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[INTERVIEW] Pat O’ May : « Je voulais aller plus loin, raconter toute une histoire sur la longueur »

Pat O’ May fait partie de ces personnes qui font la musique en France aujourd’hui, à la très longue carrière. Pourtant, et malheureusement, seul un public de niche connaît réellement son immense travail. Le musicien, lancé en solo depuis un peu plus d’une vingtaine d’années, vient de sortir aujourd’hui « Welcome To A New World », un album riche et complexe qui est la parfaite occasion de se rattraper. Et on a pu interviewer cet artiste sur cette petite galette bien savoureuse.

Metal Actus : Bonjour Pat ! Comment te portes-tu en ces temps troublés ?

Pat O’ May : On commence à (il s’arrête et tousse) Kof kof, ça y est c’est le Covid, c’est ma dernière interview (rires). Bref, plus sérieusement, on commence tout juste à pouvoir se projeter un peu dans l’avenir, malgré les restrictions toujours en vigueur dans les salles de concert et le pass sanitaire. On caresse l’espoir de revenir à une vie un peu près normale. D’ailleurs, on va pouvoir refaire un concert, ce 22 septembre au Café de la Danse à Paris.

« Welcome To A New World » est ton nouvel album (sortie le 17 septembre 2021) dans lequel tu t’éloignes encore plus de cet aspect celtique de ta musique, puisque nous plongeons dans un monde futuriste. Ce changement de ton, c’est ce que tu voulais ?

Chaque album pour moi est une nouvelle expérience, car je ne veux pas rester dans ma zone de confort. J’avais, par exemple, utilisé un orchestre symphonique sur « Keltia Symphonia » (en 2016). Quand je ressens le besoin d’écrire, ce n’est pas prévu, c’est viscéral, qui s’inscrit dans une sorte de dynamique, dans le but de « sortir quelque chose ». Et donc pas forcément dans un genre ou dans un autre. Avec « Welcome To A New World », je voulais aller plus loin, raconter toute une histoire sur la longueur, sur plusieurs chansons.

D’ailleurs, comment as-tu réussi à écrire ce récit initiatique qui s’étale sur plusieurs chansons ?

J’ai commencé par écrire la musique, comme d’habitude. Et je voulais rajouter une boucle à la fin du premier morceau, tout en ayant ce riff en tête (il chante le riff). J’avais ma guitare avec moi, et je l’ai continué, étayé … et c’était devenu le deuxième morceau « Grinch ». J’y ai même rajouté un petit break. Et ces boucles, c’était mon fil d’Ariane sur tout l’album. A la fin de « Grinch », j’ai refait une autre boucle, et j’ai pu commencer le titre suivant. L’album a en fait été créé comme ça, dans l’ordre, car chaque morceau m’inspirait le suivant.

Pourquoi avoir choisi de mettre en avant « In This Town » dans un clip ? Et peux-tu nous en expliquer l’imagerie ?

« In This Town » représente bien l’album selon moi, et est en cohérence totale avec notre histoire. Et le fait que nous soyons en costard n’est pas sans rappeler notre personnage de No Face.

Justement, avec le costard et la musique un brin futuriste, tu ne trouves pas qu’il y a une inspiration Agent Smith (NDLR : des films Matrix) ?

Si totalement, même s’il n’y a pas de rapport de base, mais le personnage nous embarque dans le même délire que No Face : il est enfermé dans un vernis de confort, une sorte d’autisme. Il donne l’impression d’avoir le contrôle, alors qu’il ne maîtrise que dalle.

Concernant les différentes voix que nous entendons tout le long de l’album (japonais, anglais … ), que représentent-elles ?

Chaque intervention souligne tout simplement la prochaine étape, annonce le morceau à suivre. Le fait que ce soit en différents langages pour moi permet que tout le monde entre en résonnance avec l’histoire de No Face. Et ça colle tellement à l’actualité actuelle que ça me fait presque peur, alors que j’ai terminé de l’écrire en septembre 2020. On retrouve beaucoup de résonnance entre la peur de No Face de se confronter au monde et la peur des gens face au Covid 19.

Que peux-tu me dire sur « I Shall Never Surrender » et l’intégration du discours de Winston Churchill ?

Le morceau fait une présentation du personnage, on fait sa connaissance. Il y a une succession de moments calme et de moments plus énervés, pour décrire les humeurs d’une personne humaine. En l’écrivant, je me suis souvenu du discours de Churchill. Et j’ai voulu l’intégrer en tant qu’une espèce de science historique, qui fait le rappel à No Face de cette phrase, qu’il ne devrait pas se rendre alors qu’il ne fait que réfréner ses envies. C’est un discours fort, maintes fois utilisés, mais c’était une évidence pour moi de l’utiliser tellement il entre en corrélation avec l’histoire de No Face.

Que peux tu me dire sur le groovy « We Can Hear You Calling » ?

Le morceau commence par une boucle amérindienne, que j’ai trouvé en faisant des recherches en sound design, et dont j’ai voulu en faire quelque chose. On a cette espèce d’explosion sur le refrain. J’ai utilisé des instruments amazoniens – on entend même la forêt amazonienne à un moment. Ce sont des choses très furtives, que vous ne pouvez que saisir en écoutant le morceau au casque. Et si tu retires tout ce sound design, et bien ça fait un grand vide ! Le titre raconte la libération de No Face, et comment il va à la rencontre de pleins de cultures différentes.

Cela fait maintenant 27 ans que tu t’es lancé en solo, et tu as effectué une carrière qui pourrait en faire rougir plus d’un. As-tu des regrets ? Te verrais tu, par exemple, retourner dans un groupe ?

Eventuellement si le projet m’intéresse, mais si je me suis lancé en solo, c’est pour bénéficier d’une liberté artistique totale et non m’emfermer dans l’esthétique d’un groupe. Je n’ai donc aucun regret. J’ai la même équipe depuis 6 ans, je joue avec John Helfy (batterie) et Christophe Babin (Basse/choeur), depuis plus longtemps avec James Wood (guitare/choeur/claviers) et on vibre, on respire ensemble quand on joue. Ce sont d’excellents musiciens, mais des êtres humains encore plus extraordinaires. Quand on est soudé, on envoie autre chose, une force nouvelle.

Un dernier mot ?

On prépare notre prochain show au Café de la Danse de Paris, le 22 septembre, durant lequel on jouera l’intégralité de notre album. Et on a hâte de retrouver tout le monde !

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