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[INTERVIEW] Ingrid (Jirfiya) : « C’est aussi de militer que de faire de la musique »

Ne pas rompre le lien. C’est le but de beaucoup de groupe dans ce contexte difficile, dans lequel faire des concerts est aujourd’hui mission impossible. C’est encore plus compliqué pour un tout jeune groupe de se faire connaître même si, confinement oblige, les gens passent beaucoup plus de temps sur les réseaux sociaux.
Après un premier EP remarqué, « Wait for Down », les Jirfiya prennent le risque de revenir cette année avec un bel opus, « Still Waiting ». Metal-Actus a pu en parler avec sa chanteuse, Ingrid.

Metal-Actus : Vous être un très jeune groupe puisque vous avez débuté en 2019. Peux-tu nous raconter la génèse de Jirfiya ?

Ingrid (chant) : Notre groupe est tout récent, c’est vrai, mais on est tous des musiciens confirmés. De base, Jérôme (guitare/growl) et Pascal (basse) sont issus d’un même autre groupe, Born From LIE. Et lui aussi s’était formé très rapidement. Mais cette aventure s’est rapidement arrêtée suite à de profonds désaccords. Jérôme et Pascal ont donc commencé à faire leur truc ensemble, et ils m’ont demandé de les rejoindre très vite. Et comme je voulais aussi explorer le metal, j’ai rapidement dit oui.

D’où vient d’ailleurs ce nom, Jirfiya ?

Il vient du nom d’une météorite qui s’est écrasée dans le désert du Sahara. C’est maghrébin. On a fait quelques transformations par rapport au nom d’origine. On aimait bien l’idée de laisser une trace, comme cette météorite.

Pourquoi avoir choisi cette dualité entre ton chant et celui de Jérôme ?

On voulait avoir un côté brut de décoffrage, qui représente bien notre fulgurence de création. On aime ce côté rugueux et doux à la fois. Mais on y est arrivé par hasard : ce n’était pas voulu de base, Jérôme en avait juste marre du chant clair (rires). On a fait pourtant toutes les maquettes en chant clair et au final, on n’a pas fait beaucoup de changements de tonalité ! On a juste fait des rajouts de grunt à l’instinct, et on s’est dit que ce type de chant serait idéal à certains endroits pour porter les paroles mais surtout pour créer une sorte de rupture.

Pourquoi ce titre « Still Waiting » ?

Parce qu’on attend toujours la lumière au bout du tunnel (rires). C’est une référence à notre premier EP : on y faisait des constats, mais on a toujours gardé une certaine énergie pour faire une musique concernée. C’est aussi de militer que de faire de la musique. Et cela accentue le drame humain.

Quel a été l’impact de la pandémie actuelle sur la production de votre galette ?

On ne va pas se mentir, ça a eu une influence, notamment sur la production qui s’est faîte durant le deuxième confinement. Et puis on a voulu parler d’autres choses, des problèmes toujours pas résolus que le Covid 19 a pu cacher. C’est l’aspect cyclique des actualités ! On voit les choses autrement. On est aussi beaucoup dans l’introspection, surtout en ce moment !

D’ailleurs pourquoi avoir choisi l’anglais, plutôt que le français, plus militant ?

C’est culturel. Même si le français est la langue du militantisme. Ce choix de l’anglais s’est fait tout simplement pour être raccord à nos influences.

Pourquoi avoir choisi cet artwork – osons le dire – assez sobre ?

C’est quelque chose que nous assumons totalement : nous ne voulions pas tomber dans les codes du genre. On s’est dit qu’avec la sobriété, notre propos resterait fort. Et puis on aime l’inattendu (rires). Cette image fait référence à notre clip « House Of Poison ». Mais ça aurait pu être aussi une forêt finlandaise (rires). C’était une proposition du réalisateur de ce clip, Vincent. Je trouve que la beauté des images colle parfaitement au style du morceau et de l’Ep, le charge en symbolique.

Que peux-tu me dire sur le morceau « The Farewell »

C’est une chanson qui parle d’écologie : elle raconte l’histoire de survivants humains qui vivent cachés du soleil.

Que peux-tu me dire sur « This Is My Home » ?

C’est un morceau qui a été créé pendant la période Born From Lie. On l’a reprise et réenregistré. Elle parle de l’expropriation : j’ai écrit les paroles après avoir vu un documentaire sur des personnes exproprié, je crois que cela s’appelait « La Face cachée des énergies vertes » ou quelque chose comme ça. Mais que ce soit pour ça, pour faire une voie électrique en Mongolie ou chercher des matières premières, le but est le même : exproprier pour faire du buisness. Cela fait écho aussi avec ce qu’il se passe dans le nord de l’île-de-France et la construction du Grand Paris.

Un dernier mot ?

Pensez à soutenir les groupes français en ces temps difficile. C’est compliqué d’avoir de la visibilité actuellement ! Soutenez la scène française et toutes ces professions non-essentielles qui font un boulot remarquable. Ecoutez et partagez à votre réseau.

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