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[INTERVIEW] Robin (Dog’n’Style) : « L’album a une maturité complètement différente par rapport à nos précédentes galettes »

Né en 2013 dans nos belles contrées vosgiennes, les Dog’n’Style ont largement su s’imposer grâce à un son à la fois puissant et hybride qui sait fédérer tout le monde. A l’occasion de la sortie de leur nouvel album, « Only Stronger », nous avons pu nous entretenir avec un groupe haut et fort.

Metal-Actus : Vous avez sorti il y a très peu de temps, «Only Stronger», votre nouvel album. Satisfait du résultat ?

Robin Robs (Basse/Choeur) :(Rires) C’est une très bonne question. On n’est jamais pleinement satisfait du résultat, mais pour l’instant, à titre personnel, je manque un peu de recul sur ce qu’on a fait.

«Only Stronger», c’est parce que vous avancez de plus en plus forts ?

Oui, c’est un peu près ça. Cet album est la continuité de celui d’avant, c’est-à-dire toujours plus haut, toujours plus fort même s’il t’arrive des merdes, même si tu as des hauts et des bas. Il faut toujours garder ce côté un peu fort et bomber un peu le torse (rires).

Comment vous avez travaillé autour de cet album ?

On a beaucoup travaillé avec Rudy Lenners, l’un des premiers batteurs de Scorpions, qui s’est occupé de tout ce qui est direction artisitique. Quand on s’est retrouvé tous ensembles après «Pub’s Calling», on a composé trente morceaux. On a rencontré Rudy en cours de route, pas tout à fait au hasard parce qu’on l’a un peu provoqué (rires). Et il nous a fait changer notre méthode de travail : on a du refaire énormément de choses, des arrangements ont été créés … Du coup l’album a mis un peu de temps à sortir mais il a une maturité complètement différente par rapport à nos précédentes galettes.

Tu dis «changement de méthode». Tu peux nous en dire un peu plus?

Il était très sur les arrangements. Pour les albums précédents, on composait tous les quatre, en répète, de manière assez spontanée. Lui nous a permis de faire plus attention à ce que j’appelerai le fil directeur, donc de garder toujours l’idée de base de l’album complet, sans pour autant se répéter. Il avait le recul nécessaire, par rapport à nous qui avions la tête dans le guidon, pour pouvoir émettre un jugement critique objectif, pour nous permettre de retirer le meilleur des compos. Sur trentes compos, on en a gardé que dix.

Les vingts autres, on pourra les entendre un jour ?

Très bonne question ! On verra ça au prochain album, si on ressort des trucs des tiroirs ou si on repars sur du neuf.

Pourquoi avoir choisi «Feed Your Devil» comme premier clip ?

On l’a prise car, vu notre évolution, on ne voulait pas prendre un titre trop rock, ni trop metal pour ceux qui nous découvrent. On a tapé donc dans le style «Metal mais pas trop»pour toucher un maximum de monde et garder la fan-base qu’on avait.

Et qu’est-ce qui a motivé cette légère évolution dans votre style ?

C’est plus la façon de composer, par rapport à l’album d’avant : on avait alors plus de riffs heavy. Sur celui-là, on a plus laissé de place au chant. On l’a sublimé, on lui a laissé une place un peu plus importante, surtout au niveau des refrains, avec des mélodies beaucoup plus accrocheuses, plus percutantes sans en mettre dix mille fois trop. La mélodie principale y perdrait en efficacité. On a donc allégé les autres parties, particulièrement celles à la guitare et à la batterie.

Vous avez eu l’air de bien vous marrer sur votre clip et sur vos photos promos. J’ai pu percevoir un petit côté « Machete ». Pourquoi ?

Disons que le côté Tarantino/Rodriguez, qu’on retrouve aussi dans le clip, sont nos influences principales culturelles, qui valent ce qu’elles valent. C’est le côté un peu fun qu’on voulait mettre en avant. Et puis on ne s’est pas trop posé la question : nous, cela nous paraissait naturel (rires). On a bien aimé l’idée donc on y est allé à fond dedans.

Que peux-tu me dire sur «Rivals» ?

Je ne sais pas si tu a vu le petit livret de l’album, qui est constitué comme un roman graphique : les paroles sont illustrées avec des images, des photos, … Cela a un petit côté décalé assez théâtral. La chanson dit que notre pire ennemi, c’est nous-même. C’est la bagarre schizophrénique qu’on peut avoir avec notre égo. Sur la plupart des morceaux de cet opus, on parle de choses qui nous sont arrivés, des situations plus ou moins bien, auquels les gens peuvent aussi s’identifier.

Que peux-tu me dire sur « Do We Have A Deal ?» ?

(Rires) Celui-là aussi est en rapport avec des choses qui nous sont arrivées. Le titre fait allusion aux expériences que nous avons pu avoir avec le groupe : par exemple ne pas faire confiance à n’importe qui quand tu signes un truc (rires). C’est quelque chose qui peut arriver à tout le monde en signant un contrat : il faut toujours faire gaffe aux vampires. Il faut bien lire les paroles, car on crache un petit peu très légèrement la haine de façon un peu humoristique sur les têtes de mort qui nous casse les couilles en gros.

Donc tu me confirmes que tout ce qui se dit dans la chanson vous est réellement arrivé ?

Ouais. Je pense que ça valait le sujet d’une chanson de l’album (rires).

Vous avez récemment fait la première partie de Phil Campbell And The Bastards Son au Café de la Danse de Paris. Comment ça s’est passé ? Ce genre de concert n’est-il pas à double tranchant, vous frottant à la fois à une meilleure exposition, mais aussi aux fans de la mort de Phil Campbell et de Motörhead ? (rires)

Tu as absolument raison là-dessus. C’est vrai qu’avant le concert, on voyait tous les fans arborant leurs tee-shirts de Motörhead, et on s’est dit «Ok, ça passe ou ça casse» (rires). Mais qui ne tente rien n’a rien ! Notre set était un peu court, de 20-25 minutes. Les gens étaient un peu durs au début : tu arrives comme ça, et tu te rend compte qu’il faut envoyer le sec rapidement. Et ça été très très bien accueilli, J’ai été même surpris que ça prenne autant. Je m’attendais à ce qu’il y est plus de réticence au niveau du chocs des styles puisqu’on a un style assez rétro hard-rock, avec de l’énergie tout en ayant des mélodies accrocheuses : ça m’inquiétait un peu mais je ne me faisais pas trop de mouron là-dessus.

Vous allez également vous rendre pour la troisième fois en Espagne…

Ah l’Espagne ! C’est toute une histoire d’amour (rires). C’est vraiment un chouette pays : il y a de la bonne bouffe, de la bonne bière, des bons concerts… Nous, il ne nous en faut pas plus (rires). Plus sérieusement, ils sont très accueillants, ils adorent le metal, le rock et tout ça, donc du coup il y a quelques endroits où on a déjà joué donc ils nous attendent avec impatience !

Combien de tenues hawaïennes vous disposez pour les tournées ?

(Rires) Alors ça dépend du degrés de connerie de chacun (rires) : quand on est prévoyant comme moi, on en a quatre, et quand on est un connard comme mon chanteur on en a zéro (rires). Du coup, je lui en passe deux et j’en ai plus que deux (rires). Chacun prévoit sa logistique à sa juste valeur. Sinon les autres ils ont ce qu’il faut, même s’ils en ont qu’une quand même. Je trouve que ce n’est pas très très logistique tout ça (rires). Ce serait bien qu’on soit plus carré dans nos nombres de tenues, comme ça on pourrait changer tous les soirs ! (rires). Mais je ne vais pas en racheter pour tout le groupe, il ne faut pas déconner non plus ! (rires).

Un dernier mot ?

Je meurs de soif ! (rires)

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[INTERVIEW] Sofie Von Kelen (Welcome To Hell(fest)) : « En 2013, on s’est dit qu’on allait faire un album BD »

C’est en 2013 que la journaliste Sofie Von Kelen et le dessinateur Johann Guyot ont décidé de faire un album BD sur – ni plus, ni moins – que le Hellfest. L’ouvrage, édité dans toutes les bonnes librairies du coin aura fait forte impression sur la population metal, mais aussi sur quelques lecteurs curieux. Six ans et trois albums plus tard, les instigateurs de ce chouette projet ont besoin de soutien sur Ulule pour publier une Intégrale. Nous avons rencontré Sofie, qui va vous la présenter dans l’entretien qui suit :

Metal-Actus : Comment avez-vous eu cette idée de BD ?

Sofie Von Kelen : De 2009 à 2012, j’écrivais pour «Abus Dangereux», qui est un gros fanzine papier plutôt branché rock indé. Ils m’avaient embauché pour mettre une petite touche de Metal dans leur ligne éditoriale. Tous les ans, j’allais au Hellfest leur faire un live-report . Et au bout de trois ans de ce régime-là, à faire quatre pages de textes avec des photos, je me suis dit que ce serait plus drôle en BD. J’ai travaillé dans le milieu, en tant que critique, pendant 14 ans : je voyais donc ce qu’on pouvait faire en tant que «carnet de voyage». J’ai donc appelé mon ami Johann Guyot, dessinateur de BD et fan de metal, et je lui ai demandé si ça le branchait de faire ça avec moi. «Ouais mais par contre je ne suis jamais allé en festival» il m’a répondu (rires). Il a une énorme culture mais il préfère écouter ses disques chez lui. La foule, ce n’est pas son truc (rires). Je lui ai donc proposé «Ecoute, tu viens la première année, on ne planifie rien, on ramasse de la matière et tu vois ce que ça donne. Et si ça te plaît, on continue, si ça ne te plaît pas on arrête». Et on a continué. Au début, on pensait proposer une rubrique à des magazines, mais au bout de la deuxième édition, en 2013, on s’est dit qu’on allait faire un album BD. Le premier tome contient trois années, car on a mis un an ou deux à trouver notre rythme et notre format.


Donc ce côté de Johann, plutôt pantouflard et très râleur envers les festivaliers, c’est totalement vrai ?

Totalement. En fait, ça a été un atout inattendu, la bonne surprise, que son côté non
festivalier complètement halluciné de ce qu’il se passait au Hellfest faisait un excellent contre-point au mien – non pas blasé – mais habitué : je vais dans des festivals depuis que j’ai 16 ans, je suis allée sur la dernière année du Furyfest, j’ai fait quasiment toutes les éditions du Hellfest, sauf deux ou trois,.. Du coup ça a été la petite surprise que nos points de vue se répondent comme ça.

Comme on peut le voir dans la BD, vous avez pu rencontrer de nombreux musiciens. Leur avez-vous expliqué le projet ?

Oui, même s’il a fallu bien choisir les gens à qui on s’adressait : il fallait qu’ils soient sympas humainement, dont on aimait la musique, et que ce ne soit pas de trop gros groupes – on voulait des gens avec qui on aurait pu avoir des contacts privilégiés. Et ils ont tous été super curieux, ils ont adoré et ont trouvé que ça changeait. On a eu un excellent accueil de la part des groupes. Vraiment.

Comment s’en est sorti Johann pour ses dessins ? Je sais qu’il a fait quelques croquis sur place …

Effectivement, mais il n’en a pas fait énormément. Lui il récupère sa matière en faisant des croquis, en prenant des notes, avec des vagues zigouigouis (rires) qu’il retravaille après chez lui. Il y a quelques croquis qui sont d’origine. Les conditions étaient difficiles, surtout de nuit. Il faisait donc une prise de notes graphique (rires).

C’est quelque chose qu’il faisait aussi sur le premier tome ? Je trouve que son style de dessin est passé du spontané à l’affirmé.

Oui mais pas que pour «Welcome To Hell(Fest)», mais dans tout son boulot de dessinateur : il a eu une évolution dans son style de dessin à ce moment là. Sur le tome 1, il y avait beaucoup plus de croquis et des crayonnés. Sur le tome 2, il était dans une période encre, pour permettre de faire un noir et blanc assez contrasté, et sur le tome 3 il a commencé à faire des lavis, donc des encres diluées, donnant un aspect gris. C’est quelque chose qui se voit très mal sur le tome 3 car nous avons eu de gros problèmes avec l’impression, Tout ça va être retravaillé pour l’Intégrale afin que les images en lavis rendent justice à toutes les illustrations plus subtiles qu’il a fait.

Le tome 1 va garder cet aspect croquis ? Qu’est-ce que tu peux me dire sur les autres changements, les ajouts ?

Non, la seule chose qu’on va retoucher, ce sont les niveaux de gris. En ce qui concerne les autre changements, la mise en page va évoluer – on va associer des formats carrés à des formats rectangulaires, et donc on va un peu bouger les illustrations. Sinon, rien ne bougera, on va les renettoyer un peu, les traces de gomme, les notes oubliés, les trucs comme ça… Au niveau des ajouts, il y aura pratiquement 40 pages de bonus avec un retour sur les années 2018-2019, une petite incursion sur les autres festivals – le Motocultor, le Fall Of Summer – et un cahier graphique : on a pas mal de belles illustrations qui n’ont pas pu être mises sur les éditions précédentes.

Pourquoi avoir choisi Ulule pour financer votre intégrale ?

J’ai pu rencontrer Dominique Clair (à revérifier), l’un des dirigeants d’Ulule, au festival «Quai des Bulles» à Saint-Malo. Il m’a suggéré de passer par sa plateforme si jamais on avait besoin de lancer un financement participatif. Du coup on l’a pris au mot (rires). Nous sommes passé par ce biais car, tout bonnement, nous n’avons pas l’argent pour l’imprimer : on compte faire un bouquin de 300 pages, avec une couverture cartonnée et du beau papier, des choses qui ont un certain coût. C’est pour cela que ce Ulule est fondamental pour nous, car si on n’a pas ce montant là, l’Intégrale n’existera pas.

Aviez-vous décidé d’une trilogie de BD ?

Cela ne s’est pas décidé mais imposé, car on avait de plus en plus de matière au fur et à mesure des éditions. Et on a décidé d’arrêter car on avait l’impression d’avoir tout dit et on n’avait pas envie de se répéter. On s’est donc attaqué à l’Intégrale, elle va sortir pour les quinze ans du Hellfest histoire de marquer le coup. Et après, on passe à autre chose.

Avez-vous l’impression que votre BD sert, en quelque sorte, à vulgariser et expliquer le Hellfest au citoyen plus lambda disons ?

Ce n’était à la base pas notre intention de base, même si nous voulions quelque chose de très accessible et non élitiste. Nous avons d’ailleurs remarqué que beaucoup de non-metalleux achetaient notre BD, surtout sur nos stands dans des festivals comme Angoulême ou Saint-Malo ! Et quand on leur demande s’ils connaissent le Hellfest ou s’ils écoutent du metal, ils répondent par la négative ! On est content que ça plaise à tout le monde.

A propos de l’homme à poil en début de tome 1…

(Rires) Oui, ça a beaucoup étonné Johann, qui n’avait jamais mis les pieds dans un festival de Metal. Il a halluciné à quel point les gens pouvaient s’y balader à poil, les hommes comme les femmes. Il a beaucoup exprimé son étonnement sur le tome 1. Et on raconte vraiment notre vision du festival, sans essayer de faire un truc objectif.

Vous vous différenciez d’une certaine émission TV, qui va plus montrer des culs que de la vraie musique lors de ses reportages du Hellfest. On ressent la spontanéité de Johann.

A chaque fois qu’il y avait un truc qui étonnait Johann, comme les mecs qui se roulaient dans la boue, les costumes de vache, … il était là et me disait «Je ne comprend pas, il y a des trucs que je ne comprend pas (rires)».. Il faut savoir qu’il n’a quasiment pas d’amis métalleux en fait , et ce malgré sa culture métallique énorme : il a une immense collection de disque, et son père vend des disques rares, principalement des vieux trucs psychédéliques des années 1960-1970. Mais Johann ne va pas dans les bars metal, ne se traîne pas les fesses dans des festivals metal …

Et ça a changé depuis ?

Pas vraiment (rires). A part les gens qu’il rencontrent quand nous sommes sur les déplacements, mais non, il est resté fidèle à son cercle d’auteurs de BD.

Du coup la veste à patch est vraiment obligatoire ? (rires) Car sinon, je suis hors-la-loi (rires).

Non mais ça aussi ça l’a surpis ! Il a toujours eu des vestes à patchs, mais il ne les mettait qu’en concert. Mais ça l’a étonné qu’il y en ai autant, surtout des rigolotes faites sur des chemises haiwaïenne, des trucs comme ça.

Vous avez obtenu un stand sur le Metal Market du Hellfest il y a trois ans (et que vous avez toujours).

Tout à fait. Nous le partageons avec Metal Maniax. Le régisseur des stands sur le Hellfest, Guillaume, nous soutiens beaucoup, et fait en sorte que nous ayons notre stand tous les ans.
Et c’est génial d’avoir ça car cela nous permet d’avoir un rapport privilégié avec les gens. Et puis on forme une sorte de famille avec les autres stands du Market : on les revoit d’une année sur l’autre, ils ramènent leurs exemplaires dédicacés et nous les montre, ils nous présentent leurs amis, leurs enfants, ils nous amènent des bières (rires)… C’est vraiment un truc à part !

Du coup, comment allez-vous gérer l’après ? Tu vas revenir à «L’Avis Des Bulles» ?

Alors j’y suis toujours et je vais continuer mais en tant que pigiste ! Et je n’y retournerai pas en tant que rédactrice permanente, j’ai fait ça pendant 14 ans, donc ça suffit (rires). J’ai une biographie de Led Zeppelin en projet – je cherche d’ailleurs un dessinateur pour faire le côté BD. Quant à Johann, il illustre des moments clefs du rock pour un autre bouquin et travaille avec un auteur de Bordeaux, sur les anecdotes occultes du rock. On a un autre projet tous les deux du même genre, qui ne se fera pas avant un an ou deux sur le nouveau heavy, ou comment le british blues est devenu Black Sabbath.

Un dernier mot ?

Soutenez-nous sur Ulule ! On en a vraiment besoin, car on a vraiment envie que ce livre existe. Et ça va être un beau bouquin !

Pour les soutenir, rendez-vous sur leur page Ulule ici. (Fin de la campagne ce 25 octobre)

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[INTERVIEW] Clémentine Delauney (Chant-Visions Of Atlantis) : « Ce n’est pas parce qu’on est dans l’exploration sans un but précis qu’on est perdu »

S’il y a bien un groupe actuellement super actif, c’est Visions Of Atlantis ! Une petite année seulement après la sortie de « The Deep And The Dark », le groupe revient déjà avec « Wanderers », opus lumineux et mélodique ce mois d’août. Sa chanteuse, Clémentine Delauney, a accepté de nous en dire un peu plus.

Entretien réalisé en juillet 2019

Metal-Actus : Vous sortez «Wanderers», votre nouvel album, le 28 août prochain. Il y a une citation de J.R.R. Tolkien sur votre communiqué de presse «Not all who wander are lost». Peux-tu me dire à quel point elle correspond à votre album ?

Clémentine Delauney (chant) : Cette citation résume le mieux notre album, dans un sens où on voudrait inciter tous les gens à errer un peu pour mieux se retrouver. Ce n’est pas parce qu’on est dans la découverte, l’exploration sans un but précis, qu’on est perdu. Et cette citation nous correspond bien, on l’avait déjà utilisée sur l’un de nos tee-shirt avant la sortie de cet album. Un petit teaser de notre album à venir !

«Wanderers» traite aussi du voyage introspectif, initiatique sur la mer. C’est un thème qui a été à de maintes fois traité par des groupes, le dernier en date étant Evergrey, l’année dernière, avec «The Atlantic». Difficile, parmi ses sorties de sortir encore du lot, même si c’est votre thème de prédilection.

Nous ne dirons pas que nous sommes les meilleurs là-dessus. Le thème marin est quelque chose qui se retrouve dans nos compositions, et depuis le dernier album et celui-là, j’en ai fait une métaphore, celle de l’introspection. Du coup, quand on parle du Kraken par exemple, si on prend la chanson au premier degrés, on y voit juste l’animal mythologique, mais il y a un deuxième degrés de lecture : cela représente tout nos doutes, nos propres monstres, les obstacles que nous avons sur notre chemin qui nous empêchent d’être nous-même et de vivre notre vie pleinement. Toutes les chansons de Visions Of Atlantis traitent de voyage, mais pour moi, le voyage auquel il faut faire référence, c’est celui au fond de soi, pour se découvrir. Et vivre pleinement sa propre identité loin des standards et des codes.

C’est aussi l’interprétation du groupe ou c’est la tienne ?

C’est devenu l’interprétation du groupe. Déjà, j’ai fait valider le concept avec Thomas (NDLR : Caser, batterie), le fondateur de Visions Of Atlantis. Et c’est quelque chose qu’il traverse aussi : cela fait deux ans qu’il a un tatouage «Wanderer» sur son poignet (rires). Son évolution spirituelle personnelle et la mienne étaient un peu emmêlées. Du coup, cela m’inspirait aussi, car je n’étais pas toute seule dans ce processus. C’est un thème suffisamment fort pour transporter l’ensemble du groupe.

Vous avez fait vos photos promotionnelles sur Quibéron, avec un petit air de Pirates des Caraïbes des temps modernes. Qui en a eu l’idée ?

J’ai eu la chance qu’on me confie toute la direction artistique visuelle sur cet album ! J’ai donc choisi une très bonne amie à moi, Emilie Garcin, en temps que photographe, l’endroit, une autre de mes amies a fait les tenues – toutes sur mesure à partir de notre concept – et vu que j’en étais la maîtresse avec mes paroles, je voulais vraiment une cohérence, un lien entre ces deux éléments. On a choisi des vêtements un peu intemporels, qui ne reflètent pas forcément plus une période qu’une autre, qui ont été usés par le voyage, appartenant soit au passé, soit au futur. A chacun de décider ! Je ne voulais pas que ce soit des vêtements mais je voulais qu’on voit un concept.. Et je ne voulais surtout pas de noir car j’en ai marre (rires) (sic), je voulais m’en affranchir, surtout que notre message est positif : le coucher de soleil, la mer … Je voulais quelque de plus naturel, de plus vrai, de plus sobre aussi. Nos tenues sont sans fioriture, plutôt brutes de décoffrage.

Vous avez publié il y a quelques heures (rires) une lyric-vidéo pour le titre «Heroes Of The Dawn». Pourquoi avoir choisi de le mettre en avant ?

C’est un titre qu’on aime bien – bon on les aime tous mais celui-là tout particulièrement (sourire) – et on voulait présenter quelque chose caractéristique à Vision Of Atlantis : des mélodies très marquantes, un petit côté exotique avec cette flûte qui nous plonge dans un monde celtique … c’est un morceau qui t’embarque déjà dans un univers un peu différent, et qui met bien en valeur nos deux voix – Michele (NDLR : Guaitoli) ayant rejoint notre navire il n’y a pas si longtemps que ça. Et c’est une chanson qui a une histoire, avec deux personnes qui dialoguent. En faire une lyric-vidéo avait du sens car je voulais que les gens comprennent de quoi ça parlait. Et il y a beaucoup de textes sur cette chanson.

Que peux-tu me dire sur «A Journey To Remember» ?

Quand j’ai entendu ce morceau pour la première fois, j’avais envie de prendre mon sac, de monter sur un bateau et de crier «C’est là-bas ! « (rires). Il y a un petit aspect pirate du groupe qui ressort ici : il y a une super énergie – quand on le joue en live d’ailleurs, c’est incroyable – et les paroles ont facilement été écrites. Et c’est un morceau qui m’a donné pas mal de fil à retordre sur le refrain au niveau du chant, particulièrement haut (rires). Un morceau très libérateur, qui fera l’objet d’une vidéo.

Peux-tu nous expliquer les paroles de «A Silent Scream» ?

C’est une chanson qui compte beaucoup pour moi parce que c’est la première fois que j’ose parler d’écologie dans l’un de nos morceaux, et de manière beaucoup plus directe que ce que j’ai pu faire par le passé. Et c’est venu naturellement – c’est ce que m’a inspiré la musique. J’espère que, quelque part, on pourra la mettre en valeur, d’une telle manière que les gens puissent se retrouver dans ce message, et qu’on puisse aussi participer, à notre manière, à aider à croître une sensibilité au fait que ce qu’on a autour de nous n’est pas acquis et qu’il faut vraiment qu’on commence à le faire des choses concrètes pour changer nos habitudes, histoire que nous puissions survivre et faire survivre le monde merveilleux qu’on a démoli.

Vous faîtes actuellement la tournée des festivals, et vous vous arrêterez au Bang Your Head Festival en Allemagne où vous avez prévu un concert avec un orchestre. Pourquoi le faire dans un festival et non dans une salle de concert ? Y-aura-t-il un DVD ?

En fait, ça devait se faire l’année dernière ! Finalement, le festival avait été annulé. Et comme tout était déjà mis en place avec l’orchestre, il fallait juste qu’on reporte sur une autre date. Le cadre du festival permet qu’on n’ait pas à se soucier du lieu, à savoir de devoir relouer une salle, ce qui entraînerait des frais et une logistique supplémentaire. Et dans un festival, tout est déjà en place ! Il fallait juste en convaincre un de pouvoir nous permettre de le faire. Le festival Bang Your Head était super ravi et a facilité les choses. Et oui, il y aura un Bluray et un DVD ! Il devrait sortir l’année prochaine.

Tu l’as dit plus tôt, Michele Guaitoli est arrivé en 2018 au chant, mettant fin ainsi à de nombreux mouvements de line-up. Sur cette dernière chose, quel est ton regard ?

Je souhaitais revenir sur le départ de Siegfried, qui est resté avec nous pendant cinq ans : une vie peut évoluer sur une si longue période et on s’est séparé en de très bons termes. Il ne voulait pas continuer dans une aventure qui lui demandait de plus en plus d’implication personnelle, et le sacrifice de ses congés. Bien sûr, j’étais triste sur le coup car ça se passait vraiment bien et je pense qu’on aurait pu continuer ensemble longtemps. Et rechercher quelqu’un d’autre n’est pas moralement facile, surtout quand tu croyais tenir le bon bout.. Mais je pense que les choses devraient bien se passer avec Michele : c’est quand ça repose sur de l’humain, et sur des gens qui décident de s’investir que les choses avancent. Michele est très motivé, ça s’est très bien passé sur l’album, Il y a pleins de choses qui nous attendent ! Et lui veut tourner et être sur scène. Donc tant qu’on remplit notre contrat, il restera avec nous (rires)..

Artistiquement, pour trouver quelqu’un qui puisse s’accorder à ta voix, comment ça se passe ?

On avait déjà une première contrainte : on ne voulait pas qu’il soit trop loin, car cela veut dire tout de suite de prendre des billets d’avion, de ne pas pouvoir répéter facilement ..Moi-même je suis handicapante car je ne suis pas non plus à côté – même si ça va changer dans l’année qui va venir. Donc le périmètre était restreint à l’Autriche, la Suisse et l’Italie. Et forcément, il n’y a pas beaucoup de monde dans ces zones-là qui pouvaient remplir le job. On a pensé rapidement à Michele, il avait envoyé ses démos qui nous avait bien plût et Thomas l’a eu au téléphone plusieurs fois afin de s’assurer qu’il était dans le bon état d’esprit, sur la même longueur d’onde. Et après, il faut faire avec! S’il y avait vraiment eu un problème de deux voix qui ne collent pas du tout, on n’aurait pas poursuivi, mais comme c’est un très bon chanteur et qu’il a une bonne voix, qui s’harmonise bien avec la mienne, il n’y a pas de raison que ça ne marche pas.

Qu’en est-il de tes projets en cours ? Et d’Exit Eden ?

Exit Eden sortira un nouvel album l’année prochaine ! Après pour mes projets, ça fait un petit moment que je souhaite sortir quelque chose sous mon propre nom. car j’ai beaucoup de musique sur mon dictaphone qui ne trouvera pas écho chez Vision Of Atlantis. Je manque cruellement de temps, et la direction est encore floue. Je pense que ça viendra quand j’aurai davantage de morceaux finis et que je verrai avec quel producteur je travaille. Je bosse aussi avec des amis sur de la musique qui n’a rien à voir, une sorte de projet-trip hop. Et il n’y a pas longtemps, j’ai entendu dire que Melted Space pourrait reprendre du service !

Un dernier mot à ajouter ?

Merci à toutes les personnes qui continuent à suivre Vision Of Atlantis malgré les péripéties sur les changements de line-up, qui aurait pu vous faire perdre notre foi en nous.

« Heroes Of The Dawn » :

« A Journey To Remember » :

« Nothing Lasts Forever » :

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Le groupe sera en concert le 22/04/2020 au Backstage By The Mill de Paris.

Image d’en-tête par Emilie Garcin.

[INTERVIEW] Zoe (Herrschaft) : « On essaie d’aborder un univers beaucoup plus cynique »

Après une période de six ans, et quelques ajustements nécessaires dans le groupe, les Herrschaft reviennent en duo et avec un nouvel opus, « Le Festin Du Lion », dans lequel ils nous présentent deux bons samaritains, Satan et son associé. Petit entretien avec Zoé, l’une des deux têtes pensantes du groupe !

Metal-Actus :Votre nouvel album est sorti depuis deux semaines (21 juin) au stand Season Of Mist du Hellfest. Avez-vous eu des premiers retours ?

Zoé H. : On a eu quelques premiers retours, même si avec cette journée promo, on s’attend à en avoir davantage par la suite. Les premières chroniques sont très positives, on est donc très contents car on aime savoir que notre album provoque les autres, que les gens en parlent. Et cela nous fait très plaisir car, tant qu’il n’est pas sorti, au sein de notre petit monde, on ne sait pas franchement ce que ça donne.

Je reviens rapidement sur le Hellfest. Vous avez fait toute la promo, et une bonne partie du festival, en tenues de scène. Pas trop chaud ? (rires).

Si mais un univers si chaud est idéal pour Satan ! Nous étions comme des poissons dans l’eau (rires). C’était parfait !

Pourquoi ce titre, «Le Festin du Lion» ?

Alors «Le Festin Du Lion» est, pour nous, le titre qui ressortait parmi les autres car c’est l’un des morceaux phares de notre album. Et bizarrement, même s’il n’a pas forcément de lien avec la pochette en apparence, on peut y trouver une forte connotation : pour nous, le lion est une entité qui attend son heure, sous son arbre, que ses ouailles et ses individus lui ramènent les résultats de la chasse et il va se servir en premier. Et sur cette pochette c’est la même chose. Alors, on n’a pas un lion à proprement parler, ce n’est pas non plus terre à terre (rires). On a ce Satan et son assistant qui regardent l’humanité, et cette dernière les implore de l’aider. Et quand tu viens voir Satan, c’est que tu arrives vraiment au bout de tout. C’est une question d’emprise d’un individu sur d’autres de son espèce. C’est ce que véhicule tout cet album, c’est le fil rouge.

Comment vous êtes vous retrouvés en duo ?

Nous avons commencé cette aventure à trois. Le noyau dur se composait de Max (qui est en promo aussi aujourd’hui) et de MzX qui était le chanteur à l’époque. Et en 2014, ce dernier a choisi de quitter le groupe et on a décidé de faire bande à part. Et avec Max, on s’est recentré à deux : on s’est beaucoup concertés pour finalement rester en binôme car on fonctionne bien mieux ainsi, que ce soit pour la composition que pour le live.

Que peux-tu me dire sur «The White Russians» ?

C’est le morceau particulier. Il a une histoire un peu moins drôle, un peu moins fun que tout les autres. «New World Order», par exemple, fait partie intégrante de notre fil rouge, avec tout ce cynisme qu’on a pu aborder. «The White Russian» est un morceau qu’on a composé en hommage à un ami, Mika Bleu, qui est décédé il y a deux ans pratiquement jour pour jour dans des conditions tragiques. Sa famille et ses amis ont décidé de créer une compilation et ont demandé à ses amis les plus proches de composer un morceau en son hommage. On a décidé donc de le créer tel qu’a été sa vie, c’est-à-dire à cent à l’heure qui se finit brutalement. Cela nous touche beaucoup, c’était quelqu’un qui avait une place immense chez Season Of Mist, il a participé aussi aux tournées de Shining … c’était un mec qui avait une joie de vivre incroyable et il fait partie des meilleurs qui sont partis trop tôt. Et ça nous tenait beaucoup à coeur de lui rendre hommage. Et ça nous tient toujours à coeur de jouer ce morceau en live pour lui rendre hommage à chaque fois, car il est un peu avec nous comme ça. C’est très important d’avoir ce morceau, même si c’est le seul qui ne suit pas le fil rouge de l’album.

Pourquoi avoir choisi de faire un clip pour «How Real Men Do» en 2015, pour lequel je perçois un petit doigt de cynisme ?

Tu as mis le doigt dessus (rires). Il y a effectivement un petit brin. Ce n’était pas forcément le cas sur nos albums d’avant mais aujourd’hui, on essaie d’aborder un univers beaucoup plus cynique, voire décapant, voire grotesque. C’est quelque chose qui nous change, alors qu’on avait cet aspect plus glacial et terre à terre. On a décidé d’assumer de faire de l’entertainment, qu’il fallait qu’on s’amuse avec ça, et si ça amuse les autres, tant mieux. On ne prend pas non plus les choses avec beaucoup plus de légèreté, ce n’est pas non plus la fête à saucisse (rires). Mais on veut prendre les choses avec plus d’amusement, c’est une petite liberté qu’on s’autorise, égoïste peut-être.

Vous allez faire une tournée en compagnie de Shaarghot. Est-il important pour vous de tourner avec des gens de votre scène locale ?

Déjà, il est important de tourner (rires). Après, ça fait 15 ans qu’on écume les salles, dont on aimerait bien pouvoir sortir un peu des frontières de la France. On a commencé l’année dernière au Wacken Open Air en Allemagne, avec le bel horaire de passage qu’est 19h. Après, l’électro-metal-indus a eu une traversée du désert durant ces dernières années où c’était très compliqué de jouer, tiraillé entre nos deux genres. Les choses sont en train de changer : il y avait un bon indicateur au Hellfest cette année avec plus d’électro représenté : Combichrist, Punish Yourself, Ice Breacher, Shaarghot évidemment … Donc on espère que les organisateurs ont été sensibles au fait que beaucoup de monde était sous les tentes pendant leurs shows. Evidemment, on adorerait y jouer l’année prochaine, mais cela n’est pas de notre ressort non plus. On aimerait jouer plus, on a d’ailleurs un nouveau tourneur, Black Speech, qui essaie de nous caler out ça. Au niveau des prochaines dates, on peut juste annoncer qu’on sera à Nantes le 1er novembre prochain à la Warehouse avec une belle affiche et on a très hâte d’y être. On apporte un effort particulier à la scénographie, avec des projections, des costumes de scènes, et on aimerait le présenter plus car cela fait à 50% partie de l’essence de Herrschaft.

Tu disais que vous avez mis six ans pour faire un nouvel album. Beaucoup d’autres groupes pensent que les gens les oublient dans ces cas-là.

Je suis d’accord, et nous-même on le vit à chaque opus puisqu’on met à chaque fois ce même temps environ, à un an près, entre deux albums. On sait que nous n’aurions pas eu la même trajectoire de carrière que si on sortait un album tous les deux ans. On a bien conscience que cela nous porte préjudice et on aurait un autre succès si on était un peu plus actifs. Mais on se doit d’attendre que notre album soit parfait, qu’on en soit à 200% satisfait pour le présenter au public. Et ça prend du temps. Et pourtant, on a pris ses six années pleines, sans aucune pause, pour bosser sur cet album !

Un dernier mot ?

Merci pour votre temps et votre intérêt. Et je voudrais dire aux gens qui lisent cette interview et qui aiment les groupes d’indus d’allez les voir en concert. C’est important pour eux, cela leur permet de continuer et d’avoir envie de refaire des albums.

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[INTERVIEW] Joakim Broden (SABATON) : « Si on reste un groupe de metal, nous sommes tous passionnés d’Histoire »

Machine à tube au succès de plus en plus phénoménal, les Sabaton reviennent ce week-end avec un nouvel opus, « The Great War », consacré entièrement, comme son nom l’indique, à la Première Guerre Mondiale. A cette occasion, nous avons pu nous entretenir avec Joakim Broden, chanteur et leader hautement charismatique de la formation. Voici le résultat d’un entretien très passionné.

Réalisé le 15/05/2019 à Paris – Merci à Olivier Garnier de Replica Promotion.

Metal-Actus : C’est la seconde fois que vous vous focalisez sur une période particulière, après « Coats Of Arms » (2010). Qu’est-ce qui vous a poussé vers la Première Guerre Mondiale ?

Joakim Broden (chant) : Je pense que c’est une question de timing : on avait déjà traité quelques événements de cette guerre sur nos précédents album, et depuis 2014, on avait cette idée de sortir tout un opus dessus. Mais il fallait juste trouver le temps et les moyens de pouvoir le faire. On a réuni une fabuleuse équipe et on s’y ait mis à une date symbolique, le 11 novembre 2018 ! .

Tu le sais peut-être, la Deuxième Guerre Mondiale est bien plus connue et parlé dans des médias et la pop culture que la Première. Pense-tu que ce nouvel album de Sabaton saura mettre en lumière cette période ?

Je l’espère dans un sens. Si tu regardes les documentaires, jeux vidéos, films, un sur dix doit être sur la Première Guerre Modiale alors que tous les autres sont sur la Deuxième ! Mais avec l’avancée de la technologie, j’espère qu’on pourra faire plus de recherches dessus. La Deuxième Guerre Mondiale a cet avantage d’être très bien documentée et- c’est bizarre à dire, et j’espère que tu ne le prendras pas dans le mauvais sens – elle est plus sexy (rires) car il est plus facile de pointer les bon gentils et les grands méchants. L’image que cette guerre renvoie est très « blanche ou noire ». C’est dommage car ce sont des guerres où il s’est passé beaucoup de choses politiquement, géographiquement,…. La carte de l’Europe n’est d’ailleurs plus la même aujourd’hui qu’avant : vous aviez l’Empire russe, austro-hongrois, germanique, ottoman … qui étaient autrefois de grandes nations mais qui n’existent plus aujourd’hui.

Y a-t-il eu certains événements que vous n’avez pas pu traiter, alors que vous le vouliez ?

Non. Et comme on a fait une chanson sur l’Holocauste, on estime qu’on peut aller vers n’importe quel sujet maintenant (rires). Mais quelques unes de nos histoires favorites n’ont pas pu être incluses dans l’album car elles ne collaient juste pas au reste des morceaux musicalement parlant. Par exemple, je pensais vraiment pouvoir faire quelque chose sur l’occupation de Bruxelles ou encore me focaliser sur le Hellfire Corner.

Peux-tu m’en dire plus sur l’artwork ?

Oui il s’agit d’un gars hongrois, Peter Sallaí, avec qui nous collaborons régulièrement. Il était d’ailleurs consultant sur ce film nommé « Lord Of Chaos », il s’assurait que les choses dites étaient vraies ou fausses (rires). On a commencé par voir le dessin de ce soldat au milieu, se couvrant le visage. Et dans un premier temps, si j’ai beaucoup aimé ce que cela renvoyait émotionnellement, j’ai détesté visuellement cet artwork. Je pensais que ce n’était pas le bon dessin à utiliser, ni même les bons tons de couleurs, que je trouvais trop proches de nos précédents artworks, particulièrement « The Last Stand », notre dernier en date.

Vous vouliez donc du changement ?

Oui. Mais en regardant toutes les idées que nous avions pour l’améliorer et cette réponse émotionnelle que nous avions tous eu, et que nous ne pouvions ignorer, on s’est dit qu’il fallait étoffer cet artwork et rajouter un arrière-plan, pourquoi pas un champ de bataille donc. Et on a développé tout ce que tu peux voir sur l’artwork d’aujourd’hui. Bien évidemment on va perdre en sexitude avec nos tee-shirts (rires) Mais la réponse émotionnelle dégagé par cet artwork et le fait qu’il colle parfaitement à notre musique me satisfait amplement.

Je m’interroge sur la sortie il y a quelques semaines de « Bismarck », qui est, si je ne m’abuse, un vaisseau de première classe chez les nazis. Le sortir au même moment que l’annonce de votre nouvel album était plutôt cocasse (rires).

On est très mauvais en communication ! En fait cela coïncidait avec notre vingtième anniversaire et nos fans nous réclamaient la sortie d’un box-set. Mais on n’avait pas envie de les pousser à la consommation (s’interromps) … Ah attend ce n’était pas ce que je devrais dire… (fait un grand sourire) ACHETEZ TOUT NOS TRUCS ! (rires), voilà qui est fait ! (rires). Plus sérieusement, nous n’avons pas envie de ressortir les mêmes albums encore et toujours, alors que les gens ont déjà la version simple chez eux. On ressortira un opus avec une bonne raison, des réenregistrements ou un remastering. « Bismarck » est l’un des sujets les plus demandés par nos fans. On s’est donc dit qu’on allait écrire cette chanson, tourner un chouette clip et mettre le tout, gratuitement, sur internet. C’était, à la base, une façon de remercier nos fans pour nos vingt ans de service. Mais ils sont trop honnêtes et ont voulu acheter ce morceau ou l’écouter sur Spotify (rires). Du coup on l’a mis en vente, il sera disponible d’ici deux semaines. On a été surpris de la réaction des gens qui voulaient l’acheter ! (rires). Mais suite à cette histoire, je pense qu’on peut réfléchir au financement d’un de nos albums par Kickstarter : on dirait juste quels seront les sujets abordés et on proposerait plusieurs versions de ce même opus

De plus en plus de groupes font ce genre de chose d’ailleurs !

Oui Oui ! Cela démocratise tout le processus autour de la production d’un album. Mais c’est nous qui restons à la barre d’un point de vue créatif. Mais je ne pense pas que nous devrions contrôler la façon dont les gens écoutent notre musique. C’est eux que ça regarde.

Autre petite chose un peu cocasse : pourquoi une cover d’Apocalyptica de votre premier single, « Fields Of Verdun » est sortie … avant le vrai single ? (rires)

On aime bien faire des teasings loufoques donc (rires). Faire faire une cover par Apocalyptica est un bon moyen pour faire de la promotion pour nous comme pour eux d’ailleurs. Et on les aime beaucoup alors ça s’est fait rapidement. On avait bien conscience que la sortie de « Bismarck » a un peu décontenancé tout le monde (rires). Mais on a fait ce pari ! Et puis on aime bien demander aux gens qui l’ont écouté s’ils avaient plutôt bien imaginé le vrai single, quelles étaient les principales différences qu’ils avaient notées … On a un peu cassé ce mythe qui veut qu’une cover soit forcément celle d’une très vieille chanson (rires).

Vous avez lancé votre promo en avril dernier en vous rendant sur les véritables champs de Verdun, en France ! Est-ce important pour vous, de vous rendre sur les lieux où l’action s’est déroulée ?

Oui et il y a deux raisons à cela : la première est de pouvoir vivre un rêve de gosse, dans les limites du respect posée par ce lieu. Nous entendions il y a quelques années l’existence de releases party plutôt cools dans des lieux atypiques, avec une écoute programmée et des journalistes vous collant aux basques reportant vos moindres faits et gestes (rires). Et moi gamin j’étais en mode « Je veux être là-bas !! Je veux entendre Twisted Sister ou Deep Purple avec le groupe et pleins de gens cools ! » (rires). Mais on ne l’avait pas fait jusque là donc c’était une première pour nous, même si on est dans le milieu depuis assez longtemps. Et avec cette opportunité d’organiser quelque chose sortant encore plus de l’ordinaire, on a foncé. Et deuxièmement, même si on reste un groupe de metal, nous sommes tous passionnés d’Histoire. C’est pour moi une valeur ajoutée aux morceaux et à l’univers de Sabaton. Bien sûr, il y en aura qui voudront juste un groupe de metal lambda, assister à des concerts, et boire des bières jusqu’à plus soif. Je n’ai rien contre ça. Mais s’il y a des personnes qui s’intéressent à nos paroles, à ce qu’elles racontent, et vont faire leurs recherches sur ce dont on parle, alors on aura rempli une partie de notre mission. A cette release party, nous avions distribué pour l’écoute des ipads avec l’explication de chacune des chansons en guise d’introduction. Et aujourd’hui, nous collaborons avec Indy Neidell qui nous aide à tenir notre chaîne youtube dédiée à l’Histoire, Sabaton History. C’était un de ces projets que nous voulions mettre en place depuis pas mal de temps aussi. On voulait apporter aux gens une meilleure compréhension de notre histoire, et du contexte à nos paroles.

En parlant de contexte, quel est celui de « The Attack Of The Dead Man » ?

C’est un titre intéressant musicalement parlant. Chris (NDLR : Rörland, guitariste) a dû la composer je pense en 2013. Elle est donc passée par plusieurs versions pour finir sur celle que tu as écouté. On aime beaucoup cette histoire, assez agressive, de ce blindé russe qui va charger et faire peur aux troupes allemandes. Mais cette chanson a fait consensus auprès de notre entourage et du groupe, notamment auprès de Pär (NDLR: Sundström, à la basse) : il aimait beaucoup nos couplets – les meilleurs qu’a produit Sabaton selon ses propres mots – mais détestait ce son de synthé. Ce son est là pour une raison, pour donner une ambiance lourde et malsaine au morceau. C’est un élément contextuel qui rend le titre différent pour nous, même si ça reste du Sabaton. Tu nous reconnaît, mais ce n’est pas ce que tu attends de nous.

Et « The Great War » ?

Alors là c’est le morceau qui sonne le plus Sabaton ! (rires) Surtout avec cette intro ! (chante l’intro), Mais quel groupe cela peut-il bien être ? (rires) Elle nous introduit de manière très discrète (rires) Les paroles ont été écrites par Pär, et aborde de multiples histoires : le regard du soldat sur le bien fondé de sa mission, le retour d’un autre auprès de sa famille après la mort de ses deux frères… C’est à moi de la chanter sur les divers tons qu’elle requiert. Je dois puiser profondément dans mes ressources vocales et émotionnelles.

Je vous ait découvert en 2010 au Hellfest où vous jouiez devant 200-300 personnes à peine. Trois ans plus tard au Summerbreeze, vous étiez l’une des têtes d’affiche et aviez joué devant des milliers de personnes. Votre succès ne fait maintenant que s’accroître. T’y attendais-tu ? Comment l’expliques-tu ?

Quand nous avions débuté Sabaton, nous n’étions pas de très bons musiciens… Nous aimions le heavy metal, nous voulions faire comme nos idoles, mais on était de sacrés débutants ! A l’époque, on avait juste notre EP à trois titres, « Fist For Fight », avec notamment « Primo Victoria » dessus. Et puis on a été repéré par ce petit label suédois, qui nous a pris sous son aile pendant pas mal de temps mais qui ne pouvait pas nous pousser en dehors de nos frontières. Et quand, en 2010, nous avons signé chez Nuclear Blast, nous avions un peu de bouteille derrière nous. Nous étions devenu compétitifs et prometteurs (rires). Grâce à eux, on a pu gagner en exposition à un moment clef de notre carrière où nous étions assez expérimentés. Je dirai même que Sabaton a réellement débuté en 2006, tellement on n’était pas bons avant. Si tu regardes d’ailleurs les vidéos de nos concerts de cette époque, tu te rend compte qu’on y survit au concert, et non qu’on le vit (rires). La première fois que je me suis senti fier d’une de nos prestations, c’était justement en 2006.

Quelle sera la prochaine « guerre » de Sabaton ?

Je ne sais pas, on a plusieurs idées, qui se concrétisent en général au moment de la composition de nos morceaux. On va là où la musique nous remporte (sourire). Concernant le sujet, deux-trois sont sérieux sur une vingtaine envisagée.

ça fait beaucoup ! (rires)

Oui, ce n’est pas comme si on allait épuiser notre filon … je pense que même en faisant un album par an jusqu’à la fin de nos vies, on ne pourrait pas tout faire.

Un dernier mot ?

Juste merci !

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« 82nd All The Way » :

« Great War » :

« The Red Baron » :

« Fields Of Verdun » :

[INTERVIEW] Cédric (Tungs10) : « Nous avons tout fait nous-même jusqu’au mastering »

Tungs10 est un petit groupe breton avec une grande ambition ! Après un premier opus de mise en bouche, « Season One », ils reviennent à peine deux ans plus tard avec un opus plutôt bien affirmé, « The Lost Manuscript ». On a pu s’entretenir avec Cédric, guitariste du groupe, pour en savoir un peu plus sur cette galette !

Interview réalisée par mail le 14 juin 2019 – Merci à Roger de Replica Promotions

Metal-Actus : Bonjour ! Pour commencer, pouvez-vous nous expliquer le sens de votre nom de groupe, « Tungs10 » ?

Cédric (Guitares et grunts) : Bonjour et merci de prendre du temps pour réaliser cette interview. En fait pour le nom du groupe, nous sommes plusieurs à travailler dans des domaines scientifiques et on cherchait un métal dans le tableau périodique des éléments avec une consonance sympa. Quand on est arrivé au Tungsten, on a tout de suite vu le petit jeu de mots. On a ensuite essayé de dessiner un logo : nous avons trouvé quelque chose qui nous plaisait très rapidement. Ça colle aussi bien au côté Steampunk/post apocalyptique qui est arrivé un peu plus tard.

Votre album, « The Lost Manuscript », est sorti le 24 mai. Quels sont les premiers retours ?

Pour le moment, la sortie est assez récente. Nous avons déjà eu deux très bonnes chroniques. Lors de la release, les retours étaient aussi excellents, il y a eu beaucoup de monde au stand de merchandising à la fin du concert pour faire dédicacer l’album. Ça nous donne un peu de confiance. Idem sur cette journée d’interviews ! On espère que ça va continuer dans ce sens.

Quel est le concept derrière ce deuxième album ?

L’album raconte en fait une histoire basée sur le roman de Mary Shelley sur le monstre de Frankenstein. C’est l’histoire d’un couple dont la femme va tomber malade. Son conjoint ne va pas accepter sa mort et va essayer de la ramener à la vie. Nos titres racontent les différents moments traversés par cet homme, notre personnage principal : de la perte de son âme sœur, à la recherche d’un manuscrit qui va lui permettre de la faire revenir. Tout ne va pas se passer comme il l’avait prévu.

Vous avez mis deux ans à le sortir. Comment l’avez-vous composé ? (peut-être durant la promotion de votre premier opus Season One ?)

La période entre les deux albums est effectivement assez courte. C’est principalement dû au fait que Madeleine est partie en voyage pendant un an. Nous ne voulions pas faire de pause, c’était donc une bonne raison pour commencer le travail sur un second album. L’album a été composé en deux mois environ, de mai à mi-juillet. Par la suite, nous avons fait environ 6 mois d’arrangements puis nous avons réalisé une pré-production suivie de l’enregistrement. Nous avons tout fait nous-même jusqu’au mastering. L’album a donc été composé d’une traite ce qui a facilité la cohérence entre les morceaux.

Vous avez eu une nouvelle fois recours à une campagne de crowndfunding pour le financement de cet album, comme votre premier album. Pourquoi ce choix, et ne pas vous tourner, de manière plus classique, vers des labels ?

La question s’est posée en effet. Nous avons beaucoup discutés avec des groupes professionnels signés. Pour nous, il n’était pas envisageable de payer un label, et ceux qui peuvent produire un album de A à Z se font rares. Aujourd’hui, on maîtrise intégralement notre budget : c’était donc plus intéressant de notre point de vue de passer par un attaché de presse pour en faire la promotion et de faire le reste nous-même. Le financement participatif est un très bon moyen pour récupérer de la trésorerie. Les gens commandent l’album en avance et on se sert de cet argent pour payer le pressage, faire imprimer le merchandising et limiter les avances de notre part. Nous avons toujours considéré Tungs10 comme un projet qui devait être à l’équilibre du côté des investissements.

Pourquoi ce look, à mi-chemin entre le steampunk traditionnel et Mad Max ?

Dans le métal l’image est importante. Nous voulions donc pouvoir dissocier nos vêtements portés tous les jours des tenues que nous utilisons sur scène. Personnellement, je suis généralement plus touché par des groupes avec un gueule et une grosse scénographie. Le fait d’avoir des costumes de scène est une étape assez importante pour nous dans cette direction. Le coté steampunk/post apocalypse est venu progressivement – on ne l’avait pas encore sur le premier clip par exemple. Cela nous apporte une certaine unité au sein de Tungs10 que ce soit au niveau des clips, des albums, des décors …. Et d’avoir aussi des photos intéressantes en concert !

Pourquoi avoir choisi « Wandering Around The World » comme premier clip ?

« Wandering Aorund The World » nous paraissait être un bon morceau pour un premier clip. Il arrive assez tôt dans la narration et permet de raconter le début de l’histoire. C’est aussi un morceau qui reprend pas mal de choses que l’on peut retrouver sur cet album avec une rythmique très syncopée, des choeurs d’opéra, des synthés assez électroniques, du scream, du growl, du chant clair. Ça fait beaucoup de choses dans un seul morceau mais nous le trouvions très cohérent pour représenter l’album. Et puis le refrain est assez accrocheur, on le retient facilement !

Que peux-tu me dire sur “This Morning Of November” ?

« This Morning Of November » est le premier morceau de l’album, avec une intro assez électro. Il raconte le jour ou le couple apprend que la femme est condamnée. Cette injustice, l’accompagnement dans la maladie mais aussi l’espoir un peu vain, que rien n’est terminé encore sont distillés dans ce titre. C’est un morceau assez mélodique qui permet de bien installer l’ambiance de l’album.

Que peux-tu me dire sur “The Machine Behind” ?

« The Machine Behind » est probablement mon morceau préféré. Ce morceau a été un vrai calvaire à composer, j’ai jamais autant galéré !! J’avais ce refrain dont je n’arrivais pas à me passer mais j’ai dû réécrire le reste au moins trois fois : je n’arrivais pas à trouver des couplets qui allaient avec au point qu’il aurait pu ne jamais figurer sur l’album. A force de persévérer et en travaillant tous ensemble dessus, on a réussi à en faire ce qu’on voulait. Le morceau a aussi un break après le second refrain qui a été pensé pour le live avec des synthés assez puissants. Il parle de la période ou le personnage principal a commencé à « réparer » le corps de sa compagne, en changeant certains organes mais surtout en cachant ce qu’il faisait aux yeux de son entourage. La machine c’est en fait sa femme, qui ressemble de plus en plus à un monstre qu’il cache dans sa cave !

Vous faîtes beaucoup de concerts. C’est une partie essentielle de votre travail en tant que groupe ?

C’est vraiment ce qui nous motive, jouer sur scène et accéder à des scènes de plus en plus grosses ! C’est pour cela qu’on sort des albums ! On tourne beaucoup pour un groupe régional mais nous avons beaucoup de difficultés à sortir de la Bretagne. Nous avons maintenant un réseau assez développé dans cette partie de France et nous espérons pouvoir jouer sur Paris mais aussi dans d’autres coins de notre pays avec la sortie de cet album.

Comment abordez-vous votre prochain concert au Hellfest OFF, dans un cadre assez particulier puisque c’est sur le parking du Leclerc de Clisson ?

Nous avons vraiment hâte d’y être ! On ne sait pas si il y aura du monde, il faut rester conscient que c’est un mercredi à 16h30… Mais on est déjà très heureux d’y être ! Nous aurons 30 minutes donc nous avons préparé un set réduit qui se focalisera sur les morceaux du nouvel album uniquement. Ce sera une première pour nous de jouer là-bas. On enchaînera trois jours plus tard avec une date à Guingamp avec les Ramoneurs de Menhirs.

Que peut-on vous souhaiter pour l’avenir ?

Arriver à jouer en France de manière générale : aller sur Paris, Lyon, Lille, pourquoi pas aussi en Allemagne et en Belgique. Nous avons vraiment envie de faire connaître notre musique en dehors de Bretagne.

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« Wandering Around The World » :

[INTERVIEW] Ted (Amon Amarth) : « Il se pourrait qu’il soit notre meilleur opus à ce jour »

Un opus pour mieux avancer. Voilà ce qui ressort de notre entretien avec Ted Lundström (basse) sur le nouvel album des Amon Amarth, « Berserker » sorti aujourd’hui même. Si le musicien est fier de son album (et spoiler, il a de quoi), il espère que ce dernier pourra permettre à Amon Amarth de gravir quelques échelons. Voici notre entretien réalisé à cette occasion.

Metal-Actus : Vous avez sorti votre nouvel album « Berserker ». Après le grand succès rencontré par votre précédente galette, « Jomsviking », vous n’aviez pas trop de pression ?

Ted Lundström (Basse) : A vrai dire non car nous sommes très content du résultat qu’est « Berserker » : on est content des chansons, on est content de la production et on est content de le sortir. Il se pourrait qu’il soit notre meilleur opus à ce jour, alors non, je ne suis pas vraiment nerveux.

Ce n’est pas un album conceptuel cette fois, et chacun des morceaux explore quelque chose de différent. Est-ce pour cela que vous l’avez appelé « Berseker » ?

Cela aurait pu ! (rires) Plus sérieusement c’est parce que les sujets et les morceaux de cet album sont assez explosifs ! Quand on recherchait un titre d’album, on a pensé à quelque chose qui pouvait attirer l’oeil de nos fans. Et l’histoire derrière le morceau est assez puissante avec cet homme, ce guerrier ultime ! Celui que vous ne voulez pas croiser en pleine bataille ! On a donc choisi ce titre mais cela n’a effectivement rien à voir avec les autres morceaux : nos douzes titres sont assez différents les uns des autres !

Dirais-tu, qu’avec cet album, on a un tout nouveau groupe devant nous, un Amon Amarth 2.0. ?

Oui et on espère, avec cet opus, accéder à plus de choses : qu’il nous permettra de grossir, de nous améliorer, de nous renforcer…Nous voulons faire plus de concerts dans plus de pays, et ne pas sortir « juste » un DVD live dans ces mêmes pays. Alors on a travaillé dur sur cet album : on s’est associé avec un nouveau producteur, on a essayé plus de choses, en tout cas plus que sur le dernier album.

Pourquoi avez-vous choisi de délocaliser votre production à Los Angeles, aux Etats-Unis ?

Déjà pour Jay Ruston qui s’était déjà occupé du mix de notre dernier album live « The Pursuit Of Vikings » et dont on avait été satisfait du résultat… Et ensuite car nous voulions partir loin de l’Angleterre et de l’Europe pour aller dans un endroit chaud, avec de bons CDs de rock’n’roll et d’autres trucs du même genre (rires) . A L.A., il y a beaucoup de studios d’enregistrements, et c’est là où sont né de nombreux groupes aujourd’hui mythiques. C’était juste un rêve, un peu fou pour nous, de pouvoir nous rendre dans cette ville un jour. Alors quand Jay nous a offert l’opportunité d’y aller, on a dit oui ! Il nous a accueilli, on a démarché des producteurs, visité quelques studios… Et puis on s’est lancé ! Et on a aimé sa manière de travailler. On avait envie de nouveauté pour cet album, pour rendre les choses plus amusantes et plus inattendues. Quand tu collabore avec le même producteur depuis trois albums, tu as tendance à prendre tes aises (rires).

Beaucoup de groupes européens diraient la même chose que vous ! Est-ce aussi pour ouvrir d’autres perspectives, avoir un son plus américain selon toi ?

Pour beaucoup de groupes, Los Angeles n’est pas le seul endroit paradisiaque : j’ai vu beaucoup d’artistes enregistrer aux Caraïbes par exemple. Quand tu trouves un bon studio et que tu peux amener un bon producteur, cela peut être n’importe où. Mais je reconais que Los Angeles est une chouette ville pour des gars comme nous, donc normal que beaucoup de musiciens y aillent. In Flames, par exemple, y a enregistré ses deux derniers opus. Alors oui, je pense que beaucoup de groupes viendront à L.A. pour les perspectives que cela peut apporter.

Que peux-tu me dire sur « The Raven’s Flight » ?

C’est mon morceau favori de l’album ! Il est composé de beaucoup de choses différentes : on a, en guise d’introduction, ce riff mélodique à la guitare qui vous donne une immense énergie. Cette chanson est vraiment chouette à jouer et à écouter.

Peux-tu m’en dire plus sur « The Berserker At The Stamford Bridge » dont tu me parlais plus tôt ?

C’est une histoire très puissante, très héroïque à propos de ce personnage, le Berserker. Il s’agit d’une toute petite partie de la bataille de Stamford Bridge, qui s’est déroulée en 1066 entre les anglais et les vikings. Cet événement a été relaté dans des écrits britanniques, qui, malgré leur victoire, ont raconté l’histoire de cet homme qu’ils considèraient comme un grand guerrier.

Est-ce que vous faîtes ce genre de recherches pour tous les morceaux d’Amon Amarth ?

Quand on veut diffuser la culture et la mythologie de Scandinavie à travers le monde, il faut essayer de se baser sur des éléments réels, du moins la plupart du temps (rires). Johan (Hegg au chant) est celui qui fait les recherches puisqu’il lit énormément : ce qu’il retiens des livres, il essaie de les transformer en morceaux, en essayant de coller le plus possible aux faits. Bien évidemment, il lui arrive de partir dans de la fantaisie – cela dépend du morceau et des idées qu’on a sur le moment- mais la plupart des choses sont correctes.

Beaucoup de groupes surfent sur cette vague pagan/viking dont vous êtes les fers de lance, même si vous n’êtes pas les premiers à faire ce genre de choses. Cette culture viking s’étend même au-delà de la musique puisqu’il y a maintenant des séries comme « Vikings » même si je doute parfois de sa véracité. Que penses-tu de cette tendance ?

Effectivement, nous ne sommes pas les premiers à s’être lancé, même si effectivement on doit être l’un des rares à avoir su tirer notre épingle du jeu. Je serai honoré si plus de groupes ferait ça car je veux personnellement répandre cette culture, cette histoire. je pense que c’est une bonne chose si les gens du monde entier aime ce genre de chose. Nous ne pouvons pas le faire tout seul alors… Depuis que nous avons commencé Amon Amarth, il y a eu effectivement la série Vikings, des nouvelles, des séries, la mise en avant de Thor dans les Marvel (rires). Donc oui c’est assez populaire en ce moment dans pleins de choses différentes, ce qui est bon pour nous car sur certaines de nos chansons, les gens savent déjà de quoi on parle. Et c’est plus amusant.

Peux-tu me parler de vos futurs concerts ?

C’est un sujet assez délicat à aborder (rires). Je peux te dire qu’on va commencer aux Etats-Unis, en première partie de Slayer, pour ce qui semblerait être leur tournée d’adieu. Cela va durer un mois, après la sortie de l’album le 3 mai. Et cet été, nous ferons des festivals, quelques shows dans des clubs, … Et puis on est en train de se construire des choses pour nos concerts à venir. On a pleins d’idées et on a hâte de vous présenter nos nouveaux décors. On jouera aussi quelques shows en France cette année !

Un dernier mot ?

Ecoutez notre album et venez-nous voir en concert !

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[INTERVIEW] Clément (FRACTAL UNIVERSE) : « On accorde une certaine liberté de composition en naviguant d’un style à un autre »

Fondé en 2014 à Nancy, France, les Fractal Universe ne cessent de monter en puissance et de nous épater avec des morceaux toujours autant complexes. A l’occasion de la sortie de leur nouvel album « Rhizomes Of Insanity » le 19 avril dernier, Metal-Actus a pu s’entretenir avec les membres du groupe….

Metal-Actus : Comment est né ce projet et pourquoi avoir choisi de le nommer Fractal Universe ?

Hugo (guitare) : Le projet est né de Vincent, ici présent. Il avait un autre groupe avant et au moment de sa séparation, on s’est rencontré. On a commencé à faire quelques morceaux, puis quelques concerts à deux. Fin 2014, on a enregistré un EP, on a fini par le sortir ce qui nous a permis de rencontrer Clément (batterie) et Valentin (basse), également ici présent.

Vincent (guitares et chants) : Le terme « Fractal Universe » est quelque chose qui nous plaisait, déjà, au niveau de sa sonorité, et on s’est mis à rechercher quelle était la théorie derrière tout ça. C’est assez lié à la théorie du tout d’Einstein qui cherchait à unifier l’infiniment grand et l’infiniment petit. C’est quelque chose qui est assez fascinant ! Et, au-delà de ça, l’aspect « Fractal » se retrouve, quelque part, dans notre musique : le fractal est une forme qu’on distingue à l’échelle macroscopique mais plus on zoome dessus, plus on y trouve des détails. C’est un peu comme ça qu’on compose notre musique, il y a des choses qu’on peut saisir la première fois. Et au fil des écoutes, on décèle de nouveaux détails auxquels on n’avait pas fait attention. C’est ça aussi, qui fait la richesse de notre musique, ce qu’on essaie de lui donner.

Vous êtes classés en tant que « metal progressif ». Cette appellation vous convient ?

Clément (batterie) : Cette appellation nous convient avec la musique qu’on fait : on a beaucoup d’éléments qui prennent racine dans le genre death metal mais on accorde une certaine liberté de composition en naviguant d’un style à un autre, que ce soit du metal ou autre chose : jazz, fusion … On entend pleins de choses et de remarque différentes à ce sujet là.

Pourquoi ce titre « Rhizomes Of Insanity » ?

V : Il s’agit d’un concept album sur le thème de la folie. Le rhizome est un terme en psychologie, en philosophie qui désigne une structure dans laquelle chaque élément peut influencer n’importe quel autre élément. Du coup cela reflète bien des systèmes complexes tels que le fonctionnement d’un cerveau par exemple. Par rapport au concept, après on a essayé d’aborder le thème de la folie sous différents aspects, qui sont justement, tous imbriqués les uns dans les autres. Et c’est par rapport à ça qu’on a choisi ce titre.

L’artwork suit donc ce concept sur la folie ?

C : Oui. Il y a un lien dans la nature du dessin. On a un personnage central qui symbolise la terre et le fait d’avoir trouvé la sagesse. Et autour de ça, on a plusieurs étapes de la folie qui sont représentées par les personnages secondaires. C’est aussi une métaphore qu’on retrouve dans l’un de nos morceaux : le personnage lit la folie dans les yeux du sage et la sagesse dans les yeux du fou. C’est un petit jeu qui vient des paroles, du thème de notre album.

Pourquoi avoir choisi « Oneiric Realisations » et « Masterpiece’s Parallelism » comme premiers singles ?

V: Le premier single, « Oneiric Realisations » reflète bien toutes les atmosphères différentes de l’album. C’est un morceau assez rapide, qui est assez extrêmes tout en ayant beaucoup de parties plus aérés. Il représente donc toute l’ambivalance qu’on peut retrouver dans l’album avec des parties qui s’opposent.
Pour le deuxième  » Masterpiece’s Parallelism », on voulait placer quelque chose dans la veine de ce qu’on faisait auparavant, pour faire un lien, en quelques sorte, avec l’album précédent.

Que pouvez-vous me dire sur « Parabola Of Silence » ?

V : C’est un des titres les plus intenses

C : A la batterie en tout cas oui ! (rires)

V : Il est donc à la fois très intense mais il a énormément de contrastes. C’est-à-dire qu’il y a beaucoup de cassures assez subites et cela lui donne une couleur assez particulière. Il a une ambiance, à la base, assez malsaine.

C : Assez glauque même !

V : Il est assez massif comme morceau, notamment avec le refrain.

C : Et à la fin, il y a tout un joli panel de contrastes !

H : A la guitare, effectivement, les accords du début sont très disconnants, donc effectivement très malsains. Le refrain est beaucoup plus épique.

C : Et l’intro est totalement instrumentale ! Entre de gros silences et de gros sons.

Que pouvez-vous me dire sur « Madness Arabesques » ?

V : Là, encore une fois, on est dans une couleur assez glauque, assez malsaine. Surtout pour le début ! On a donc une longue intro de guitare qui mine de rien, laisse place à la respiration. Malgré l’ambiance assez pesante, on a quelque chose d’assez aéré. Il faut savoir que c’est le dernier morceau de cet album là à avoir été composé. Donc il a été créé, quelque part, en ayant du recul par rapport à tous les autres titres. C’est un morceau un peu plus lent, plus mid-tempo donc assez progressif et c’est un peu comme ça que c’est orienté la composition de ce morceau.

H : On a des harmoniques, à la guitare, aux sonorités assez particulières, des rythmes à cinq temps assez déroutants.

Un dernier mot ?

C : Merci à tous ceux qui liront cette interview, et n’hésitez pas à faire un tour sur nos réseaux sociaux, à nous faire un retour sur l’album si vous l’écoutez et puis faites-nous un coucou si vous nous voyez en concert !

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[INTERVIEW] Ombeline (Asylum Pyre) : « Aujourd’hui, tout le monde veut aller dans le même sens »

Près de trois ans se sont écoulés sans qu’on ait un seul signe de vie des Asylum Pyre ! Autant dire que lorsque le groupe a annoncé son grand retour avec un nouvel album, « N°4 », nous étions tous joie, nous y compris ! A l’occasion de la sortie de cette galette SPOILER savoureuse, on s’est entretenu avec Ombeline alias Oxy, géniale et charismatique chanteuse de la formation. Un entretien…. sans concessions !

(image d’en-tête par Anaïs Borne)

Metal- Actus : Tu es arrivée dans Asylum Pyre courant 2016 mais c’est le premier album qui se fait avec toi au chant. Déjà comment s’est passée ton arrivée au sein du groupe et comment vous vous êtes mis à cet album ?

Ombeline « OXY » Duprat : Mon arrivée s’est bien passé ! Elle s’est faite par l’entremise de Steve Cheney, que tout le monde connaît sur Paris !

Ah je le connais aussi (rires)

Oui il doit être le guitariste le plus connu de la scène metal parisienne (rires). L’intérimaire du metal comme on le surnomme, et ça le fait bien marrer. Donc Steve a dit à Johann (NDLR : Cadot à la guitare et aux chants) : »Je connais une chanteuse, vois avec elle si ça ne peut pas l’intéresser ». J’ai passé une audition : humainement ça a collé, artistiquement, on était complètement raccord. Le travail à fournir était le point le plus important car il est très exigeant – je le suis aussi – et il fallait supporter la pression qu’on pouvait se mettre l’un l’autre, ce qui est une donnée à prendre en considération. Tu peux très bien t’entendre avec quelqu’un, mais pas pouvoir bosser avec.
Johann avait composé l’album, il avait même commencé des maquettes avec Chaos Heidi : je suis arrivée, les paroles étaient faites, les compos étaient faites, les lignes de chant étaient en cours de construction; j’ai pu apporter ma pierre à l’édifice en proposant à Johann plusieurs types de chants.

Donc tu y es peut-être pour quelque chose dans cette légère évolution de Asylum Pyre … un peu plus brute de décoffrage je dirai ?

Tu penses ? On y a tous apporté quelque chose ! Thomas Calegari est notre batteur, il a bossé pour Claire Keim, pour Svinkels…. Il fait de la fusion, de l’afrobeat, tout ça. Le lien avec le metal ? On s’en fout ! On est tous des musiciens ! A partir du moment où ça sert ton propos, que ça sert la musique et que ça l’enrichit, si tu trouves que c’est approprié, alors fonce !

C’est clair que je ne vous voyais pas chercher un musicien power metal moderne et tout (rires) !

Et qui serait resté dans les années 1980 sans vouloir évoluer au niveau du son ! (rires) Tu peux kiffer cette musique là mais il faut aussi savoir évoluer et proposer quelque chose qui corresponde aux goûts des gens à l’heure actuelle.

Pour ce titre minimaliste, « N°4 » ?

C’est effectivement le quatrième album, qui lui-même s’inscrit dans la lignée des trois précédents, avec à la fois la figure féminine, des thématiques. Pourquoi ce titre ? Tu regardes la typo utilisée, c’est la même que celle pour « N°5 » de Chanel : on est dans un monde préapocalyptique, 2052. Les masques à gaz sont devenus des objets de luxe car l’air est irrespirable. Et en tant que tels, ils sont stylisés : on a mis le logo dessus, avec des strass, et on a jouté à l’artwork le côté reine de beauté qui correspond au personnage du concept qu’on a développé. Dans cette vie-là, je serais mannequin, égérie, et je pose avec mon masque à gaz (rires). A côté, les autres photos qu’on ne va pas tarder à dévoiler montre qu’on est la Résistance, avec un petit côté Mad Max; Il y a une double lecture de la pochette : on reste sur une critique de la société consummériste, correspondant parfaitement à « N°4 ».

Pourquoi vous interpellez vos fans en utilisant le terme « Fighters » ?

Parce que justement nos fans et les gens qui nous entourent sont également membres de la Résistance et on les invite à se battre avec nous…. Sachant qu’on a des armes complètement dérisoires : la mienne est mon rouge à lèvres Chanel justement, qui a des super-pouvoirs (rires) Ils seront incorporés dans notre concept. C’est nos combattants!

Donc Wik est parti en mission pour la Résistance ?

Tout à fait (rires). Mais il va revenir !

Vous avez fait appel à deux invités prestigieux sur cet album : Raf Pener (T.A.N.K.) et Yannis Papadopoulos (Beast In Black). Comment s’est porté ce choix ?

Raf est un ami du groupe, d’autant qu’il habite à deux pas de chez Johann. Nils (NDLR : Courbaron, guitariste de T.A.N.K.) est un ami de longue date du groupe qui nous a souvent dépanné pour pleins de concerts, et cette fois-ci on lui a demandé de faire tous les solis de l’album. Il était assez naturel de demander à Raf de venir sur l’album. Sur « Durst » qui était assez violente, on avait mis un peu de double pour avoir une chanson plus agressive que les autres, et une collaboration avec Raf sur ce titre était tout à fait indiquée même si ce n’est pas le genre de musique que lui va apprécier le plus. Il l’a fait par amitié.
Et Yannis, c’était complètement par hasard car on ne le connaissait pas auparavant. Sur « Sex Drugs And Scars », Johann n’était pas pleinement satisfait des lignes de chant que lui même chantait au début. Et il est allé voir Yannis en concert, il l’a vu ensuite au stand de merchandising, et il lui a demandé de chanter sur l’album, comme ça, au culot. Il a écouté, il a été saucé et il a accepté. Il a enregistré en Grèce, il nous a envoyé les rushs et puis c’était fait.

Est-ce que tu penses qu’Asylum Pyre pourra faire plus de collaborations de ce gabarit-là dans l’avenir ?

Oui. je pense que maintenant, on est sur une bonne lancée, ne serait-ce que parce qu’on a un line-up fixe, un son qui est propre et qui marque un peu le renouveau du groupe. Après, à voir aussi en fonction des propositions qu’on va avoir. On commence d’ailleurs à en recevoir de différents potentiels partenaires, et certaines sont intéressantes.

Du coup, c’est bien d’avoir un line-up enfin stable ? Vous aviez eu des difficultés à le maintenir !

C’était devenu, à vrai dire, une vraie préoccupation. Johann a toujours mené le projet tout seul, depuis sa formation initiale. Asylum Pyre manquait de membres solides, de gens qui sont impliqués, que ce soit à différents niveaux. Aujourd’hui, tout le monde veut aller dans le même sens. On a compris, aussi, certaines choses : c’est un mal pour un bien, tout ce qui a pu se passer auparavant. On sent enfin une vraie émulation de groupe, on prend plaisir à se retrouver. On est passé de lui tout seul à nous deux, à vraiment cinq.

Revenons à « Sex Drugs And Scars ». C’est vrai que la vidéo a été censurée ?

Oui sur Facebook, à qui ça n’a pas du tout plu qu’on en fasse la promotion. Parce que ça dérogeait aux règles standards de la communauté. En même temps, un meurtrier peut faire un live de 17 minutes sans avoir de problèmes (pause) Il faut avoir deux poids deux mesures.

Le morceau représentait le plus l’album à vos yeux pour le balancer en premier ?

Non. On voulait frapper un coup en revenant. Asylum Pyre a toujours assumé le fait d’avoir des chansons comme celle-là, hyper catchies. On s’est dit donc qu’on allait se faire dégommer, forcément, un thème comme celui-là, ça passe ou ça casse. Mais on voulait le mettre en avant car c’est un titre dont on est fier, pour lequel il ne faut pas s’arrêter à son sens premier.

Oui d’ailleurs certains disent que Jésus va vous condamner pour ça (rires)

Oh oui ce commentaire « Jesus Is Coming For You » !! (rires) D’ailleurs le seul pouce sous le commentaire est le mien (rires). Le titre devait être en adéquation avec ce qui avait été fait avant. C’était aussi l’occasion de mettre en valeur le travail de Yannis, forcément tu as un guest, tu ne vas pas le cacher. On l’assume, ce titre « racoleur ».

Que peux-tu me dire sur votre clip, « One Day » ?

On a travaillé sur ce clip avec Alban Verneret, réalisateur, avec qui j’avais bossé avant. Il a travaille plus pour Warner et compagnie mais il a bien kiffé le projet et il nous a fait un prix en conséquence. Il a compris l’univers : une aubaine pour nous surtout qu’on voulait casser avec ce qui avait été fait auparavant. On aurait aimé faire un court-métrage, mais ça coûte cher, au moins 20000 euros minimum, et on n’a pas cet argent. On a choisi d’aller sur du catchy, sur quelque chose avec une petite narration, en retravaillant l’image, on a joué aussi devant la caméra car nos fans sont demandeurs…. On a réutilisé nos fringues de la vie quotidienne pour cette vidéo!

Johan s’est une nouvelle fois occupé de toutes les paroles ?

Johan, c’est l’artisan. C’est lui qui fait tout. Après libre à nous de participer si on veut changer les choses, il nous sollicite en permanence. Ce n’est pas du tout une dictature ! C’est le mec qui va vraiment prendre le temps de faire coller une sonorité, de choisir le mot en fonction de sa sonorité par rapport à tel moment de la musique. Il fait de l’orfèvrerie jusqu’au mix !

Que peux-tu me dire sur « Lady Ivy » ?

Je ne vais pas forcément en parler mais je vais te raconter l’anecdote d’enregistrement : je crois que cette chanson, je l’ai enregistrée en deux prises. Il y avait un tabouret, et j’étais à califourchon dessus en train de gesticuler dans tous les sens, comme si je montais un taureau furieux (rires) C’est une chanson qui est hyper rageuse. C’est l’une de mes préférées !

Que peux-tu me dire sur « The Right To Pain » ?

(chantonne l’air) Elle est assez alambiquée avec un côté plus prog. C’est sur le droit de pouvoir souffrir. Qu’on ne se méprenne pas, c’est pas forcément une ode au sado-masochisme (rires) On est dans des sociétés où on sait très bien que c’est pire ailleurs et on peut avoir tendance à gommer certaines émotions en se disant qu’il y a des gens qui vivent bien pire. On peut tout avoir mais est-ce qu’on est vraiment heureux ? Non pas forcément. Et est-ce qu’on oserait l’exprimer ? Non plus. C’est l’incarnation même de la signification de la dépression. Tu peux tout avoir, tu as le droit de ne pas être bien, et tu as le droit de le dire; Ce n’est pas pour autant que tu vas condamner, que tu vas mettre ta souffrance au-dessus de gens qui crèvent vraiment la dalle, ! Tu ne compares pas ce qui n’est pas comparable. C’est juste la possibilité de pouvoir exprimer des affects ! Aujourd’hui, on est dans une espèce de dictature du cool, du bien-être, et dès que tu dit que ça ne va pas, tu fais flipper les gens, car il faut faire du sport, manger équilibré …

C’est vrai qu’en France, la question « ça va » est une formule de politesse plus qu’une vraie question.

Oh que oui ! Si tu dit que ça ne va pas, ouh là là … embrouille en vue ! (rires).

Une release party est-elle prévue ?

Probablement au début de l’automne, on va commencer à se pencher sur le sujet. Là, l’urgence, c’est les concerts qu’on va faire avec Demons And Wizards. C’était aussi une volonté de notre part : déjà, pour les festivals, il aurait fallu candidater l’année dernière. Mais l’été prochain nous permettra de diffuser davantage les clips, diffuser la musique, diffuser la nouvelle identité d’Asylum Pyre, que les gens réentendent parler de nous parce qu’on est resté dans l’ombre pendant un peu près trois ans, et en trois ans les gens t’oublient. On mettra ces mois à profit pour revenir à la rentrée avec du nouveau contenu, des vidéos et des concerts.

Du coup, Demons And Wizards ça s’est fait comment ?

Alors c’est Johan qui pourrait le plus t’en parler car c’est lui qui a repéré les dates et a candidaté. On a été sélectionné pour notre plus grand bonheur sur ses trois dates. Il se fait un cadeau pour ses 40 ans. (rires)

The Experiment no. Q, comment ça se passe ?

Le principe de The Experiment, c’est qu’on est une grande famille, même si tu croises un peu près les mêmes personnes, notamment les mecs de Therion, qui sont très copains avec Paolo.On a enregistré en septembre l’album, on a joué à Turin, en Italie, il y a deux semaines. Et j’interviens quand Paolo a besoin, si je suis disponible. J’aime beaucoup bosser avec Kevin Zwierzchaczewski : on est hyper complices, et encore, la dernière fois, on a fini le show, on était tous les deux à quatre pattes par terre, en dehors de la scène, devant les gens en train de faire « errrrr » comme ça avec des masques (rires). Ce mec est aussi taré que moi ! Après, t’es là, la chanson s’arrête et t’es « bon, comment je me relève maintenant » (rires). Pour vous servir, animations en tout genre (rires) !!!

Un dernier mot ?

Redevenez curieux ! Tu ne prend plus le temps de faire quelque chose pour toi, ne serait-ce qu’aller au théâtre tout seul. On a toujours besoin de témoigner au monde entier à quel point tu as une vie formidable. On n’a pas envie de découvrir, de se laisser guider au gré des balades, … Et on ne découvre plus forcément des nouveaux artistes, ou que quand ils sont archi-connus. Prends plus le temps de faire des trucs en solo, juste pour toi, pour te nourrir spirituellement.

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One Day (Silence – part 2 : Daydreaming) :

« Sex Drugs And Scars » :

[INTERVIEW] Alex Wade (Guitare) : « Nous n’avions pas prévu de concept-album à la base »

Quitte à s’attirer les foudres de leurs fans, les Whitechapel ont sorti ce week-end un nouvel album très personnel, « The Valley », inspirée de l’enfance chaotique de Phil Bozeman, chanteur de la formation. Un ensemble chaotique qui divisera autant qu’il enthousiasmera. Le guitariste du groupe, Alex Wade, nous en parle un peu plus longuement.

Metal-Actus : Le sujet de « The Valley » est bien particulier, puisqu’il évoque à plusieurs reprises l’enfance de Phil Bozeman. Qu’Est-ce qui vous a amené à choisir ce sujet difficile ?

Alex Wade (guitare) : Ce n’était absolument pas prévu à la base, qu’on fasse un concept-album. D’ailleurs, on a procédé comme d’habitude, à savoir qu’on a composé les morceaux avant de mettre des paroles dessus. On ne s’attendait pas à voir Phil venir avec des textes vraiment très personnels !

Peux-tu dire que vous êtes fiers de cet album ?

Oh que oui ! Il est très personnel pour nous et en particulier pour Phil, et avec son histoire, on a l’impression d’avoir, en quelque sorte, une valeur ajoutée. Il fait passer un message percutant. C’est une dynamique toute nouvelle pour nous !

« The Valley » contient le plus de voix claires. Comment êtes vous arrivés à ce choix ?

Cela s’est fait le plus naturellement du monde : on ne voulait, dès le départ, pas limiter notre musique sur un seul genre de musique, voire un seul genre de chant. Je dirais que c’est une progression naturelle qui suit l’évolution de Whitechapel.

« Third Depth » est très semblable à certains titre de Tool. Le groupe est-il une source d’inspiration pour vous ?

C’est flatteur ! Nous avons tous grandi en écoutant Tool, en se rêvant aussi grands qu’eux un jour ! Mais oui, ce morceau, avec son riff de guitare, la manière dont Phil chante, instaure une atmosphère qui plaira aux fans du groupe. Il a donc son petit charme toolien (rires).

Tu l’as dit toi-même, « The Valley » est un concept-album…. Pourquoi alors avoir choisi de révéler « Brimstone » en tant que premier single ?

Nous ne voulions pas tout donner d’un seul coup aux fans ! Nous avons annoncé la sortie de « The Valley » il y a six mois et « Brimstone » est sorti il y a trois mois environ. Ce titre est pour nous celui qui représente le mieux l’album : très heavy, à la manière de nos vieux morceaux. « Brimstone » est donc la transition parfaite entre les deux ères de Whitechapel.

Que peux-tu nous dire sur « Hickory Creek » ?

C’est une chanson triste, sauvage, qui sonne assez européenne. Elle véhicule toutes sortes d’émotions, dont l’espoir. On voulait, qu’en l’écoutant, on se sente comme à la maison.

Que peux-tu nous dire sur « Lovelace » ?

C’est une chanson que j’ai composé ! Nous étions en train de jammer sur la fin de l’enregistrement, et on s’est dit « tiens, ça ferait un bon morceau »! (rires) « Lovelace » a donc été ajoutée en dernier ! Nous avons eu beaucoup de mal à poser des paroles dessus, du coup, le morceau a subi plusieurs réarrangements musicaux.

Que représente cet oeil sur la pochette de votre album ?

Il s’agit du regard que Phil, enfant, posait sur sa mère. Il a vécu de nombreuses choses, certaines assez traumatisantes. Elles ponctuent tout notre album.

Depuis la sortie de votre précédent album « Mark Of The Blade », en 2016, beaucoup vous critiquent en disant que vous êtes devenus trop « doux ». Vous avez un mot à leur adresser ?

Un artiste devra forcément s’éloigner de ce qui a fait son succès en premier lieu. C’est une question d’évolution. Nous aimons et nous croyons en nos fans qui nous suivent et nous soutiennent depuis le début de Whitechapel. Nous n’avons que faire des critiques, tant que nous aimons ce que nous faisons.

Un dernier mot ?

N’hésitez pas à jeter une oreille à notre nouvel album ! J’espère qu’il vous plaira. Et à bientôt en concert !

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