jamais mis les pieds dans un festival de Metal. Il a halluciné à quel point les gens pouvaient s’y balader à poil, les hommes comme les femmes. Il a beaucoup exprimé son étonnement sur le tome 1. Et on raconte vraiment notre vision du festival, sans essayer de faire un truc objectif.

Vous vous différenciez d’une certaine émission TV, qui va plus montrer des culs que de la vraie musique lors de ses reportages du Hellfest. On ressent la spontanéité de Johann.

A chaque fois qu’il y avait un truc qui étonnait Johann, comme les mecs qui se roulaient dans la boue, les costumes de vache, … il était là et me disait «Je ne comprend pas, il y a des trucs que je ne comprend pas (rires)».. Il faut savoir qu’il n’a quasiment pas d’amis métalleux en fait , et ce malgré sa culture métallique énorme : il a une immense collection de disque, et son père vend des disques rares, principalement des vieux trucs psychédéliques des années 1960-1970. Mais Johann ne va pas dans les bars metal, ne se traîne pas les fesses dans des festivals metal …

Et ça a changé depuis ?

Pas vraiment (rires). A part les gens qu’il rencontrent quand nous sommes sur les déplacements, mais non, il est resté fidèle à son cercle d’auteurs de BD.

Du coup la veste à patch est vraiment obligatoire ? (rires) Car sinon, je suis hors-la-loi (rires).

Non mais ça aussi ça l’a surpis ! Il a toujours eu des vestes à patchs, mais il ne les mettait qu’en concert. Mais ça l’a étonné qu’il y en ai autant, surtout des rigolotes faites sur des chemises haiwaïenne, des trucs comme ça.

Vous avez obtenu un stand sur le Metal Market du Hellfest il y a trois ans (et que vous avez toujours).

Tout à fait. Nous le partageons avec Metal Maniax. Le régisseur des stands sur le Hellfest, Guillaume, nous soutiens beaucoup, et fait en sorte que nous ayons notre stand tous les ans.
Et c’est génial d’avoir ça car cela nous permet d’avoir un rapport privilégié avec les gens. Et puis on forme une sorte de famille avec les autres stands du Market : on les revoit d’une année sur l’autre, ils ramènent leurs exemplaires dédicacés et nous les montre, ils nous présentent leurs amis, leurs enfants, ils nous amènent des bières (rires)… C’est vraiment un truc à part !

Du coup, comment allez-vous gérer l’après ? Tu vas revenir à «L’Avis Des Bulles» ?

Alors j’y suis toujours et je vais continuer mais en tant que pigiste ! Et je n’y retournerai pas en tant que rédactrice permanente, j’ai fait ça pendant 14 ans, donc ça suffit (rires). J’ai une biographie de Led Zeppelin en projet – je cherche d’ailleurs un dessinateur pour faire le côté BD. Quant à Johann, il illustre des moments clefs du rock pour un autre bouquin et travaille avec un auteur de Bordeaux, sur les anecdotes occultes du rock. On a un autre projet tous les deux du même genre, qui ne se fera pas avant un an ou deux sur le nouveau heavy, ou comment le british blues est devenu Black Sabbath.

Un dernier mot ?

Soutenez-nous sur Ulule ! On en a vraiment besoin, car on a vraiment envie que ce livre existe. Et ça va être un beau bouquin !

Pour les soutenir, rendez-vous sur leur page Ulule ici. (Fin de la campagne ce 25 octobre)

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[INTERVIEW] Clémentine Delauney (Chant-Visions Of Atlantis) : « Ce n’est pas parce qu’on est dans l’exploration sans un but précis qu’on est perdu »

S’il y a bien un groupe actuellement super actif, c’est Visions Of Atlantis ! Une petite année seulement après la sortie de « The Deep And The Dark », le groupe revient déjà avec « Wanderers », opus lumineux et mélodique ce mois d’août. Sa chanteuse, Clémentine Delauney, a accepté de nous en dire un peu plus.

Entretien réalisé en juillet 2019

Metal-Actus : Vous sortez «Wanderers», votre nouvel album, le 28 août prochain. Il y a une citation de J.R.R. Tolkien sur votre communiqué de presse «Not all who wander are lost». Peux-tu me dire à quel point elle correspond à votre album ?

Clémentine Delauney (chant) : Cette citation résume le mieux notre album, dans un sens où on voudrait inciter tous les gens à errer un peu pour mieux se retrouver. Ce n’est pas parce qu’on est dans la découverte, l’exploration sans un but précis, qu’on est perdu. Et cette citation nous correspond bien, on l’avait déjà utilisée sur l’un de nos tee-shirt avant la sortie de cet album. Un petit teaser de notre album à venir !

«Wanderers» traite aussi du voyage introspectif, initiatique sur la mer. C’est un thème qui a été à de maintes fois traité par des groupes, le dernier en date étant Evergrey, l’année dernière, avec «The Atlantic». Difficile, parmi ses sorties de sortir encore du lot, même si c’est votre thème de prédilection.

Nous ne dirons pas que nous sommes les meilleurs là-dessus. Le thème marin est quelque chose qui se retrouve dans nos compositions, et depuis le dernier album et celui-là, j’en ai fait une métaphore, celle de l’introspection. Du coup, quand on parle du Kraken par exemple, si on prend la chanson au premier degrés, on y voit juste l’animal mythologique, mais il y a un deuxième degrés de lecture : cela représente tout nos doutes, nos propres monstres, les obstacles que nous avons sur notre chemin qui nous empêchent d’être nous-même et de vivre notre vie pleinement. Toutes les chansons de Visions Of Atlantis traitent de voyage, mais pour moi, le voyage auquel il faut faire référence, c’est celui au fond de soi, pour se découvrir. Et vivre pleinement sa propre identité loin des standards et des codes.

C’est aussi l’interprétation du groupe ou c’est la tienne ?

C’est devenu l’interprétation du groupe. Déjà, j’ai fait valider le concept avec Thomas (NDLR : Caser, batterie), le fondateur de Visions Of Atlantis. Et c’est quelque chose qu’il traverse aussi : cela fait deux ans qu’il a un tatouage «Wanderer» sur son poignet (rires). Son évolution spirituelle personnelle et la mienne étaient un peu emmêlées. Du coup, cela m’inspirait aussi, car je n’étais pas toute seule dans ce processus. C’est un thème suffisamment fort pour transporter l’ensemble du groupe.

Vous avez fait vos photos promotionnelles sur Quibéron, avec un petit air de Pirates des Caraïbes des temps modernes. Qui en a eu l’idée ?

J’ai eu la chance qu’on me confie toute la direction artistique visuelle sur cet album ! J’ai donc choisi une très bonne amie à moi, Emilie Garcin, en temps que photographe, l’endroit, une autre de mes amies a fait les tenues – toutes sur mesure à partir de notre concept – et vu que j’en étais la maîtresse avec mes paroles, je voulais vraiment une cohérence, un lien entre ces deux éléments. On a choisi des vêtements un peu intemporels, qui ne reflètent pas forcément plus une période qu’une autre, qui ont été usés par le voyage, appartenant soit au passé, soit au futur. A chacun de décider ! Je ne voulais pas que ce soit des vêtements mais je voulais qu’on voit un concept.. Et je ne voulais surtout pas de noir car j’en ai marre (rires) (sic), je voulais m’en affranchir, surtout que notre message est positif : le coucher de soleil, la mer … Je voulais quelque de plus naturel, de plus vrai, de plus sobre aussi. Nos tenues sont sans fioriture, plutôt brutes de décoffrage.

Vous avez publié il y a quelques heures (rires) une lyric-vidéo pour le titre «Heroes Of The Dawn». Pourquoi avoir choisi de le mettre en avant ?

C’est un titre qu’on aime bien – bon on les aime tous mais celui-là tout particulièrement (sourire) – et on voulait présenter quelque chose caractéristique à Vision Of Atlantis : des mélodies très marquantes, un petit côté exotique avec cette flûte qui nous plonge dans un monde celtique … c’est un morceau qui t’embarque déjà dans un univers un peu différent, et qui met bien en valeur nos deux voix – Michele (NDLR : Guaitoli) ayant rejoint notre navire il n’y a pas si longtemps que ça. Et c’est une chanson qui a une histoire, avec deux personnes qui dialoguent. En faire une lyric-vidéo avait du sens car je voulais que les gens comprennent de quoi ça parlait. Et il y a beaucoup de textes sur cette chanson.

Que peux-tu me dire sur «A Journey To Remember» ?

Quand j’ai entendu ce morceau pour la première fois, j’avais envie de prendre mon sac, de monter sur un bateau et de crier «C’est là-bas ! « (rires). Il y a un petit aspect pirate du groupe qui ressort ici : il y a une super énergie – quand on le joue en live d’ailleurs, c’est incroyable – et les paroles ont facilement été écrites. Et c’est un morceau qui m’a donné pas mal de fil à retordre sur le refrain au niveau du chant, particulièrement haut (rires). Un morceau très libérateur, qui fera l’objet d’une vidéo.

Peux-tu nous expliquer les paroles de «A Silent Scream» ?

C’est une chanson qui compte beaucoup pour moi parce que c’est la première fois que j’ose parler d’écologie dans l’un de nos morceaux, et de manière beaucoup plus directe que ce que j’ai pu faire par le passé. Et c’est venu naturellement – c’est ce que m’a inspiré la musique. J’espère que, quelque part, on pourra la mettre en valeur, d’une telle manière que les gens puissent se retrouver dans ce message, et qu’on puisse aussi participer, à notre manière, à aider à croître une sensibilité au fait que ce qu’on a autour de nous n’est pas acquis et qu’il faut vraiment qu’on commence à le faire des choses concrètes pour changer nos habitudes, histoire que nous puissions survivre et faire survivre le monde merveilleux qu’on a démoli.

Vous faîtes actuellement la tournée des festivals, et vous vous arrêterez au Bang Your Head Festival en Allemagne où vous avez prévu un concert avec un orchestre. Pourquoi le faire dans un festival et non dans une salle de concert ? Y-aura-t-il un DVD ?

En fait, ça devait se faire l’année dernière ! Finalement, le festival avait été annulé. Et comme tout était déjà mis en place avec l’orchestre, il fallait juste qu’on reporte sur une autre date. Le cadre du festival permet qu’on n’ait pas à se soucier du lieu, à savoir de devoir relouer une salle, ce qui entraînerait des frais et une logistique supplémentaire. Et dans un festival, tout est déjà en place ! Il fallait juste en convaincre un de pouvoir nous permettre de le faire. Le festival Bang Your Head était super ravi et a facilité les choses. Et oui, il y aura un Bluray et un DVD ! Il devrait sortir l’année prochaine.

Tu l’as dit plus tôt, Michele Guaitoli est arrivé en 2018 au chant, mettant fin ainsi à de nombreux mouvements de line-up. Sur cette dernière chose, quel est ton regard ?

Je souhaitais revenir sur le départ de Siegfried, qui est resté avec nous pendant cinq ans : une vie peut évoluer sur une si longue période et on s’est séparé en de très bons termes. Il ne voulait pas continuer dans une aventure qui lui demandait de plus en plus d’implication personnelle, et le sacrifice de ses congés. Bien sûr, j’étais triste sur le coup car ça se passait vraiment bien et je pense qu’on aurait pu continuer ensemble longtemps. Et rechercher quelqu’un d’autre n’est pas moralement facile, surtout quand tu croyais tenir le bon bout.. Mais je pense que les choses devraient bien se passer avec Michele : c’est quand ça repose sur de l’humain, et sur des gens qui décident de s’investir que les choses avancent. Michele est très motivé, ça s’est très bien passé sur l’album, Il y a pleins de choses qui nous attendent ! Et lui veut tourner et être sur scène. Donc tant qu’on remplit notre contrat, il restera avec nous (rires)..

Artistiquement, pour trouver quelqu’un qui puisse s’accorder à ta voix, comment ça se passe ?

On avait déjà une première contrainte : on ne voulait pas qu’il soit trop loin, car cela veut dire tout de suite de prendre des billets d’avion, de ne pas pouvoir répéter facilement ..Moi-même je suis handicapante car je ne suis pas non plus à côté – même si ça va changer dans l’année qui va venir. Donc le périmètre était restreint à l’Autriche, la Suisse et l’Italie. Et forcément, il n’y a pas beaucoup de monde dans ces zones-là qui pouvaient remplir le job. On a pensé rapidement à Michele, il avait envoyé ses démos qui nous avait bien plût et Thomas l’a eu au téléphone plusieurs fois afin de s’assurer qu’il était dans le bon état d’esprit, sur la même longueur d’onde. Et après, il faut faire avec! S’il y avait vraiment eu un problème de deux voix qui ne collent pas du tout, on n’aurait pas poursuivi, mais comme c’est un très bon chanteur et qu’il a une bonne voix, qui s’harmonise bien avec la mienne, il n’y a pas de raison que ça ne marche pas.

Qu’en est-il de tes projets en cours ? Et d’Exit Eden ?

Exit Eden sortira un nouvel album l’année prochaine ! Après pour mes projets, ça fait un petit moment que je souhaite sortir quelque chose sous mon propre nom. car j’ai beaucoup de musique sur mon dictaphone qui ne trouvera pas écho chez Vision Of Atlantis. Je manque cruellement de temps, et la direction est encore floue. Je pense que ça viendra quand j’aurai davantage de morceaux finis et que je verrai avec quel producteur je travaille. Je bosse aussi avec des amis sur de la musique qui n’a rien à voir, une sorte de projet-trip hop. Et il n’y a pas longtemps, j’ai entendu dire que Melted Space pourrait reprendre du service !

Un dernier mot à ajouter ?

Merci à toutes les personnes qui continuent à suivre Vision Of Atlantis malgré les péripéties sur les changements de line-up, qui aurait pu vous faire perdre notre foi en nous.

« Heroes Of The Dawn » :

« A Journey To Remember » :

« Nothing Lasts Forever » :

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Le groupe sera en concert le 22/04/2020 au Backstage By The Mill de Paris.

Image d’en-tête par Emilie Garcin.

[INTERVIEW] Zoe (Herrschaft) : « On essaie d’aborder un univers beaucoup plus cynique »

Après une période de six ans, et quelques ajustements nécessaires dans le groupe, les Herrschaft reviennent en duo et avec un nouvel opus, « Le Festin Du Lion », dans lequel ils nous présentent deux bons samaritains, Satan et son associé. Petit entretien avec Zoé, l’une des deux têtes pensantes du groupe !

Metal-Actus :Votre nouvel album est sorti depuis deux semaines (21 juin) au stand Season Of Mist du Hellfest. Avez-vous eu des premiers retours ?

Zoé H. : On a eu quelques premiers retours, même si avec cette journée promo, on s’attend à en avoir davantage par la suite. Les premières chroniques sont très positives, on est donc très contents car on aime savoir que notre album provoque les autres, que les gens en parlent. Et cela nous fait très plaisir car, tant qu’il n’est pas sorti, au sein de notre petit monde, on ne sait pas franchement ce que ça donne.

Je reviens rapidement sur le Hellfest. Vous avez fait toute la promo, et une bonne partie du festival, en tenues de scène. Pas trop chaud ? (rires).

Si mais un univers si chaud est idéal pour Satan ! Nous étions comme des poissons dans l’eau (rires). C’était parfait !

Pourquoi ce titre, «Le Festin du Lion» ?

Alors «Le Festin Du Lion» est, pour nous, le titre qui ressortait parmi les autres car c’est l’un des morceaux phares de notre album. Et bizarrement, même s’il n’a pas forcément de lien avec la pochette en apparence, on peut y trouver une forte connotation : pour nous, le lion est une entité qui attend son heure, sous son arbre, que ses ouailles et ses individus lui ramènent les résultats de la chasse et il va se servir en premier. Et sur cette pochette c’est la même chose. Alors, on n’a pas un lion à proprement parler, ce n’est pas non plus terre à terre (rires). On a ce Satan et son assistant qui regardent l’humanité, et cette dernière les implore de l’aider. Et quand tu viens voir Satan, c’est que tu arrives vraiment au bout de tout. C’est une question d’emprise d’un individu sur d’autres de son espèce. C’est ce que véhicule tout cet album, c’est le fil rouge.

Comment vous êtes vous retrouvés en duo ?

Nous avons commencé cette aventure à trois. Le noyau dur se composait de Max (qui est en promo aussi aujourd’hui) et de MzX qui était le chanteur à l’époque. Et en 2014, ce dernier a choisi de quitter le groupe et on a décidé de faire bande à part. Et avec Max, on s’est recentré à deux : on s’est beaucoup concertés pour finalement rester en binôme car on fonctionne bien mieux ainsi, que ce soit pour la composition que pour le live.

Que peux-tu me dire sur «The White Russians» ?

C’est le morceau particulier. Il a une histoire un peu moins drôle, un peu moins fun que tout les autres. «New World Order», par exemple, fait partie intégrante de notre fil rouge, avec tout ce cynisme qu’on a pu aborder. «The White Russian» est un morceau qu’on a composé en hommage à un ami, Mika Bleu, qui est décédé il y a deux ans pratiquement jour pour jour dans des conditions tragiques. Sa famille et ses amis ont décidé de créer une compilation et ont demandé à ses amis les plus proches de composer un morceau en son hommage. On a décidé donc de le créer tel qu’a été sa vie, c’est-à-dire à cent à l’heure qui se finit brutalement. Cela nous touche beaucoup, c’était quelqu’un qui avait une place immense chez Season Of Mist, il a participé aussi aux tournées de Shining … c’était un mec qui avait une joie de vivre incroyable et il fait partie des meilleurs qui sont partis trop tôt. Et ça nous tenait beaucoup à coeur de lui rendre hommage. Et ça nous tient toujours à coeur de jouer ce morceau en live pour lui rendre hommage à chaque fois, car il est un peu avec nous comme ça. C’est très important d’avoir ce morceau, même si c’est le seul qui ne suit pas le fil rouge de l’album.

Pourquoi avoir choisi de faire un clip pour «How Real Men Do» en 2015, pour lequel je perçois un petit doigt de cynisme ?

Tu as mis le doigt dessus (rires). Il y a effectivement un petit brin. Ce n’était pas forcément le cas sur nos albums d’avant mais aujourd’hui, on essaie d’aborder un univers beaucoup plus cynique, voire décapant, voire grotesque. C’est quelque chose qui nous change, alors qu’on avait cet aspect plus glacial et terre à terre. On a décidé d’assumer de faire de l’entertainment, qu’il fallait qu’on s’amuse avec ça, et si ça amuse les autres, tant mieux. On ne prend pas non plus les choses avec beaucoup plus de légèreté, ce n’est pas non plus la fête à saucisse (rires). Mais on veut prendre les choses avec plus d’amusement, c’est une petite liberté qu’on s’autorise, égoïste peut-être.

Vous allez faire une tournée en compagnie de Shaarghot. Est-il important pour vous de tourner avec des gens de votre scène locale ?

Déjà, il est important de tourner (rires). Après, ça fait 15 ans qu’on écume les salles, dont on aimerait bien pouvoir sortir un peu des frontières de la France. On a commencé l’année dernière au Wacken Open Air en Allemagne, avec le bel horaire de passage qu’est 19h. Après, l’électro-metal-indus a eu une traversée du désert durant ces dernières années où c’était très compliqué de jouer, tiraillé entre nos deux genres. Les choses sont en train de changer : il y avait un bon indicateur au Hellfest cette année avec plus d’électro représenté : Combichrist, Punish Yourself, Ice Breacher, Shaarghot évidemment … Donc on espère que les organisateurs ont été sensibles au fait que beaucoup de monde était sous les tentes pendant leurs shows. Evidemment, on adorerait y jouer l’année prochaine, mais cela n’est pas de notre ressort non plus. On aimerait jouer plus, on a d’ailleurs un nouveau tourneur, Black Speech, qui essaie de nous caler out ça. Au niveau des prochaines dates, on peut juste annoncer qu’on sera à Nantes le 1er novembre prochain à la Warehouse avec une belle affiche et on a très hâte d’y être. On apporte un effort particulier à la scénographie, avec des projections, des costumes de scènes, et on aimerait le présenter plus car cela fait à 50% partie de l’essence de Herrschaft.

Tu disais que vous avez mis six ans pour faire un nouvel album. Beaucoup d’autres groupes pensent que les gens les oublient dans ces cas-là.

Je suis d’accord, et nous-même on le vit à chaque opus puisqu’on met à chaque fois ce même temps environ, à un an près, entre deux albums. On sait que nous n’aurions pas eu la même trajectoire de carrière que si on sortait un album tous les deux ans. On a bien conscience que cela nous porte préjudice et on aurait un autre succès si on était un peu plus actifs. Mais on se doit d’attendre que notre album soit parfait, qu’on en soit à 200% satisfait pour le présenter au public. Et ça prend du temps. Et pourtant, on a pris ses six années pleines, sans aucune pause, pour bosser sur cet album !

Un dernier mot ?

Merci pour votre temps et votre intérêt. Et je voudrais dire aux gens qui lisent cette interview et qui aiment les groupes d’indus d’allez les voir en concert. C’est important pour eux, cela leur permet de continuer et d’avoir envie de refaire des albums.

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[INTERVIEW] Joakim Broden (SABATON) : « Si on reste un groupe de metal, nous sommes tous passionnés d’Histoire »

Machine à tube au succès de plus en plus phénoménal, les Sabaton reviennent ce week-end avec un nouvel opus, « The Great War », consacré entièrement, comme son nom l’indique, à la Première Guerre Mondiale. A cette occasion, nous avons pu nous entretenir avec Joakim Broden, chanteur et leader hautement charismatique de la formation. Voici le résultat d’un entretien très passionné.

Réalisé le 15/05/2019 à Paris – Merci à Olivier Garnier de Replica Promotion.

Metal-Actus : C’est la seconde fois que vous vous focalisez sur une période particulière, après « Coats Of Arms » (2010). Qu’est-ce qui vous a poussé vers la Première Guerre Mondiale ?

Joakim Broden (chant) : Je pense que c’est une question de timing : on avait déjà traité quelques événements de cette guerre sur nos précédents album, et depuis 2014, on avait cette idée de sortir tout un opus dessus. Mais il fallait juste trouver le temps et les moyens de pouvoir le faire. On a réuni une fabuleuse équipe et on s’y ait mis à une date symbolique, le 11 novembre 2018 ! .

Tu le sais peut-être, la Deuxième Guerre Mondiale est bien plus connue et parlé dans des médias et la pop culture que la Première. Pense-tu que ce nouvel album de Sabaton saura mettre en lumière cette période ?

Je l’espère dans un sens. Si tu regardes les documentaires, jeux vidéos, films, un sur dix doit être sur la Première Guerre Modiale alors que tous les autres sont sur la Deuxième ! Mais avec l’avancée de la technologie, j’espère qu’on pourra faire plus de recherches dessus. La Deuxième Guerre Mondiale a cet avantage d’être très bien documentée et- c’est bizarre à dire, et j’espère que tu ne le prendras pas dans le mauvais sens – elle est plus sexy (rires) car il est plus facile de pointer les bon gentils et les grands méchants. L’image que cette guerre renvoie est très « blanche ou noire ». C’est dommage car ce sont des guerres où il s’est passé beaucoup de choses politiquement, géographiquement,…. La carte de l’Europe n’est d’ailleurs plus la même aujourd’hui qu’avant : vous aviez l’Empire russe, austro-hongrois, germanique, ottoman … qui étaient autrefois de grandes nations mais qui n’existent plus aujourd’hui.

Y a-t-il eu certains événements que vous n’avez pas pu traiter, alors que vous le vouliez ?

Non. Et comme on a fait une chanson sur l’Holocauste, on estime qu’on peut aller vers n’importe quel sujet maintenant (rires). Mais quelques unes de nos histoires favorites n’ont pas pu être incluses dans l’album car elles ne collaient juste pas au reste des morceaux musicalement parlant. Par exemple, je pensais vraiment pouvoir faire quelque chose sur l’occupation de Bruxelles ou encore me focaliser sur le Hellfire Corner.

Peux-tu m’en dire plus sur l’artwork ?

Oui il s’agit d’un gars hongrois, Peter Sallaí, avec qui nous collaborons régulièrement. Il était d’ailleurs consultant sur ce film nommé « Lord Of Chaos », il s’assurait que les choses dites étaient vraies ou fausses (rires). On a commencé par voir le dessin de ce soldat au milieu, se couvrant le visage. Et dans un premier temps, si j’ai beaucoup aimé ce que cela renvoyait émotionnellement, j’ai détesté visuellement cet artwork. Je pensais que ce n’était pas le bon dessin à utiliser, ni même les bons tons de couleurs, que je trouvais trop proches de nos précédents artworks, particulièrement « The Last Stand », notre dernier en date.

Vous vouliez donc du changement ?

Oui. Mais en regardant toutes les idées que nous avions pour l’améliorer et cette réponse émotionnelle que nous avions tous eu, et que nous ne pouvions ignorer, on s’est dit qu’il fallait étoffer cet artwork et rajouter un arrière-plan, pourquoi pas un champ de bataille donc. Et on a développé tout ce que tu peux voir sur l’artwork d’aujourd’hui. Bien évidemment on va perdre en sexitude avec nos tee-shirts (rires) Mais la réponse émotionnelle dégagé par cet artwork et le fait qu’il colle parfaitement à notre musique me satisfait amplement.

Je m’interroge sur la sortie il y a quelques semaines de « Bismarck », qui est, si je ne m’abuse, un vaisseau de première classe chez les nazis. Le sortir au même moment que l’annonce de votre nouvel album était plutôt cocasse (rires).

On est très mauvais en communication ! En fait cela coïncidait avec notre vingtième anniversaire et nos fans nous réclamaient la sortie d’un box-set. Mais on n’avait pas envie de les pousser à la consommation (s’interromps) … Ah attend ce n’était pas ce que je devrais dire… (fait un grand sourire) ACHETEZ TOUT NOS TRUCS ! (rires), voilà qui est fait ! (rires). Plus sérieusement, nous n’avons pas envie de ressortir les mêmes albums encore et toujours, alors que les gens ont déjà la version simple chez eux. On ressortira un opus avec une bonne raison, des réenregistrements ou un remastering. « Bismarck » est l’un des sujets les plus demandés par nos fans. On s’est donc dit qu’on allait écrire cette chanson, tourner un chouette clip et mettre le tout, gratuitement, sur internet. C’était, à la base, une façon de remercier nos fans pour nos vingt ans de service. Mais ils sont trop honnêtes et ont voulu acheter ce morceau ou l’écouter sur Spotify (rires). Du coup on l’a mis en vente, il sera disponible d’ici deux semaines. On a été surpris de la réaction des gens qui voulaient l’acheter ! (rires). Mais suite à cette histoire, je pense qu’on peut réfléchir au financement d’un de nos albums par Kickstarter : on dirait juste quels seront les sujets abordés et on proposerait plusieurs versions de ce même opus

De plus en plus de groupes font ce genre de chose d’ailleurs !

Oui Oui ! Cela démocratise tout le processus autour de la production d’un album. Mais c’est nous qui restons à la barre d’un point de vue créatif. Mais je ne pense pas que nous devrions contrôler la façon dont les gens écoutent notre musique. C’est eux que ça regarde.

Autre petite chose un peu cocasse : pourquoi une cover d’Apocalyptica de votre premier single, « Fields Of Verdun » est sortie … avant le vrai single ? (rires)

On aime bien faire des teasings loufoques donc (rires). Faire faire une cover par Apocalyptica est un bon moyen pour faire de la promotion pour nous comme pour eux d’ailleurs. Et on les aime beaucoup alors ça s’est fait rapidement. On avait bien conscience que la sortie de « Bismarck » a un peu décontenancé tout le monde (rires). Mais on a fait ce pari ! Et puis on aime bien demander aux gens qui l’ont écouté s’ils avaient plutôt bien imaginé le vrai single, quelles étaient les principales différences qu’ils avaient notées … On a un peu cassé ce mythe qui veut qu’une cover soit forcément celle d’une très vieille chanson (rires).

Vous avez lancé votre promo en avril dernier en vous rendant sur les véritables champs de Verdun, en France ! Est-ce important pour vous, de vous rendre sur les lieux où l’action s’est déroulée ?

Oui et il y a deux raisons à cela : la première est de pouvoir vivre un rêve de gosse, dans les limites du respect posée par ce lieu. Nous entendions il y a quelques années l’existence de releases party plutôt cools dans des lieux atypiques, avec une écoute programmée et des journalistes vous collant aux basques reportant vos moindres faits et gestes (rires). Et moi gamin j’étais en mode « Je veux être là-bas !! Je veux entendre Twisted Sister ou Deep Purple avec le groupe et pleins de gens cools ! » (rires). Mais on ne l’avait pas fait jusque là donc c’était une première pour nous, même si on est dans le milieu depuis assez longtemps. Et avec cette opportunité d’organiser quelque chose sortant encore plus de l’ordinaire, on a foncé. Et deuxièmement, même si on reste un groupe de metal, nous sommes tous passionnés d’Histoire. C’est pour moi une valeur ajoutée aux morceaux et à l’univers de Sabaton. Bien sûr, il y en aura qui voudront juste un groupe de metal lambda, assister à des concerts, et boire des bières jusqu’à plus soif. Je n’ai rien contre ça. Mais s’il y a des personnes qui s’intéressent à nos paroles, à ce qu’elles racontent, et vont faire leurs recherches sur ce dont on parle, alors on aura rempli une partie de notre mission. A cette release party, nous avions distribué pour l’écoute des ipads avec l’explication de chacune des chansons en guise d’introduction. Et aujourd’hui, nous collaborons avec Indy Neidell qui nous aide à tenir notre chaîne youtube dédiée à l’Histoire, Sabaton History. C’était un de ces projets que nous voulions mettre en place depuis pas mal de temps aussi. On voulait apporter aux gens une meilleure compréhension de notre histoire, et du contexte à nos paroles.

En parlant de contexte, quel est celui de « The Attack Of The Dead Man » ?

C’est un titre intéressant musicalement parlant. Chris (NDLR : Rörland, guitariste) a dû la composer je pense en 2013. Elle est donc passée par plusieurs versions pour finir sur celle que tu as écouté. On aime beaucoup cette histoire, assez agressive, de ce blindé russe qui va charger et faire peur aux troupes allemandes. Mais cette chanson a fait consensus auprès de notre entourage et du groupe, notamment auprès de Pär (NDLR: Sundström, à la basse) : il aimait beaucoup nos couplets – les meilleurs qu’a produit Sabaton selon ses propres mots – mais détestait ce son de synthé. Ce son est là pour une raison, pour donner une ambiance lourde et malsaine au morceau. C’est un élément contextuel qui rend le titre différent pour nous, même si ça reste du Sabaton. Tu nous reconnaît, mais ce n’est pas ce que tu attends de nous.

Et « The Great War » ?

Alors là c’est le morceau qui sonne le plus Sabaton ! (rires) Surtout avec cette intro ! (chante l’intro), Mais quel groupe cela peut-il bien être ? (rires) Elle nous introduit de manière très discrète (rires) Les paroles ont été écrites par Pär, et aborde de multiples histoires : le regard du soldat sur le bien fondé de sa mission, le retour d’un autre auprès de sa famille après la mort de ses deux frères… C’est à moi de la chanter sur les divers tons qu’elle requiert. Je dois puiser profondément dans mes ressources vocales et émotionnelles.

Je vous ait découvert en 2010 au Hellfest où vous jouiez devant 200-300 personnes à peine. Trois ans plus tard au Summerbreeze, vous étiez l’une des têtes d’affiche et aviez joué devant des milliers de personnes. Votre succès ne fait maintenant que s’accroître. T’y attendais-tu ? Comment l’expliques-tu ?

Quand nous avions débuté Sabaton, nous n’étions pas de très bons musiciens… Nous aimions le heavy metal, nous voulions faire comme nos idoles, mais on était de sacrés débutants ! A l’époque, on avait juste notre EP à trois titres, « Fist For Fight », avec notamment « Primo Victoria » dessus. Et puis on a été repéré par ce petit label suédois, qui nous a pris sous son aile pendant pas mal de temps mais qui ne pouvait pas nous pousser en dehors de nos frontières. Et quand, en 2010, nous avons signé chez Nuclear Blast, nous avions un peu de bouteille derrière nous. Nous étions devenu compétitifs et prometteurs (rires). Grâce à eux, on a pu gagner en exposition à un moment clef de notre carrière où nous étions assez expérimentés. Je dirai même que Sabaton a réellement débuté en 2006, tellement on n’était pas bons avant. Si tu regardes d’ailleurs les vidéos de nos concerts de cette époque, tu te rend compte qu’on y survit au concert, et non qu’on le vit (rires). La première fois que je me suis senti fier d’une de nos prestations, c’était justement en 2006.

Quelle sera la prochaine « guerre » de Sabaton ?

Je ne sais pas, on a plusieurs idées, qui se concrétisent en général au moment de la composition de nos morceaux. On va là où la musique nous remporte (sourire). Concernant le sujet, deux-trois sont sérieux sur une vingtaine envisagée.

ça fait beaucoup ! (rires)

Oui, ce n’est pas comme si on allait épuiser notre filon … je pense que même en faisant un album par an jusqu’à la fin de nos vies, on ne pourrait pas tout faire.

Un dernier mot ?

Juste merci !

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« 82nd All The Way » :

« Great War » :

« The Red Baron » :

« Fields Of Verdun » :