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[INTERVIEW] Benjamin Bury (guitare/chant) – Sidilarsen

A l’occasion de la sortie de DanceFloor Bastards, Benjamin Bury, guitariste et chanteur de Sidilarsen nous a accordé quelques minutes au détour d’un bar. En vous souhaitant une bonne lecture !

Metal Actus : Bien le bonjour ! Déjà, comment te sens-tu ?

Benjamin Bury (chant/guitare) : Bien ! Il fait beau… On est bien à Paris ! On aura pas trop le temps d’en profiter car demain on est en résidence, on aurait aimé prendre plus de temps. Mais ça va, tout se passe bien, et on a hâte que l’album sorte.

Un nouvel album qui se nomme « DanceFloor Bastards ». Serait-ce un retour à vos origines, puisque certains, à vos débuts, n’avaient pas hésité à vous mettre dans la case « Dance Metal » ?

Dans le contexte français de l’époque, on avait mis « Dance Metal » pour être provacateur. Cela remonte à fort longtemps d’ailleurs (rires). On voulait être le côté un peu dance de l’époque qui cartonnait en France avec du metal. C’était pour choquer, ça a duré un moment, on a trouvé ça réducteur après, et assez vite. Et notre musique a aussi évolué au fil du temps. On est plus passé sur un électro rock metal. Ce n’est pas non plus d’une très grande originalité d’utiliser des machines dans la musique.
Et pour nous « Dancefloor », c’est tout simplement la scène, Il n’y a aucune connotation particulière même si en France, ça fait toujours penser au côté dansant. Et « bastards » parce qu’on est de très gros salopards, et puis voilà (rires). C’est évocateur, il y a un côté un peu
énergique et assez brutal, organique et rock. Et puis on trouvait que le morceau titre de l’album le représentait bien, alors, pourquoi aller chercher plus loin ? (rires)

Vous passez la plupart des genres au crible, du côté plus pop rock à l’indus à la Rammstein. Une liberté de ton qui détonne, quand on a tendance à catégoriser les groupes dans une seule case ces temps-ci. Est-ce que c’est ce qui caractérise Sidilarsen à ton avis ?

La seule solution pour faire comme tout le monde serait qu’il y ait un dictateur qui impose aux autres – et c’est parfois ce qui arrive dans d’autres groupes (rires) – en un battement de cil, le même genre de tempo et le même genre de son du début à la fin. Et on n’en a pas envie. Pour que tout le monde s’exprime, il suffit de laisser de la liberté. Mais du coup, on a l’impression, quand on écoute l’album en entier, même s’il y a 13 titres et que c’est un bon pavé, que l’écoute est assez facile, assez fluide, parce qu’on a tout de même fait attention à ne pas partir dans des directions opposées ou contradictoires. Il y a quand même une unité, sans être pour autant un album concept. Tous les morceaux sont dignes d’être sous l’étendard « Dancefloor Bastards ». Mais ils sont forcément différents aussi, car on est deux au chant, avec des personnalités qui ne sont pas les mêmes. Et tout le monde a pu s’exprimer, et à la fin, ça devient du Sidilarsen. C’est le plus important.

Etait-il plus difficile à composer que les autres albums ?

C’était parfois douloureux mais était assez facile dans les faits, et l’enregistrement s’est passé simplement parce que on s’est laissé de la liberté, on a très bien su comment utiliser le peu de temps qu’on avait, et on n’a pas forcément fait dans l’ordre : enregistrer tout le chant d’un coup par exemple, mais le faire quand on en a envie. Cela nous permet de garder de la fraîcheur sur l’interprétation, avoir de la spontanéité. On avait besoin de ça. Et je pense et même je suis sûre que ça se ressent sur cet album : on n’avait plus rien à se prouver.

Vous avez hâte de présenter ces nouveaux morceaux en live ? Le titre « Go Fast » va super bien rendre selon moi !

Mais grave ! On a essayé quelques morceaux là, en répétition. On en rajoutera pour le vrai début de la tournée des clubs à l’automne prochains, mais là, on va commencer à en roder quelques uns sur les festivals dès début mai.

Vos paroles couvrent de vastes sujets, notamment avec « Méditérranée Damnée », qui fait tout de suite penser à l’actuelle crise des réfugiés. Sidilarsen, porte-parole du monde ?

C’est un bien grand mot (rires). Non, simplement, on pose des questions au travers des moreaux parce que il y en a beaucoup à se poser, car il y a des bases qu’on pensait solides qui ont très dangereusement tremblé et très fort dernièrement. On n’est plus dans un monde de certitudes, et donc il est devenu plus que jamais hyper important de s’écouter, de se comprendre, de se parler, et ce n’est pas possible qu’une partie du monde soit opposé à l’autre, on sait tous très bien que ça ne marchera pas. Ce n’est pas pour dire qu’on a trouvé la solution, on essaie d’emprunter des chemins de traverse qui peuvent relier les gens, et qui correspondent à ce que nous on vit dans nos vies, sans avoir la prétention de comprendre des choses dans le détails qui se passent ailleurs. Donc on donne un ressenti personnel. Il y a une dimension universelle, parce que on a cette volonté de rassembler, mais on ne veut surtout pas s’ériger en prophète ou en dictateur des spotlights. Ce serait ridicule. On ne se sent ni obligé, ni porte-parole.
Mais ce que je trouve étonnant, c’est que si peu de groupes « s’engagent » ou dépendent de la réalité de la société dans laquelle ils vivent, notamment ceux qui bénéficient d’une audience très large. Il y en a qui ne disent rien, par peur de perdre deux ou trois auditeurs…. Mais bon.

J’ai été surprise par « Le Jour Médian », morceau très doux par rapport au reste de votre album. Peut-tu me conter son histoire ?

Il est effectivement tout doux mais il est profond, très mélancolique. Tu n’as pas envie de faire des masses la teuf à la fin (rires). C’est David qui l’a écrit, ça lui est très personnel, sachant que je m’y reconnais très bien aussi parce que ça parle de « midlife crisis », la crise des quarantes ans, il vient d’y passer et moi je le suis de très près derrière (rires). Il a fait un bilan, et ça a un écho par rapport aussi au monde dans lequel on vit : vers où on va ? Vers une restriction des libertés soit disant faite pour nous protéger et qui nous prolonge dans la peur ou est-ce qu’on arrive à la surmonter ? Pourra-t-on continuer à ouvrir les bras, avec un apriori plutôt positif et ne pas se dire « il vient forcément nous buter » ? J’ai été beaucoup touché la première fois qu’il m’a fait lire ce texte. Et on a décidé de le mettre l’album, même s’il était réticent dès le départ car ce serait très intimiste. Et c’est ce contraste là, le côté qui peut être très grave, un peu dangereux comme ça du texte alliée à la douceur de la musique qui fait que c’est un intermède à l’album. Il avait besoin de ça aussi ! Pour lui ce fut assez libérateur.

A propos de l’artwork, j’ai vu que le tire-bouchon était de retour ! Pourquoi l’avoir remis sur le tapis et stylisé ainsi ?

Pour la première fois depuis longtemps, on a travaillé avec un nouvel artiste – qui n’est pas graphiste d’ailleurs; il est peintre, dessinateur, tatoueur. Donc c’est fait à la main. Et du coup, il y a ce côte très organique, vivant, sale, le côté non parfait, qui dépasse un peu des bords, et on voulait ça, on trouvait que ça ressemblait à ce qu’on voulait faire avec cet album. On n’avait pas de visuel en tête, on a donné ça comme base de travail. Et il a fait ce dessin, cette tête de buffle, ça nous a plut, on l’a pris.
Le tire-bouchon revient parce qu’on voulait quelque chose de fort, et de très facilement identifiable, et autant graphiquement puissant, et pour le coup, on savait que le tire-bouchon fonctionnerait, comme à chaque fois. Mais il est aussi présent sur cette cover car on a retrouvé cette espère d’insouciance qu’on avait au début. Cela peut surprendre par rapport à ce que j’ai dit sur les thèmes abordés, mais on retrouve ce côté sur cet album, qu’on prenne du plaisir. On ne fait pas ça pour répondre à je ne sais quelle exigence, sinon, on n’y serait pas allé. Et sur les deux premiers albums, c’était ça! on ne se posait pas autant de question. Et on a retrouvé ce sentiment de liberté, de spontanéité : c’est juste du rock, tu n’es pas en train de réécrire la Constitution ! (rires)

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Que peut-on vous souhaiter pour le futur ?

Du plaisir, un maximum de dates, un maximum de monde qui vient nous voir et que l’album plaise et soit diffusé à un maximum de gens.

As-tu un dernier mot ?

J’encourage tout le monde à sortir et à voir les groupes en live. C’est là que c’est le plus concret. Et mine de rien, il se passe des choss, même si ça ne change pas le monde. Et vive la scène française. Concernant Sidilarsen, on vous dit à bientôt sur scène ! Il y a de quoi être surpris par la cuvée 2016, et il y a de quoi passer un bon moment.

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